octobre 6, 2022

Incantation

De : Kevin Ko

Avec Hsuan-Yen Tsai, Ying-Hsuan Kao, Sean Lin, Huang Sin-Ting

Année : 2022

Pays : Taïwan

Genre : Horreur

Résumé :

Il y a six ans, Lee Jo-nan était frappée d’une malédiction après avoir brisé un tabou religieux. Aujourd’hui, elle doit protéger sa fille des répercussions de ses actes.

Avis :

Certaines hypes ne sont pas forcément bonnes à prendre. Quand un film sort dans un pays étranger et qu’il arrive chez nous fort d’un énorme succès, on a toujours tendance à croire que le long-métrage sera bon. Mais on oublie souvent que la quantité (ici, les spectateur) n’a rien à voir avec la qualité, et un succès populaire peut être un mauvais film. D’autant plus lorsque ce dernier est ancré dans une culture totalement différente de la nôtre. La duologie Monster Hunt furent d’énormes succès en Chine, et pourtant, les deux films sont fades et à destination des enfants.

Bref, tout ça pour dire qu’Incantation a fait un succès monstre en salles à Taïwan, et que la presse s’est empressée d’encenser cela comme le film le plus terrifiant de tous les temps. Et de rajouter que le film s’inspire de faits réels, et la boucle est bouclée pour créer une sorte de micro-évènement. Un évènement dont Netflix n’a pas trop fait de publicité dessus, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant habituée à attirer le chaland sur ses nouveautés horrifiques, la plateforme de streaming a été assez timide sur ce coup-là, peut-être consciente du flop à venir. Il faut dire que le film de Kevin Ko n’est pas forcément recommandable, tentant de renouer avec le found-footage, mais n’arrivant jamais à garder une cohérence, autant sur la narration de son film, que sur la mise en scène.

Ici, on va suivre Lee Jo-Nan, une jeune femme qui vient récupérer sa fille qui fut placée en famille d’accueil. Pour fêter l’évènement, la jeune femme a investi dans une caméra et filme tout. Dans le même temps, le personnage nous raconte sa vie quelques années plus tôt, alors qu’elle s’amusait avec deux garçons à créer une chaîne Youtube en visitant des lieux hantés. Dont un tunnel interdit au milieu d’une secte bouddhiste. Faisant sans arrêt des allers-retours entre passé et présent, Lee raconte alors sa malédiction qui se passe à sa fille, et elle va tout faire pour la sauver. Quitte à impliquer le spectateur en brisant le quatrième mur afin de le faire participer à une sorte de prière cathartique pour sauver la petite fille. Et très rapidement, dès l’introduction, on voit pertinemment où veut en venir Kevin Ko.

Dès le démarrage, on a « l’héroïne » qui va nous parler directement, en mettant à l’épreuve notre regard et notre crédulité. A travers une paire d’exemple, elle montre que ce que l’on voit peut aller à droite ou à gauche, et que cela est à cause de notre cerveau et de notre perception. C’est assez malin de faire comme cela, car le cinéaste implique de suite le spectateur dans une sorte de jeu, lui faisant prendre part à l’histoire du film. Malheureusement, cela ne va pas tenir sur la durée, et Incantation va repartir sur des bases classiques du found-footage. On retrouve alors un quotidien qui est peuplé de passages horrifiques avec des portes qui claquent et des bruits étranges, puis on va vite voir aussi les moments passés, avec notamment l’arrivée dans une secte étrange.

Rien de bien neuf, le cadre se pose pour jalonner deux récits distincts, avec des moments de flippe différents. Ainsi, le présent montrera une petite fille de six ans qui retrouve sa mère, mais qui va vivre un calvaire, en voyant notamment un « méchant » au plafond, que l’on ne verra jamais. La petite fille va alors tomber malade, on soupçonne la mère de maltraitance, puis le père de la famille d’accueil va venir aider cette mère, s’impliquant alors dans la résolution de la malédiction. Tout est alors fait pour montrer l’inéluctabilité de l’histoire, avec des suicides violents et une petite fille qui se transforme petit à petit. En parallèle de ça, on découvre les origines de la malédiction, avec un village austère et la découverte d’une tradition malsaine, à base de jeune fille et de crapauds qui bouffent des cheveux. Vous n’y comprenez rien ? C’est normal.

Et c’est là l’un des très gros problèmes du film, son incapacité à gérer la cohésion de ses histoires. C’est-à-dire que l’on passe d’une temporalité à l’autre sans explication, avec seulement des lieux différents, mais de façon totalement anarchique. Il n’y a pas de liant entre les scènes, et c’est aux spectateurs de se faire à ces changements. D’autant plus qu’il n’y pas de cohérence dans la mise en scène. Si c’est plutôt bien filmé, et que le film a une paire de bonnes idées, on se retrouve souvent avec plusieurs points de vue qui n’ont pas de sens. Le personnage principal n’a qu’une caméra. Comment peut-elle se filmer en conduisant, et changer le point de vue en filmant l’arrière de sa bagnole. Et des moments comme celui-là, il y en a à la pelle, déstructurant alors tout l’intérêt du found-footage.

Et c’est dommage, car le film regorge de bonnes idées. Quand il se met à attaquer la famille, ou certains personnages, on a droit à de longs moments intenses, où il y a des apparitions à chaque recoin. On peut citer la première nuit de la petite fille dans l’appartement, mais surtout ce passage assez incroyable dans le village bouddhiste, où la jeune femme tente de s’échapper, mais à chaque fois qu’elle tourne la caméra, elle aborde des images cauchemardesques. Un vrai train fantôme qui s’accorde bien avec le found-footage, mais aussi avec le folklore du pays. Il y a des passages, visuellement, qui sont intéressants et qui marquent bien les esprits. Malheureusement, Kevin Ko n’en fait pas grand-chose, arrêtant brusquement ces moments. On reste dans le flou, et on se dit que tous ces passages ne sont finalement pas essentiels dans le scénario.

Au final, Incantation essaye de jouer au plus malin avec nous, en se targuant d’une histoire participative et d’un buzz dans son pays d’origine. Mais on se sentira surtout perdu dans cet imbroglio incompréhensible, où spiritualité, malédiction, bénédiction et bouddhisme viendront tour à tour épaissir un mystère pénible et sans grand intérêt. Un intérêt qui se trouve dans quelques séquences rondement menées de flippe, mais qui prennent peu de place dans un film long et poussif, où personne n’est vraiment empathique. Et dire que c’est inspiré de faits réels, c’est le foutage de gueule suprême. Bref, décevant…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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