décembre 7, 2021

Le Soupir des Vagues

Titre Original : Umi Wo Kakeru

De : Kôji Fukuda

Avec Dean Fujioka, Taiga, Junko Abe, Adipati Dolken

Année : 2018

Pays : Japon

Genre : Fantastique, Romance

Résumé :

En quête de ses racines, Sachiko rend visite à sa famille japonaise installée à Sumatra. Tout le monde ici essaie de se reconstruire après le tsunami qui a ravagé l’île il y a dix ans. A son arrivée, Sachiko apprend qu’un homme mystérieux a été retrouvé sur la plage, vivant. Le village est à la fois inquiet et fasciné par le comportement de cet étranger rejeté par les vagues. Sachiko, elle, semble le comprendre…

Avis :

Réalisateur japonais, Kôji Fukada est l’un de ces nouveaux cinéastes qui est en train de sacrément monter en popularité, attention et intérêt. Si les films du réalisateur avaient eu du mal à trouver le chemin de nos salles de cinéma, cette année 2021 est tout autre, puisque beaucoup des films du metteur en scène sortent chez nous, entre cet été et la fin de l’année. Ainsi, fin Mai dernier, on a eu le plaisir de découvrir « Hospitalité« , le deuxième film de Kôji Fukada, qui est une petite bombe, se posant comme un « Parasite » avant l’heure.

Aujourd’hui, dans un tout autre style, sort en salle « Le soupir des vagues« , le sixième long-métrage de Kôji Fukada, datant initialement de 2018. Oscillant entre le drame, le film fantastique et un soupçon de poésie, « Le soupir des vagues » est d’emblée intriguant, et il fait de très jolies promesses. Malheureusement pour nous, « Le soupir des vagues » se trouve être un film qui laisse la sensation de ne pas être abouti. « Le soupir des vagues » est un film qui ne mène nulle part. Proposant une intrigue prenante au départ, posant une ambiance aussi intrigante qu’apaisante, ce Kôji Fukada présente énormément d’éléments. Éléments qui vont amener beaucoup de questions et au-delà de ça, ne cesser pendant une grande partie du film de piquer notre curiosité et finalement, une fois tout posé, le metteur en scène nous laisse, ou plutôt il nous abandonne comme ça, et l’on ressort de la salle terriblement partagé, avec même un sentiment de déception, une première en ce qui concerne le cinéma de Kôji Fukada.

En quête de ses racines, Sachiko, une japonaise, se rend dans de la famille en Indonésie. Ici, tout le monde vit encore avec les blessures et le traumatisme amené il y a dix ans de cela avec le tsunami. Un matin comme un autre, un homme est retrouvé nu sur une plage. Cet homme, qui ne parle pas, viendrait de la mer et serait possiblement japonais. Par sa simple présence, cet homme, rebaptisé Laut en attendant qu’il retrouve la mémoire, intrigue et fascine tout le village, et bientôt, certains d’entre eux vont découvrir que Laut a d’étranges pouvoirs.

« Le soupir des vagues » est un film qui se pose comme un ovni dans la filmographie de Kôji Fukada, car avec celui-ci, le cinéaste s’approche du cinéma fantastique, et on ne peut nier que le film a de jolies qualités. Sur son ensemble, on ne peut pas dire que le fantastique soit le fort de son réalisateur, tant finalement, ce fantastique, intriguant et prenant au départ, va être toutes les faiblesses de ce film.

Pour ce film, le metteur en scène a voulu offrir un film très riche et pour cela, il a écrit une intrigue qui a en elle beaucoup de sujets. « Le soupir des vagues« , derrière son côté mystérieux avec l’arrivée de cet être, est un film qui veut parler du drame vécu par la population en 2004. Le film aborde les blessures qui, dix ans après, sont pour beaucoup toujours ouvertes. De ce côté-là, « Le soupir des vagues » est très intéressant, on peut même dire qu’il est beau. Fait de petits riens, de petits détails, de petites répliques, le réalisateur arrive à très bien parler de ce drame et ce qu’il a laissé à sa population. On a même quelques scènes qui sont assez impressionnantes, comme celles d’un paquebot laissé en plein milieu d’une ville. Bref, de ce côté-là, le film est très bien.

Derrière ça, « Le soupir des vagues » ne s’arrête pas là, et veut aussi parler à travers le personnage de Sachiko des origines, des racines, de l’appartenance, des immigrés. Ce côté-là est moins prenant, même si le film soulève des réflexions intéressantes, comme l’idée pour des enfants issus de « métissage » de choisir à l’adolescence, s’ils veulent être indonésien ou japonais.

Ces deux sujets donnent beaucoup de relief et d’intérêt à ce « … soupir des vagues« , et à ça, on ajoute donc tout le mystère autour de cet homme venu de la mer. Un homme qui a d’étranges pouvoirs. Un homme énigmatique. Un homme qui ne cesse de piquer la curiosité, surtout qu’au départ, Kôji Fukada installe très bien tout un mystère autour de lui et il nous fait découvrir son personnage au fur et à mesure. Mais voilà, si en début de mystère, « Le soupir des vagues » fonctionne bien, très vite, le scénario atteint une certaine limite et finalement, il ne va rien faire du tout avec ce personnage, qui va venir et disparaître comme ça, sans plus d’explication. Sur certaines histoires, ce côté mystérieux, de par une simple présence, n’est pas dérangeant et l’on se satisfait parfaitement d’une venue sans explication, mais ici, le scénario fait faire des actes à ce personnage qu’on ne comprend pas et l’on reste alors dans l’attente, notamment sur les derniers instants du film, qu’il s’explique, qu’il offre quelque chose de plus, mais rien n’y fera et Kôji Fukada, après avoir installé beaucoup de choses, au moment où il pourrait nous prendre, nous entrainer, nous passionner, décide de couper son film et nous laisse comme ça. On ajoutera à cela une romance entre deux personnes qui donne là aussi l’impression d’aller nulle part tant c’est hésitant. Du coup, plus le film avance et plus l’on finit par soupirer et finalement on reste dans le vague et c’est tellement dommage.

Pour se raccrocher, il va y avoir beaucoup d’autres éléments qui vont entrer en ligne de compte. Outre les sujets explorés plus haut, si le film tient des personnages qui manquent de fond parfois, on se plaît toutefois à les suivre, notamment grâce à ces comédiens qu’on découvre et qui sont tous très bons. Deux d’entre eux ont de bonnes réflexions sur les relations entre l’Indonésie et le Japon, et au-delà de ça, ils sont touchants.

On se raccrochera aussi du côté de la mise en scène qui, même si elle offre un rythme qui n’est pas soutenu, et s’aventure dans des scènes qu’on ne comprend pas et qui ne vont nulle part, demeure que « Le soupir des vagues » tient une belle atmosphère qui navigue entre ce côté fantastique, qui esthétiquement est réussi et un côté poétique, qui là encore renforce ce côté fantastique et entre maladresse, déception et qualité, arrive néanmoins à nous « tenir ».

« Le soupir des vagues » est donc un film dont on ressort partagé. Tenant de très belles qualités, posant une bonne ambiance, s’aventurant sur des sujets qui sont intéressants, Kôji Fukada n’arrive cependant pas à nous intéresser sur l’ensemble de son film. Si tout ce qui est sociétal est réussi, on finit par se demander pourquoi le réalisateur a voulu installer du fantastique dans cette histoire, car sur ce point-là (et c’est l’un des plus importants) « Le soupir des vagues » ne va nulle part. Ainsi donc, entre ses qualités et ses maladresses, même si « Le soupir des vagues » se laisse regarder, ce cru 2018 de Kôji Fukada se pose comme une déception, ce qui est, je le redis, une première venant du cinéma de son réalisateur.

Note : 12/20

Par Cinéted

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