juin 25, 2024

Midnight Silence

Titre Original : Midnight

De : Oh-Seung Kwon

Avec Wi Ha-Joon, Ki-Joo Jin, Park Hoon, Hye-Yoon Kim

Année : 2021

Pays : Corée du Sud

Genre : Thriller

Résumé :

Kyung-mi, jeune femme sourde-muette, croise une nuit la route de Do-sik, un tueur en série toujours à la recherche d’une nouvelle victime. Un jeu du chat et de la souris s’engage alors entre eux dans les ruelles nocturnes de Séoul…

Avis :

Depuis de nombreuses années, le cinéma coréen ne cesse d’étonner et d’interpeller par des productions audacieuses, sinon engagées. On le constate à travers différents genres, même si le polar et le thriller se distinguent aisément. On songe à une maîtrise narrative exceptionnelle, servie par une caractérisation au cordeau, sans oublier des ambiances oppressantes, voire poisseuses. Preuve en est avec des métrages tels que The Chaser, J’ai rencontré le diable et The Strangers ; désormais devenus des classiques et des références en la matière. Il ne fait aucun doute que ceux-ci sont une source d’inspiration pour Midnight Silence, première réalisation d’Oh-Seung Kwon.

Si le postulat de départ ne présente guère d’originalité, le cinéaste focalise le potentiel de son intrigue sur la confrontation entre un tueur en série et une sourde-muette. Sans être novatrice, l’idée du handicap apporte une dynamique différente dans le déroulement de l’action. À l’image des premières incursions et scènes, cela passe tout d’abord par l’expérience sensorielle. En de telles circonstances, ce constat peut paraître paradoxal. Il n’en demeure pas moins qu’on s’appuie sur la perception du spectateur avec des silences mesurés. Ceux-ci n’augurent pas forcément un jumpscare ou un évènement clef, mais jouent sur l’empathie que l’on porte au personnage principal.

« On dispose d’une critique sociale bienvenue. »

On a donc droit à des séquences où l’écoute prévaut sur toute autre considération. Un peu comme si le fait de priver l’un des protagonistes d’un sens amenait à l’exacerber du point de vue du spectateur. Pour ce faire, le réalisateur trouve et distille des éléments qui permettent, tant bien que mal, de compenser le manque d’acuité auditive de l’intéressée. Cela vaut pour l’éclairage à détection de mouvements et d’autres objets à l’usage similaire. On songe également aux dispositifs anti-agressions en pleine rue où la sirène assourdissante s’accompagne d’une lumière éblouissante. L’approche s’avère donc maîtrisée pour atténuer un rapport de force déséquilibré, par nature.

Cela étant dit, la confrontation ne cesse de multiplier les situations qui, prises individuellement, peuvent amener à une conclusion prématurée. La séquestration dans le van, la déposition au commissariat, le face-à-face dans une impasse… Autant d’évènements qui s’appuient sur un concours de circonstances fortuites pour poursuivre la traque ou la fuite, selon le point de vue. En contrepartie, on peut regretter des comportements qui confèrent à la stupidité ou l’incompétence. Certes, les réactions visent à faire un état des lieux sur la vision du handicap par la société. L’incompréhension et la peur qui découlent de la différence. Bien qu’on dispose d’une critique sociale bienvenue, elle se fait au détriment de la vraisemblance desdites scènes.

« La réalisation est énergique au possible avec de nombreux travellings et des jeux de cadrage. »

En ce qui concerne le rythme, l’ensemble ne se relâche guère et l’on reste constamment dans une situation de stress. Ici, les probabilités de survie sont réellement mises à mal. Afin d’appuyer cette sensation permanente du danger, la réalisation est énergique au possible avec de nombreux travellings et des jeux de cadrage qui exposent avec brio les courses dans les rues nocturnes de Séoul. En intérieur, comme en extérieur, la gestion de l’espace ne pâtit d’aucune faiblesse. Une qualité d’autant plus admirable qu’il s’agit d’un premier film. Du côté des maladresses, on regrette des angles approximatifs pour certaines scènes où la protagoniste communique par le langage des signes. Toutefois, ce problème n’est pas récurrent.

Au final, Midnight Silence constitue un thriller nerveux. À aucun moment, la progression ne souffre d’une baisse de rythme. Cette traque dans les rues de Séoul s’avère immersive au possible. Cela tient notamment à une approche sensorielle qui alterne entre l’absence de perception et des éléments visuels (ou auditifs) qui accablent le spectateur avec brutalité. Ce qui a pour effet d’exacerber la perte de repères. On apprécie également l’apport d’un texte sous-jacent quant à la notion de handicap et son intégration dans une société complaisante et hypocrite. Seulement, les comportements qui en découlent jouent sur l’exagération, quitte à rendre plusieurs moments invraisemblables. Aussi, l’intrigue peut paraître poussive à certains égards. Il n’en demeure pas moins une production coréenne haletante.

Note : 14/20

Par Dante

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