décembre 3, 2021

Plein Gaz – Joe Hill et Stephen King

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Résumé :

Sur une route désolée du Nevada, un gang de motards est pris en chasse par un camion fou, apparemment bien décidé à les éliminer un à un. Il n’existe qu’une seule issue pour sauver sa peau : ne jamais ralentir…

Avis :

En 1971, le regretté Richard Matheson signait Duel, nouvelle ô combien efficace et angoissante. La même année, son adaptation télévisée lançait la carrière d’un jeune réalisateur prometteur : Steven Spielberg. En 2009, un hommage à cet auteur incontournable sort sous forme d’une anthologie « He is legend : An anthology celebrating Richard Matheson ». Celle-ci, encore inédite chez nous, regroupe un panel d’illustres écrivains qui nous offrent leur vision de l’œuvre de Matheson. Parmi eux, Stephen King et son fils Joe Hill avec la nouvelle « Throttle » (rebaptisé Plein gaz dans notre contrée hexagonale). En attendant une éventuelle publication de l’ouvrage au complet, JC Lattès a eu la bonne idée de nous proposer cette dernière, mais pour un prix discutable (6 € pour à peine 90 pages écrit en gros caractères).

Plein gaz marque donc la première collaboration entre Stephen King et Joe Hill. Il n’est nul besoin de présenter ces deux auteurs. Tout comme le rythme d’une nouvelle l’exige, entrons dans le vif du sujet. On suit une bande de motards qui sillonnent les routes des États-Unis et, bien malgré eux, se retrouvent pourchassés par un camion fou. Étant donné qu’il s’agit d’un hommage, on ne fustigera pas le manque d’originalité ou l’apparente simplicité du pitch de départ. En effet, les deux écrivains s’approprient le concept de Duel de fort belle manière. Aussi, l’on ne s’entiche pas de détails inutiles, on enfourche la bécane pour ne plus la lâcher jusqu’à la dernière page.

Le rythme est effréné et l’histoire se suit à cent à l’heure (ou plus) sur une bande d’asphalte déserte. L’action joue principalement sur la course-poursuite entre les motards et le camion qui les pourchasse. L’ensemble fait la part belle à une narration nerveuse en parvenant à développer un minimum de variété sur un cadre unique, même s’il a tendance à évoluer vaguement au fil du paysage. Toujours est-il que les descriptions sont courtes et permettent d’instaurer un semblant d’ambiance (l’on songe à Duel, bien sûr, mais également à Hitcher ou Une virée en enfer). La progression dynamique ne faiblit à aucun moment et le style des deux auteurs offre une complémentarité bienvenue.

Il est vrai que l’on peut pester devant des protagonistes peu travaillés ou une trame assez linéaire, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une nouvelle et que les exigences d’un roman ne s’y prêtent pas forcément. De fait, l’on sera plus indulgent face à des personnages assez lisses, mais qui ne sont pas sans rappeler (toute proportion mesurée) ceux de la série Sons of Anarchy. En ce qui concerne le récit, son manque d’originalité est pallié par un savoir-faire évident pour tenir en haleine le lecteur. Autrement dit, on nous offre du réchauffé dans un bel enrobage, mais l’on se laisse prendre au jeu le temps des 90 pages.

Au vu de sa faible épaisseur et de sa construction (absence totale de chapitres), Plein gaz est une nouvelle qui se déguste cul sec. Stephen King et Joe Hill rendent un vibrant hommage à Matheson avec une histoire peut-être prévisible, peut-être simpliste dans sa finalité, mais rythmée et non dénuée d’intérêts. Grâce à une action permanente, un concept qui ne vieillit pas (si tant est qu’on le développe correctement), une atmosphère bien mise en valeur et certaines séquences violentes assez percutantes, Plein gaz se révèle efficace et immersif du début à la fin. Et c’est bien là tout ce qu’on lui demande.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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