avril 13, 2024

Inhuman Kiss

Titre Original : Krasue : Inhuman Kiss

De : Sitisiri Mongkolsiri

Avec Phantira Pipityakorn, Oabnithi Wiwattanawarang, Sahajak Boonthanakit

Année : 2019

Pays : Thaïlande

Genre : Horreur, Drame, Romance

Résumé :

Une jeune fille, tiraillée entre ses deux amis chers, combat le démon sanguinaire qui se manifeste en elle dès la nuit tombée.

Avis :

Parmi les différents folklores asiatiques, les mythes thaïlandais demeurent peu connus en Occident. Les rares représentations sont issues de la littérature spécialisée et des légendes que l’on peut glaner çà et là. En règle générale, ces dernières possèdent une origine commune avec les religions bouddhistes et hindouistes. On songe, entre autres, à l’histoire de Mae Nak. Avec Inhuman Kiss, Sitisiri Mongkolsiri se penche sur une autre légende. Celle de la krasue, équivalent asiatique de notre vampire européen et qui se retrouve dans des cultures voisines, notamment au Cambodge et en Malaisie. Toutefois, ce n’est pas de sang qu’elle se nourrit, mais de chair fraîche…

Aussi, le présent métrage propose une plongée immersive dans une atmosphère particulière où les légendes restent encore vivaces pour les populations rurales. À ce titre, l’entame apporte une mise en contexte intéressante avec l’incursion au cœur de la forêt thaïlandaise, où se trouve une propriété abandonnée. Bien que courte, cette introduction suggère une approche orientée vers l’épouvante. En ce sens, le travail dédié à la photographie est maîtrisé. Et c’est l’un des éléments qui confère, par la suite, une aura si singulière au récit. Ce dernier demeure ancré dans le village et la campagne environnante, s’appuyant autant sur un dénuement de circonstances que sur la perpétuation des traditions.

« De l’épouvante, Inhuman Kiss évolue vers une romance fantastique, entraînant certaines facilités scénaristiques. »

Sur cet aspect, les croyances sont retranscrites de telle sorte à les intégrer de manière naturelle dans le quotidien des villageois. Il ne s’agit pas d’une crainte irrationnelle, mais d’une peur fondée sur des témoignages, de précédents faits divers, voire de preuves matérielles. Preuve en est avec ces têtes empalées sur des pics ou ces crânes emprisonnés dans des cages. Afin d’obtenir un point de comparaison qui reste dans le ton, on peut rapprocher cette vie rurale, d’une rudesse évidente, à celle vécue dans les Carpates ou la Transylvanie magnifiée dans Dracula. Cela sans compter la présence de chasseurs de krasue… Toutefois, le parallèle s’arrête là au vu de la suite des évènements.

En effet, l’intrigue s’écarte sensiblement de ses intentions initiales. De l’épouvante, Inhuman Kiss évolue vers une romance fantastique, entraînant certaines facilités scénaristiques. Ainsi, on n’échappe guère au sempiternel triangle amoureux issu d’une amitié d’enfance. S’ensuivent une rivalité quasi fraternelle, des moments de complicité avec les deux prétendants, sans oublier ce désintéressement réciproque lorsqu’il s’agit de protéger la bien-aimée. Tout cela fleure bon les sentiments qui se délayent dans une évocation contemplative. Ici, la lenteur du rythme ne sert guère le récit, car on s’attarde plus que de rigueur sur des éléments anecdotiques ou des séquences incongrues. Par exemple, l’acte de nourrir la krasue à l’aide de poulets qui offrent un caractère presque rocambolesque.

« La conclusion sombre dans un pathos inutile, flashback d’un souvenir agréable à l’appui. »

Et c’est bien ce changement de ton constant qui laisse perplexe quant à la teneur du film. On peut apprécier cette incursion féérique inattendue au cœur de la forêt environnante. En revanche, d’autres éléments sont nettement moins probants. Le dénouement est particulièrement représentatif de cet état de fait avec une tournure qui part en roue libre, eu égard à ces confrontations grand-guignolesques entre créatures de la nuit. Là encore, le parallèle est évident avec les krasue (un mélange de fantômes et de vampires) et les krahang (sorte de démons lycanthropes). Les joutes virevoltent en tous sens, tandis que la conclusion sombre dans un pathos inutile, flashback d’un souvenir agréable à l’appui.

Au final, Inhuman Kiss est un film étrange puisqu’il ne se cantonne pas à un genre spécifique. Entre l’épouvante, le drame, le fantastique ou encore la romance, le métrage de Sitisiri Mongkolsiri part dans tous les sens. L’histoire dilue son potentiel dans une évolution conventionnelle et confuse qui souhaite interpeller un large public, n’en déplaise à la thématique principale. Si l’on aime cette atmosphère propre au cadre et au folklore thaïlandais, le déroulement languissant et la caractérisation standardisée atténuent le bon a priori initial. Entre une progression prévisible et un dénouement impromptu, voire ridicule, on se retrouve avec un résultat qui multiplie les platitudes. Une curiosité nantie d’un texte sous-jacent qui fait écho à la notion de monstruosité, mais qui s’affuble d’un traitement épars et inconstant.

Note : 09/20

Par Dante

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