mai 25, 2024

Conte de Fées – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Fantasy

Résumé :

Charlie Reade ressemble à un lycéen ordinaire, sportif et bon élève. Mais il porte un lourd fardeau : sa mère a été tuée dans un accident avec délit de fuite quand il avait dix ans, et le chagrin a poussé son père à boire. Charlie a appris à en prendre soin.
À dix-sept ans, Charlie fait la connaissance d’un chien, Radar, et de son maître vieillissant, Howard Bowditch, un reclus qui vit dans une grande maison au sommet d’une colline, avec une remise fermée à clé dans le jardin, de laquelle des sons étranges sortent parfois…

Avis :

Résumer la bibliographie de Stephen King à l’horreur ou au fantastique serait réducteur et partiellement représentatif de son talent de conteur. Au fil de sa carrière, l’écrivain originaire de Portland s’est essayé à de nombreux genres et styles littéraires, comme le thriller, le drame ou la fantasy. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Conte de fées ne constitue donc pas une occurrence inédite. Si l’on peut évoquer le cycle de La Tour sombre et Le Talisman des territoires, on songe surtout au roman Les Yeux du dragon qui, en l’occurrence, se rapproche des contes de fées pour enfants. D’ailleurs, l’auteur a concrétisé ce dernier projet pour sa fille qui, à l’époque, ne pouvait découvrir d’autres histoires plus violentes de son père…

Avec Conte de fées, Stephen King propose un récit qui mêle des fondamentaux connus de tous avec une progression narrative qui prend à contrepieds les aprioris du lecteur. Autrement dit, le pitch de départ est confondant de classicisme. Ce qui augure d’un déroulement linéaire certes, mais pas dans le sens où l’on s’y attend. En effet, la première partie du livre s’axe autour d’une incursion contemporaine, au sein de notre propre réalité. On y suit l’enfance du protagoniste, minée par la perte de sa mère et l’alcoolisme de son père. Dernier sujet récurrent chez l’auteur, s’il en est. Puis l’on enchaîne sur son adolescence et son quotidien fait d’aspirations et d’indécision. Il faut compter un peu plus de 250 pages pour exposer les tenants.

Cette approche permet de mettre en parallèle, voire de confronter les divergences entre deux univers. Il en découle une mise en abîme quant à l’évocation des contes issus de l’imaginaire collectif. Ceux-ci s’appuient autant sur les versions les plus violentes des frères Grimm que sur les interprétations légères des productions Disney. Dès lors, on assiste à un traitement où les histoires pourraient avoir une source d’inspiration réelle, à tout le moins tangible. Ailleurs. L’approche avec cet univers de fantasy nommé Empis se fait alors de manière progressive, par le biais d’allusions ou de mystères. Cela vaut, entre autres, pour cette cabane sur la propriété de monsieur Bowditch ou l’origine de son or. L’ensemble est intrigant et bien amené.

Par la suite, l’incursion dans la fantasy « pure » confirme la première impression que l’on se fait d’Empis. Sur la base de références explicites, on arpente des lieux familiers. Tour à tour, on songe aux œuvres respectives de Lyman Frank Baum, Edgar Rice Burroughs ou Clark Ashton Smith. En ce qui concerne ce dernier, l’architecture grandiloquente et démesurée de Lilimar n’est pas sans rappeler Zothique, Averoigne ou Hyperborée. Il est aussi difficile de faire l’impasse sur l’influence des récits de Robert E. Howard et d’Howard Phillips Lovecraft dans la création de ses contrées imaginaires. Preuve en est avec des divinités à l’apparence terrible ou à ses sombres cachots issus d’un âge antédiluvien.

L’aspect référentiel de l’histoire n’en dénature pas pour autant son identité propre. Stephen King y insuffle des éléments qui lui offrent sa singularité, comme le gris, sorte de peste ou de lèpre qui accable les habitants. À cela s’ajoutent des problèmes de communication entre les personnages dont les difficultés narratives sont bien détournées, tandis que l’on distingue d’étranges créatures telles que le Snab. On regrette toutefois que la partie liée à la captivité de Charlie s’étire en longueur, sans vraiment apporter un intérêt notable au fil directeur. Ce qui provoque des situations redondantes, ne serait-ce que dans l’organisation d’un tournoi de combats, le « un contre un ».

Au final, Conte de fées est une incursion qui interpelle. Certes, l’intrigue présente un caractère manichéen indéniable. De même, le déroulement emprunte un cheminement balisé où l’adolescent s’efface pour laisser place à un homme vertueux. Il n’en demeure pas moins que Stephen King parvient à entraîner son lectorat sur les sentiers de son imagination intarissable. D’abord, dans un cadre contemporain et, ensuite, dans un univers fantasmé ; à la confluence des récits et références qui l’ont précédé dans ce domaine. La caractérisation force le respect, tandis que l’atmosphère s’appuie autant sur des descriptions enchanteresses que sur d’obscures considérations. En dépit de quelques atermoiements narratifs et d’enjeux convenus, il en découle un récit distrayant où l’héroïsme arbore des atours ordinaires. Simple et néanmoins efficace.

Note : 14/20

Par Dante

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