janvier 28, 2022

Orelsan – Civilisation – Femme, Société et Alcool

Avis :

De nombreux rappeurs sont aujourd’hui attendu au tournant. Des types comme Booba ou encore le groupe Iam ont su construire de solides bases de fans et chaque album est perçu comme un évènement. Orelsan fait clairement partie de ceux-là. Se faisant connaître en 2009 avec son premier album et une polémique à la con, il va marquer un grand coup en 2011 avec Le Chant des Sirènes. Certifié double disque de platine, récompensé par deux victoires de la musique, Orelsan fait son entrée dans la cour des grands. Il faudra néanmoins attendre 2017 pour voir un nouvel album solo de l’artiste avec La Fête est Finie. Et c’est clairement son meilleur disque à ce jour. C’est à partir de là que l’on va se rendre compte que le rappeur est en train d’écrire l’évolution de sa vie.

Construction

Car si son premier album était bercé d’insouciance, le deuxième commençait déjà à parler d’un changement de cap et de la notoriété. C’est avec La Fête est Finie qu’il va grandir, prendre conscience de certaines choses et même donner quelques billes à un jeune lui. Avec Civilisation, Orelsan fête ses 39 ans et à quelque part, il atteint l’âge de la raison, où il va se rendre compte de son évolution, de son passé, mais aussi de la société qui l’entoure. Peut-être moins percutant que ses albums précédents, il n’en demeure pas moins que ce quatrième effort, écrit pendant le confinement et avec les manifestations des gilets jaunes, contient son lot de moments forts et d’introspection autour de l’amour. D’ailleurs, on va surtout sortir trois thèmes principaux de cet album, l’amour, la société, mais aussi l’alcool, qui semble devenir très envahissant pour l’artiste.

Civilisation tisse alors quinze titres qui vont brasser, et même mélanger, ses thématiques afin de mettre en avant des moments forts de la vie d’Orelsan, mais aussi un regard à la fois cynique et opportuniste sur une société qui part en eau de boudin.

L’Amour

Et autant commencer par le sujet qui fâche un peu, le thème le moins intéressant de l’album (et peut-être le plus cher au rappeur), l’amour. Avec cet opus, l’artiste a voulu rendre hommage à sa femme à travers plusieurs titres, mais aussi lui faire prendre conscience de son alcoolisme. Un sujet jusqu’alors tabou pour le chanteur, qui ne va pas y aller de main morte. Bébéboa est très intéressant car il traite des problèmes de boisson de sa femme, mais la production autour est très joyeuse, avec des sifflements et une ligne de guitare funky. Cela donne une certaine distance avec les problèmes cités, mais met le doigt sur un problème épineux et dangereux. Mais en dehors de ce titre, Orelsan apaise les choses avec des paroles très naïves, mais qui fonctionnent lorsque la production suit.

Ensemble peut paraître désuet, et pourtant, entre l’écriture ciselée et la musique très électro lounge, on a un beau message d’amour. Le refrain est addictif et fait écho à un son typique des années 80. Athéna serait peut-être la déclaration d’amour la plus forte au niveau des paroles. Un parallèle y est fait entre sa femme et la déesse Athéna des Chevaliers du Zodiaque, et ici, les problèmes d’alcool ne sont plus présents, Orelsan y parlant même d’avoir un enfant. Le problème, c’est que le titre n’est pas très intéressant dans son instru et ennuie plus qu’autre chose. Sa faible durée sauve littéralement le titre.

L’Alcool

Pour en revenir à l’alcool, ce thème parcourt l’ensemble de l’album. On le retrouve dès le troisième titre avec Du Propre, un morceau un peu hommage à sa ville de Caen et à sa jeunesse. Ici, il parle des derniers shots sur le port, avant d’aller manger un kebab. Puis, petit à petit, le thème prend de l’ampleur et s’insinue un peu partout. Manifeste, qui est une vraie leçon de storytelling, aborde les manifs à Paris avec des gens alcoolisés à la bière. L’Odeur de l’Essence inclura un couplet entier à l’alcool, qui est toujours à la racine du mal. Baise le Monde montrera comment on peut boire en soirée pour ne pas s’ennuyer, quitte à polluer la planète par la suite. Quant à Dernier Verre, en duo avec The Neptunes, Orelsan raconte comment l’alcool peut rendre infidèle.

Cette thématique est très forte, très présente, et permet même au rappeur de sortir un peu de sa zone de confort avec des titres plus « chantés ». Ce qui est étonnant aussi, c’est que quasiment chaque titre parlant de l’alcool a un côté festif, joyeux. Presque comme si l’alcool faisait son effet et qu’il y avait un côté grisant à cela. C’est assez malin de la part du rappeur et crée ainsi une sorte de dichotomie plaisante.

Société

Orelsan prend de l’âge, il prend de la bouteille comme on pourrait dire (jeu de mots), et avec cet album, il va tenter d’embrasser les problèmes de société qui l’entoure. En parlant de lui et de son succès (à l’image de Shonen ou encore Seul Avec du Monde Autour), il évoque aussi une société qui part à vau l’eau avec des politiques qui n’en ont plus rien à foutre (il les appelle les fils de pute de l’état dans Manifeste). Si certains peuvent y voir une leçon de morale, Orelsan jette surtout un œil aiguisé sur ce qui l’entoure et le climat délétère qui en ressort. Il renoue avec Suicide Social dans L’Odeur de l’Essence sur les thèmes et le flow, mais il arrive aussi à distiller un peu d’optimisme avec Civilisation, qu’il clôturera de la même façon qu’il a clôturé le premier titre, en disant Ombre et Lumière.

Au final, Notre société a ses défauts, mais aussi ses espérances et c’est ensemble qu’on s’en sortira. Cela peut paraître naïf, comme lorsqu’il évoque son amour pour sa femme, mais c’est fait avec une grande honnêteté. Il est difficile de renier la sincérité des propos de l’artiste, tant il noue avec sa ville natale, dans laquelle il est retourné vivre pour plus d’apaisement, ou encore lorsqu’il se tape un délire avec Gringe, ne laissant pas tomber les Casseurs Flowteurs. Orelsan vieillit, change, mais il n’a pas perdu de sa verve, de sa colère, ou encore de son aspect politiquement incorrect. Il charge sévère les politiques, s’inspire de sa femme pour évoquer les problèmes d’addiction et délivre des titres intelligents et bien menés. Si l’on fait face à l’album le moins percutant du rappeur, nous sommes aussi face à celui qui est le mieux produit et peut-être le plus personnel.

  • Shonen
  • La Quête
  • Du Propre
  • Bébéboa
  • Rêve Mieux
  • Seul avec du Monde Autour
  • Manifeste
  • L’Odeur de l’Essence
  • Jour Meilleur
  • Baise le Monde
  • Casseurs Flowteurs Infinity
  • Dernier Verre
  • Ensemble
  • Athéna
  • Civilisation

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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