novembre 29, 2021

Paraphilia – Saffina Desforges

Auteure : Saffina Desforges

Editeur : Micro Application Editions

Genre : Thriller

Résumé :

Le corps de Rebecca, dix ans, est retrouvé dans une rivière. L’inspecteur David Pitman, chargé de l’enquête, attribue rapidement d’autres victimes à son meurtrier, qui agit toujours selon le même mode opératoire : des fillettes enlevées près de chez elles sont retrouvées mortes dans les jours qui suivent, près ou dans un cours d’eau, agressées sexuellement puis étranglées. Aucun indice exploitable n’est retrouvé, seule une carte de visite est laissée dans le corps de la victime, et porte le nom du meurtrier : Oncle Tom.

Alors que la chasse à l’homme commence, la mère de Rebecca décide elle aussi de mener l’enquête afin de comprendre ce qu’est la paraphilia, troubles psychosexuels dont fait partie la pédophilie. Elle va bientôt se retrouver au cœur d’une machination qui dépasse l’entendement.

Avis :

À la lisière du policier et de l’horreur, le thriller est un genre hybride qui aime à s’immiscer dans les bas-fonds de l’âme humaine. À l’instar du polar noir, il est également vecteur des dérives de notre société. Qu’il soit littéraire ou cinématographique, l’exercice prend un plaisir malsain à dépeindre les pires penchants que l’on puisse concevoir en matière de tortures physiques ou psychologiques. En cela, la plume d’un auteur est autant (si ce n’est plus) explicite que les images d’un long-métrage ; moult détails à l’appui. Et c’est précisément dans ce registre qu’officie Paraphilia, dont le titre prédétermine le côté scabreux et sordide de l’intrigue.

Le présent ouvrage se concentre en effet sur une sombre affaire de pédophilie. Dès lors, on peut envisager deux angles d’attaque. Le premier est de se focaliser sur les investigations et d’évoquer à minima les exactions du tueur. Le second est de laisser libre cours à la violence et la barbarie qui découle de ces actes. On a tout d’abord l’impression que l’intrigue se base sur cette dernière approche. La scène du crime laisse peu de marge à l’interprétation, tandis que les propos demeurent assez crus pour présenter les faits. On se retrouve alors à la frontière de la gratuité. Au fil des pages, la progression fait transparaître une aura malsaine et méphitique.

Certes, dans un tel registre, on pourrait considérer le résultat comme une réussite. Cependant, cet aspect dérangeant ne tient pas uniquement à l’évocation des évènements. Au-delà des agressions sexuelles et des sévices infligés, on distingue des allusions tendancieuses de la part des auteurs. Le fait d’aborder le point de vue de l’antagoniste n’est pas nouveau, mais ici, il prend une dimension autre. Le principe est aussi simple qu’inapproprié puisqu’il est question de rendre « attachants » les criminels. En l’occurrence, les pédophiles. Pour ce faire, Saffina Desforges entreprend un travail de sape en bonne et due forme.

Les pédophiles sont la cible de bavures policières et présentées comme les laissés-pour-compte de la société. De même, les forces de l’ordre sont assimilées à des tortionnaires qui n’ont d’autres moyens de pression que la violence face aux suspects. Et ces considérations ne se font même pas en filigrane du récit, mais exposées de manière explicite. On songe à ses pseudo-arguments qu’un pédophile avance à la mère d’une des victimes qui, soit dit en passant, multiplie les incohérences. En l’espace d’une poignée de jours, elle passe d’un sentiment de vengeance légitime à une volonté de justice doublée d’une empathie inappropriée.

« Le tortionnaire de ma fille a-t-il déjà aimé ? » « Que fait-il de ses journées ? (hormis violer et tuer, s’entend) » De qui se moque-t-on avec de pareils états d’âme ? Là où elle exprime une compassion déplacée, elle se montre intraitable face à un suspect dont la culpabilité n’est pas encore prouvée. On assiste donc à une inversion des valeurs, elle-même soutenue par de pseudo-arguments psychologiques qui visent à justifier le viol et la torture. Si le terme de paraphilie fait écho à la discipline médicale, elle est la résultante d’une déviance sexuelle, non d’une maladie à proprement parler. Amalgame dont les auteurs n’ont apparemment pas compris la distinction ni les subtilités pour différencier dysfonctionnements, troubles comportementaux et pathologies (mentales ou physiques).

En plus de ces considérations, le lecteur se heurte à des écueils formels quant à la construction narrative. On se confronte à un trop grand nombre de protagonistes dès les premières pages. Il est d’autant plus difficile de les développer correctement. À la complaisance observée envers les antagonistes, les personnages principaux manquent de relief et affichent un caractère trop effacé. En ce qui concerne les descriptions physiques ou des lieux, rarement un livre a pu faire l’économie de mots pour dépeindre une situation ou un cadre. C’est bien simple, il n’y a aucun sentiment d’immersion. L’atmosphère inhérente à une telle histoire pointe aux abonnés absents.

Au final, Paraphilia est un thriller méphitique dans ses propos et inabouti dans sa structure narrative. L’écriture maladroite et circonspecte préfère se pencher sur des diatribes équivoques plutôt que de s’atteler à des investigations à minima cohérentes. Saffina Desforges inverse le rôle des intervenants avec des justifications subjectives qui, sans sombrer dans la pro-pédophilie, démontre uniquement la volonté de jouer la carte du sordide et de la gratuité pour choquer. En l’occurrence, la tonalité malsaine tient surtout à cette intention de rendre de tels crimes « acceptables » aux yeux de la société ; le tout soutenu par une psychologie de comptoir. De piètres déductions en propos gênants, il en ressort une approche sensationnaliste et complaisante dénuée de toute subtilité et d’un semblant d’atmosphère.

Note : 03/20

Par Dante

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