juin 19, 2024
BD

Jim Hawkins

Auteur : Sébastien Vastra

Editeur : Ankama

Genre : Aventure

Résumé :

Un avenir de commis de cuisine et l’auberge familiale en héritage, Jim Hawkins sait qu’il ne restera pas longtemps sur la terre ferme. Son regard est ailleurs, tourné vers cette ligne de mer posée sur l’horizon, promesse d’inconnu et de mystères. Il suffirait juste d’un pas vers l’océan pour embrasser cette vie et devenir un autre.
Il suffirait d’un coup de pouce du destin ou de Bill Bones, ce vieux loup de mer fraîchement débarqué avec sa précieuse carte, pour que Jim bascule dans le tourbillon de l’aventure. Mais s’il y a une chose dangereuse en ce bas monde, c’est bien de posséder une fortune sur un morceau de papier…

Avis :

Certains livres forgent notre imaginaire, à un tel point que l’on a envie de les adapter en d’autres médiums. Enfant, Sébastien Vastra détestait lire, et pourtant, un ouvrage lui faisait de l’œil dans la bibliothèque de ses parents, L’Ile au Trésor de Robert Louis Stevenson, avec une couverture précise, qui laissait entrevoir un pirate bien énervé. Jeune adulte, il décide alors de rattraper son retard en littérature d’aventures du XIXème siècle et plonge à corps perdu dans le roman, qui lui explose alors littéralement au visage. C’est ainsi que dans l’esprit de l’auteur nait l’envie d’adapter ce roman, mais avec des personnages anthropomorphes pour se démarquer de la concurrence, et faire hommage aux personnages des films d’animation qu’il aime tant. Et le résultat va être à la hauteur de ces dix ans de travail acharné, présentant une relecture fidèle, dense et d’une beauté incroyable.

Jim Hawkins est un jeune lion qui travaille dans la taverne de sa mère. Mais le jeune garçon rêve de vivre des aventures en mer. L’arrivée de Bill Bones, un vieux morse qui se traine un énorme coffre, va alors changer sa vie à tout jamais, notamment lorsque ce dernier se fait attaquer par des pirates qui semblent convoiter une carte au trésor que Jim a récupéré. Commence alors un voyage épique en compagnie d’une équipe hétéroclite, dont Kong John Silver, un ancien pirate reconverti cuisinier, mais qui semble cacher un lourd secret. Aventures, combats, mutinerie et codes à déchiffrer pour trouver le fameux trésor, voici le cocktail détonant de cette BD qui ne s’arrête pas un seul instant et présente un scénario classique, mais rondement mené.

Car oui, Jim Hawkins est relecture du fameux roman de Stevenson, mais il va tout de même plus loin dans la création et la présentation des personnages. Ici, Jim Hawkins est un jeune rêveur, un peu idéaliste, mais qui va vite se rendre compte que la distance avec sa mère n’est pas si facile, mais aussi que la vie sur un bateau n’est pas de tout repos, surtout avec des pirates à bord. Ce héros est vraiment attachant car il est vraiment bon, bienveillant, et il va apprendre à ses dépends à devenir plus rude, plus dur pour survivre dans un univers où l’or rend fou. Sébastien Vastra fait le bon choix en choisissant un jeune lion pour le représenter, évoquant ainsi la fougue et l’énergie. Au départ, il est entouré de personnages assez neutres, mais qui auront leur importance dans son évolution, avec Livesay, le docteur, et Trelawney le riche expéditeur.

La force de ce récit réside aussi dans les antagonistes, qui ne sont pas vraiment de grands méchants. Kong John Silver, qui veut à tout prix retrouver le trésor de Flint, est un protagoniste qui offre un vrai dilemme moral. A la fois obnubilé par le trésor et sa quête de fortune, et attaché à ce jeune Jim Hawkins dans lequel il retrouve une seconde jeunesse, ce personnage doit faire des choix, et il ne fait pas toujours les bons. Il est complexe, difficile à cerner, parfois lunatique et cruel, mais il reste intéressant et attachant, notamment par rapport à Jim. D’ailleurs, la fin ne sera pas aussi nihiliste que prévue autour de ce personnage. Parmi les pirates, d’autres sont plus méchants, comme le zèbre qui est prêt à tout pour avoir son part du trésor, ou Sharkfat, un requin violent et effrayant.

Cette quête d’argent qui rend fou (on peut y voir un drôle d’écho avec le capitalisme contemporain) va être menée de main de maître par Sébastien Vastra qui ne laisse rien au hasard, aussi bien dans son récit que dans son dessin. En trois tomes, le récit est condensé et ne laisse aucun temps mort. On aura droit alors à un premier tome qui présente Jim et comment il est part en mer. Un deuxième tome qui évoquer le voyage en bateau et la mutinerie que prépare John Silver. Et un troisième tome qui apporte la lutte pour le trésor, où toutes les limites entre gentil et méchant sont floutées. En faisant ainsi, l’histoire ne tire pas en longueur, et la structure est idéale pour dynamiser l’ensemble. C’est non seulement malin, mais les personnages ne sont pas oubliés en cours de route.

Et cela même si on aurait aimé un peu plus de précisions sur certains, comme Gray le loup qui change de camp, ou encore le passé du zèbre et bien d’autres encore. Mais on verra peut-être cela dans un spin-off qui ferait office de préquelle. Bien évidemment, tout cela nous est servi par un dessin tout simplement incroyable. Sébastien Vastra possède un coup de crayon unique et il arrive à faire différentes ambiances au sein de son récit. L’attaque de l’auberge par Pew, l’oiseau de malheur, est terrifiante et baigne dans une atmosphère horrifique, alors que la découverte de l’île est lumineuse, avec des couleurs chatoyantes. Et qu’importe qu’il faille faire de grandes planches majestueuses ou des cases plus intimistes, le dessinateur fait des merveilles et nous éblouit à chaque page. C’est un vrai délice de découvrir chaque nouvelle case et d’en scruter les moindres détails.

Au final, Jim Hawkins est une bande-dessinée fortement recommandable. Il s’agit d’un récit de piraterie rondement mené, avec des personnages troubles mais terriblement attachants, et le tout baigne dans un dessin absolument sublime. Les amateurs du roman ne seront pas dépaysés, et Sébastien Vastra fait preuve d’une grande humilité en adaptant à sa manière et avec respect un matériau de base légendaire. Bref, une œuvre réussie de A à Z.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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