août 10, 2022

Yoshiwara

De : Max Ophüls

Avec Pierre-Richard Willm, Michiko Tanaka, Roland Toutain, Sessue Hayakawa

Année : 1937

Pays : France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

A la fin du XIXe siècle, la jeune Kohana joue les geishas pour sauvegarder l’héritage familial après le suicide de son père, qui a fait faillite. Envoyée dans le quartier de Yoshiwara, elle y tombe amoureuse d’un lieutenant russe.

Avis :

Réalisateur incontournable du XXe siècle, Max Ophüls fait ses premières armes au théâtre avant de se tourner vers le septième art. Il amorce sa carrière au début des années 1930, en plein essor du cinéma parlant. Au regard du contexte politique de l’époque, l’homme s’exile en France dans un premier temps. Lors de cette période, on lui confie de nombreux projets, même si ceux-ci ne font guère partie de ses œuvres majeures. On peut notamment évoquer sa collaboration avec Marcel L’Herbier pour Le Scandale ou La Tendre ennemie. S’essayant à différentes thématiques, il ne se cantonne pas à un registre particulier. Aussi, Yoshiwara ne s’inscrit pas dans une continuité artistique ou une quelconque tendance.

Avant même de découvrir l’intrigue, l’initiative interpelle. À l’époque, le cinéma asiatique est peu démocratisé en occident et ne suscite guère l’attention du public. Hormis quelques exceptions, il faut également aborder les cultures d’Extrême-Orient sous un prisme fantasmé et réducteur, parfois caricatural. Cela sans compter des productions non natives qui tiennent davantage de la propagande que de l’œuvre artistique. À l’image de la version originale et du remake de Forfaiture, Yoshiwara s’annonce comme une incursion inédite dans le cinéma francophone. Une occasion d’appréhender la société nippone sur fond de romance et d’espionnage.

Malheureusement, Max Ophüls se heurte à des difficultés de tournage qui l’oblige à niveler ses ambitions par le bas. Il était en effet prévu de se rendre au Japon avant que les producteurs imposent de filmer en studio et de prévoir quelques plans extérieurs à Paris. Certes, les antécédents du cinéaste permettent de tirer parti de cette artificialisation. De par ses jeux de caméra et son sens de la mise en scène, il parvient à instaurer un style théâtral qui n’est pas pour déplaire, à défaut de faire preuve de réalisme. Il se crée néanmoins une certaine distance, car l’occupation des espaces demeure restreinte et les décors sont minimalistes.

On occulte aussi l’aspect sordide du quartier de Yoshiwara où la criminalité côtoie la prostitution. Les mises en situation ne suggèrent guère de dangers ni de menaces quelconques. On se contente d’un exotisme lisse, presque suranné, tant il véhicule des clichés grossiers. De même, le film s’avance comme un drame romantique. Or, la bande-son et la légèreté ambiante confèrent de faux atours comiques à l’histoire. Cela tient aux incursions des officiers-marins ou encore aux autorités locales d’une rare incompétence. L’ensemble n’a rien de naturel et le changement de ton n’aide guère à insuffler une connotation tragique à l’idylle entre les deux protagonistes.

Quelle que soit leur importance, les personnages pâtissent d’une caractérisation aléatoire, elle est percluse de clichés en tout genre. À l’instar des échanges hiérarchiques, les lignes de dialogue sont également basiques et portent à peu de conséquences. Il est aussi à déplorer que l’intrigue secondaire dédiée à l’affaire d’espionnage s’appuie uniquement sur des rumeurs et des allusions jamais développées ou expliquées. Il faut se contenter d’ordres, de regards hostiles et de chantages sur fond de manipulation. Quid des objectifs ou des implications associés aux enjeux diplomatiques et géopolitiques ? Ceux-ci demeurent à l’entière interprétation du spectateur, sans justification aucune.

Au final, Yoshiwara pâtit d’une production chaotique qui mine autant l’histoire que l’atmosphère du cadre. L’idée initiale reste intéressante pour dépeindre le quartier sulfureux de Tokyo au XIXe siècle. Au sortir de cette considération, Max Ophüls se dépêtre tant bien que mal avec des décors sans relief (sans doute au sens propre, d’ailleurs) et un scénario guère approfondi. Pour autant, on sent cette volonté de porter le projet avec peu de moyens, ne serait-ce qu’à travers cet aspect théâtral qui sauve le métrage du naufrage. Cependant, il est difficile de faire l’impasse sur des clichés en pagaille, ainsi qu’un traitement superficiel. Une incursion guère marquante dans la filmographie de Max Ophüls.

Note : 11/20

Par Dante

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