mai 26, 2024

Symphonie Atomique – Étienne Cunge

Auteur : Etienne Cunge

Editeur : Pocket

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Le monde d’après s’effondre.
Malgré l’odeur de fin des temps, des restes de civilisations subsistent, au bord du chaos, et chacun lutte pour donner du sens à sa vie. Les quatre modèles des puissances atomiques, aux abois, dominent cette désolation et se confrontent, prêts à en découdre : ultra-capitalisme américain, écologisme européen, nationalisme russe et totalitarisme social chinois. Dans ce climat délétère, l’équilibre ne tient plus qu’à un fil, sur le point de rompre.
Parmi le concert des forces nucléaires spatiales, l’Europe en Transition fait figure de naine. Pour autant, alors qu’émerge une crise dans la crise, le sort de l’Humanité va peut-être dépendre des décisions de deux de ses membres, que rien ne prédisposait à cela : Juan et Agathe.
Dans cette nouvelle ère, à l’Europe reconfigurée et où l’espace constitue le terrain névralgique des conflits, leurs actes vont faire écho à l’étrange soulèvement en cours dans les steppes d’Asie centrale – sous le commandement du jeune Ashkat –, et les confronter à l’énigme qu’incarne Ulan Moltov, l’âme de la rébellion, le cœur du jeu de poker à grande échelle qui débute.

Avis :

La science-fiction est le genre par excellence pour se projeter dans l’avenir à plus ou moins longue échéance. Elle permet d’entrevoir ce qu’il advient de l’espèce humaine sur la Terre, comme dans l’espace, d’appréhender des évolutions technologiques. Au-delà de l’exercice d’extrapolation, elle constitue également un moyen d’interpeller son lectorat sur des problématiques et des enjeux sociétaux. À commencer par l’écologie. Bien souvent, cela donne lieu à des œuvres post-apocalyptiques, tant le constat est peu engageant, voire amer. En d’autres horizons, la représentation des siècles futurs n’en est pas moins désespérée avec la surexploitation des ressources naturelles.

Avec Symphonie atomique, Etienne Cunge se penche sur les conséquences du réchauffement climatique et, surtout, de l’inertie des pouvoirs politiques pour en minimiser l’impact. Dès les premières pages, le roman emprunte le parti pris de la dénonciation. À ce titre, l’évocation est aussi sentencieuse que pertinente quant à l’inaction, l’illogisme et l’inconscience au regard de la situation actuelle. L’intrigue se montre particulièrement dense, dont les ramifications ne cessent de s’étendre. Elle présente un contexte où la civilisation agonise et vivote au gré des caprices des gouvernements et des États ; qu’ils possèdent un caractère légitime ou non.

À la fois exhaustive et intéressante à appréhender, la narration délaisse quelque peu la fiction au profit d’un développement fouillé. D’un certain côté, on peut considérer le présent ouvrage assez didactique. L’enchaînement et l’accumulation des informations vont en ce sens. Sous couvert d’une alternance de points de vue, on évoque aussi bien le système politique, l’état de l’économie, l’impact sociétal, sans oublier les enjeux environnementaux. Il est donc nécessaire de rester attentif afin de distinguer les pouvoirs en puissance et le rôle des intervenants. Le tout s’intègre dans un contexte qui n’est pas sans rappeler la Guerre froide.

En ce sens, on y retrouve cette confrontation des nations, à la différence prête que l’on ne se cantonne pas aux velléités des blocs de l’ouest et de l’est. Cela vaut aussi pour la résurgence de la menace nucléaire qui marque une fin de non-recevoir quant aux possibilités de conciliation, à son statut dissuasif. Ainsi, tout concourt à instaurer un climat délétère, où les populations se contentent de vivre un jour après l’autre, avec pour seul horizon le lendemain. Dans un fatalisme explicite, les comportements sont indolents, dépressifs. On notera que l’auteur s’attarde sur la notion de solastalgie qui induit une souffrance morale portant sur les changements environnementaux ; qu’ils soient passés, actuels ou à venir.

Dès lors, l’histoire s’étend sur deux plans distincts. L’un se situe sur la planète où l’on appréhende une escalade des menaces et des mesures politiques. L’autre est l’occasion de se trouver dans une station orbitale. L’idée est intéressante, car Etienne Cunge parvient à concilier deux aspects de la science-fiction qui, en règle générale, ne font pas l’objet d’un traitement parallèle. L’alternance demeure équilibrée, tandis que l’on observe une réciprocité des conséquences dans les actes commis et les décisions prises. La montée en tension est progressive, là où la situation se complexifie au fil de son évolution. Ce qui rend le terme du livre d’autant plus imprévisible, si ce n’est équivoque.

Au final, Symphonie atomique est un roman de science-fiction aussi ambitieux que nécessaire. Sous couvert d’une fable écologique, Etienne Cunge y dépeint une civilisation agonisante où l’accablement laisse libre cours à l’inconséquence des actes. Bien que l’on distingue çà et là quelques lueurs d’espoir, l’atmosphère se veut surtout oppressante et pessimiste lorsqu’on se penche sur le devenir de notre espèce. Le contexte est d’autant plus réaliste qu’il développe les tenants sous l’angle politique, environnemental, économique et social. On apprécie aussi cette capacité à alterner entre deux cadres géographiques aux antipodes, à graduer la tension. Il en ressort un récit percutant qui ne laisse guère indifférent quant à l’inconséquence de l’humanité, sa propension à surexploiter la planète en dépit du bon sens.

Note : 16/20

Par Dante

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