décembre 3, 2021

De Fièvre et de Sang – Sire Cédric

De fièvre et de sang

Auteur : Sire Cédric

Editeur : Le Pré aux Clercs

Genre : Thriller

Résumé :

Une jeune fille se réveille entièrement nue et entravée sur un matelas couvert de sang. Elle sait qu’elle va mourir, toute tentative de fuite semble inutile. La douleur n’est rien en comparaison de la peur panique qui s’est emparée d’elle… Le commandant Vauvert mène l’enquête en compagnie d’une profileuse albinos, Eva Sviirta. Personnage excentrique et hors norme, Eva a un véritable sixième sens qui fait d’elle une redoutable traqueuse de l’ombre. Ensemble, ils vont tenter de remonter la piste d’un tueur en série qu’ils croyaient mort et qui a pour habitude de vider entièrement ses victimes de leur sang. S’agit-il d’une réincarnation, d’un spectre, d’un homme, d’une femme, d’une créature d’un autre monde ?

Avis :

Après L’enfant des cimetières, incontournable thriller fantastique, Sire Cedric signe son deuxième roman et, le moins que l’on puisse dire, c’est que celui-ci est attendu au tournant pour transformer l’essai. On se souvient de ce style efficace et parfaitement homogène pour conjuguer le paranormal au quotidien. Il en ressortait un bijou d’atmosphère gothique qui n’était pas sans rappeler Clive Barker ou Graham Masterton. Pour De fièvre et de sang, on reste dans cette ambiance particulière en privilégiant toutefois les investigations policières. Cette histoire poursuit-elle l’exploration d’un imaginaire sombre et angoissant ou montre-t-elle les limites du concept ?

Dès les premières lignes, on a l’impression de se retrouver en terrain connu avec une entrée en matière glauque, incisive et épurée. Comme cité précédemment, peu d’auteurs savent conférer à l’horreur un aspect poétique par la simple architecture des mots. Malgré cette construction (presque) sans faille, on a tendance à oublier ce qui compose la trame pour se plonger corps et âme dans le récit. C’est sombre, angoissant et efficace au possible. Les premières pages ne lésinent pas sur l’hémoglobine et la violence et parviennent à donner une autre dimension au terme de psychopathe. Étant donné la profusion de livres sur les tueurs en série, ce n’est pas un mince exploit.

Mais De fièvre et de sang n’est pas qu’une débauche de brutalité et de scènes choquantes. La progression narrative ne néglige pas l’aspect réaliste, notamment avec les méthodes d’investigations policières. Et c’est sans doute là toute la difficulté : trouver le juste équilibre entre le fantastique et le thriller sans perdre l’un des genres de vue ou, de les amalgamer sans une réelle cohérence. Il aurait pu en résulter un récit brouillon et peu crédible, mais Sire Cédric ne dénature pas ses références et s’accapare les codes des genres précités de telle manière à créer un univers immersif et singulier. Entre occultisme, histoire, médecine et profilage, on a droit à un éventail de possibilités et de connaissances toutes plus intéressantes les unes que les autres.

D’ailleurs, on a parfois l’impression de retrouver le même talent et plaisir d’écriture que Maxime Chattam ; tant dans les tenants que cette propension à mettre en relief des lieux lugubres, singuliers ou tout simplement témoins d’exactions. Chaque séquence, chaque description ou dialogue concourt à épaissir cette ambiance si particulière que l’on ne parvient à définir clairement. Certains endroits peuvent paraître assez convenus (commissariat, boîte de nuit…), mais la patte de l’auteur suffit à les rendre extraordinaires, à tout le moins les sorts de l’habituel carcan des lieux indispensables à trouver dans un thriller ou un polar.

On retrouve également une figure déjà aperçue dans L’enfant des cimetières : le commandant Vauvert. L’occasion de développer ce personnage hors-norme (2 mètres !) qui disposait d’une place peu prépondérante dans le précédent ouvrage. La chose est rectifiée et, pour l’accompagner dans son périple au voyage de l’horreur, on découvre Eva Svärta, une policière albinos au caractère bien trempé. Les protagonistes sont bien campés et, malgré quelques errances anecdotiques au niveau des comportements ou des seconds rôles, l’on a droit à un panel d’individus hétéroclites et attachants.

Au final, De fièvre et de sang confirme l’indéniable talent de Sire Cédric à nous conter des histoires à l’atmosphère pesante et immersive. Outre la narration tendue avec des chapitres assez courts et une écriture sans fioriture, le récit se révèle original à plus d’un titre, bien amené et habile du début à la fin dans ses rebondissements, notamment avec un parfait équilibre entre le thriller et le fantastique. On ressort de cet univers sordide avec l’envie d’y replonger aussi vite et découvrir les autres romans de Sire Cédric. Un plaisir coupable qui évoque le même sentiment lorsqu’on lit les maîtres du genre. Tout comme son prédécesseur : indispensable.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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