juin 25, 2024

Exilé

Titre Original : Fong Juk

De : Johnnie To

Avec Anthony Wong Chau-Sang, Francis Ng, Nick Cheung, Josie Ho

Année : 2006

Pays : Hong-Kong

Genre : Action

Résumé :

Macau, 1998. Wo s’est retiré du milieu et mène une vie paisible avec sa famille. Mais quatre tueurs à gages venus de Hong Kong, d’anciens « collègues de travail », se rendent chez lui. Deux d’entre eux ont pour ordre de tuer Wo.

Avis :

Johnnie To commence sa carrière dans les années 70 en tant qu’assistant sur des productions de chaîne de télévision. C’est au début des années 80 qu’il se frotte à la réalisation, sans succès, mais cela lui donne le virus. Véritable stakhanoviste accompli, il va réussir à réaliser plusieurs films en une seule année, et il va commencer à connaître le succès avec certains, dont The Big Heat et All About Ah-Long en 1988 et 1989. S’il devient une véritable star dans son pays, à l’international, c’est un peu plus compliqué. Il faudra attendre les années 2000 pour que les films de Johnnie To arrivent en France, avec notamment The Mission, puis Fulltime Killer. C’est en 2004 et 2005 que le public va vraiment le découvrir grâce à plusieurs sélections à Cannes, notamment pour Election. C’est l’année d’après que sort chez nous Exilé, un film d’action décomplexé très réussi.

Bande de potes

Le scénario de ce film est assez difficile à appréhender. Il faut dire que les personnages parlent peu et que l’on est rapidement dans le vif du sujet. Le métrage commence avec un homme qui toque à une porte. Une femme avec un bébé lui ouvre. Il demande à voir Wo, mais ce dernier n’est pas là. Il décide d’attendre à l’extérieur. Un autre homme arrive quelques minutes plus tard, et demande la même chose. Lui aussi attend à l’extérieur. Un dialogue s’établit où l’on apprend que les deux hommes veulent la tête de Wo. Lorsque ce dernier arrive, un règlement compte se met en place, où tout le monde survit. A partir de là, on apprend que les hommes étaient amis de par le passé et que les contrats sur la tête de Wo sont obscurs.

De là va découler une intrigue simple, où les amis d’enfance refont équipe pour une tête mise à prix d’un gros caïd, qui mettra, à son tour, une tête plus grosse sur la table. De cette surenchère va découler une fuite du groupe, qui se retrouve contraint de partir pour survivre et échapper à une bande plus grosse que la leur. Bref, tout cela est bien compliqué pour peu de chose, et on sent que Johnnie To utilise ce prétexte pour brasser des thèmes plus terre à terre, comme l’amitié ou la nécessité de fuir pour trouver mieux ailleurs. Le film joue alors sur plusieurs cordes, dont celle assez sensible du camarade défunt qui reste dans les mémoires et qui engendre tout un tas de réactions en chaine. En ce sens, Exilé est plutôt cryptique et son mutisme ne lui rend pas forcément service.

Des images pour des mots

La grande force de Exilé, c’est tout simplement la mise en scène de Johnnie To. Dès le départ, même dans une scène anodine comme un regard en coin de porte, on voit que le cinéaste a envie de plus passer par l’image que par le dialogue. Chaque plan est recherché, travaillé, avec la volonté de dire quelque chose. Par exemple, dans cette scène où l’on opte le regard de la femme de Wo, on voit un homme an premier plan, et un autre en arrière-plan, ce qui situe déjà l’importance des personnages et leur impact. Et à chaque fois, le metteur en scène stylise ses séquences pour dire quelque chose, établir des relations de force ou mettre en place une tension palpable. La séquence au restaurant vaut le coup d’œil non pas pour sa fusillade, mais surtout pour sa montée en puissance et les jeux de regard.

Cette mise en scène va aussi permettre à Johnnie To de brasser divers genres. Si le film démarre comme un thriller miroir à son The Mission (avec les mêmes acteurs qui campent des personnages similaires aux relations étroitement liées), on va vite partir vers des éléments de comédie lorsque le groupe se reforme. Par la suite, on aura droit à des éléments plus nerveux, lorgnant du côté d’une action décomplexée, puis le final ira chercher du côté du western, avec cette fuite dans la pampa hongkongaise, où les teintes sépias jouxtent celles plus oranges et jaunes. La toute dernière scène est très marquante, faisant écho aux films de Peckinpah dans son délire violent et nihiliste. Bref, Exilé mélange parfaitement ces genres et change souvent de tonalité pour un résultat très intéressant, et surtout très réussi.

Action débridée

Bien évidemment, ce qui fait le charme de ce film, c’est aussi et surtout ces phases d’actions qui sont complètement folles. Sans pour autant surprendre dans sa démarche technique, Johnnie To prône l’improbable et le spectacle pour filmer ses fusillades et ses affrontements. Le premier échange de coups de feu montre la tonalité, avec des effets surréalistes, à l’image de cette porte qui tourne en rond au milieu des balles, ou encore ce tireur d’élite qui arrive à viser une canette sans la louper pour mettre un petit coup derrière la tête d’un flic. Le réalisateur fait fi de la réalité, utilise tout ce qu’il a sous la main pour rendre tout cela dynamique et puissant. Il en résulte des moments de grâce étonnants (la fusillade dans l’immeuble, le final) et des passages cultes, comme la mort de Wo.

Au final, Exilé est un excellent film de Johnnie To, qui n’est pourtant pas le plus connu de sa filmographie. Mélangeant les genres avec habileté, le metteur en scène surpasse son récit nébuleux avec des images denses et un œil qui raconte à la place des personnages. Ne tombant jamais dans l’excès tape à l’œil inutile, affichant pourtant des passages surréalistes, Johnnie To s’amuse comme un petit fou et transmet une énergie folle à un western moderne et urbain déjanté, touchant et beau dans sa forme. Une réussite.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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