juin 23, 2024

Hisss

De : Jennifer Lynch

Avec Mallika Sherawat, Irrfan Khan, Jeff Doucette, Raman Trikha

Année : 2010

Pays : Etats-Unis, Inde

Genre : Horreur

Résumé :

Rongé par un cancer du cerveau, Georges States place ses derniers espoirs de guérison dans la recherche du Naagmani, un objet rendant son propriétaire immortel. Entre les mains d’une divinité indienne, un serpent capable de prendre la forme d’une femme, l’objet est férocement protégé. States, prêt à tout, va alors capturer l’amant de la déesse. Celui-ci a bien l’intention de l’utiliser comme moyen de pression pour parvenir à ses fins.

Avis :

En raison de leur statut de prédateur naturel, les serpents font les beaux jours des films d’horreur. On songe à la saga Anaconda et aux incontournables productions Asylum et Syfy, comme Boa Vs Python ou Piraconda. Des exemples représentatifs des bêtises cinématographiques que l’on peut commettre avec des ambitions purement mercantiles et une absence totale de talents. De prime abord, Hisss ne semble pas s’immiscer dans le même registre. Véritable « OVNI » dans la carrière de Jennifer Lynch, Hisss se base sur la légende hindoue du Nāga, plus précisément celle de la femme-serpent ou Nāginī. De quoi proposer une plongée mystique éloignée de l’excentricité de Bollywood, du moins dans les intentions…

À l’issue d’une évocation mythologique somme toute brève, Hisss s’inscrit dans un contexte contemporain. Si le concept demeure intrigant et peu exploité dans le cinéma (exception faite des productions indiennes du XXe siècle), on se heurte d’emblée à un pitch farfelu au possible. La divinité reptilienne est séparée de son bien-aimé par un malade du cerveau (au sens propre, comme au figuré) pour l’attirer à lui et extorquer le secret de l’immortalité. Une simplicité apparente qui rime vraisemblablement avec absurdité. Certes, le récit est souvent prétexte à un déferlement de violences et de confrontations entre l’homme et l’animal. Ici, il dissimule bien mal la vacuité de son propos.

Pourtant, la vision de la réalisatrice (et scénariste) n’est pas dénuée de motivations. Au-delà du caractère fantasmagorique que suggère l’histoire de Nāginī, on décèle un discours féministe qui interpelle sur la place de la femme au sein de la société indienne. Là encore, l’idée est louable, mais elle est très mal développée. Non seulement on condense les séquences symboliques sur une faible portion de l’intrigue, mais on se contente d’un point de vue partial et parcellaire. Pour résumer, les hommes sont violents et intéressés, uniquement motivés par l’argent et le sexe. Il n’y a pas de nuances ou de demi-mesures où la femme vengeresse est vertueuse. Pourtant, Nāginī est censée punir les coupables, comme les innocents.

« Une approche fantasmatique qui, comble du ridicule, demeure dans une tonalité sérieuse et circonspecte. »

Affublé d’une écriture grossière, le discours multiplie donc les maladresses. Et cela vaut également quand il est question d’aborder la sensualité toute reptilienne de sa tête d’affiche. Le charisme et la troublante performance de Mallika Sherawat constituent les rares occurrences notables de Hisss. Elle parvient autant à jouer sur la carte de la suggestivité et l’intensité de son regard que sur sa plastique avantageuse. Malheureusement, l’actrice doit jouer avec conviction des scènes aussi embarrassantes qu’improbables. Mention spéciale à cette ascension langoureuse d’un lampadaire à la symbolique… très phallique. Autre exemple qui met à mal la vision pro-féministe de l’ensemble : le serpent (son bien-aimé, donc) qui s’immisce entre ses cuisses avant de poursuivre au creux de ses reins dans un soupir d’extase !

Une approche fantasmatique qui, comble du ridicule, demeure dans une tonalité sérieuse et circonspecte. Quant aux métamorphoses, on oscille entre les effets spéciaux old-school de Robert Kurtzman, passablement désuets, et des images de synthèse abominables. Exception faite de la mue progressive de Nāginī, toujours avec une connotation très charnelle, on doit se contenter d’animatroniques peu convaincants, de prothèses grossièrement ajustées et des trucages pixellisés d’une rigidité sans nom. Au lieu de voir un serpent géant se mouvoir avec célérité, on se retrouve avec une savonnette en forme de cordelette qui glisse littéralement sur le sol.

Au final, Hisss est un véritable naufrage cinématographique, et ce, malgré la curiosité qu’il parvient à instiller. Le métrage de Jennifer Lynch multiplie les tares et les contradictions. Des dialogues infâmes, un montage épileptique sans cohérence, un scénario et une progression en roue libre, des effets spéciaux risibles… La réalisatrice a beau trouver de bonnes idées au départ, elle s’empresse de les saboter par des séquences au ridicule consommé où le non-sens côtoie le mauvais goût. Dès lors, on oublie les traditions, le folklore ou les rites religieux inhérents à la légende de Nāginī. On se confronte à une itération grotesque où la sensualité toute venimeuse de la principale intéressée est malmenée par des passages improbables, voire malaisants. Cela sans compter sur un discours dogmatique et peu amène sur le féminisme.

Note : 05/20

Par Dante

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