mai 11, 2021

Lawrence d’Arabie

Titre Original : Lawrence of Arabia

De : David Lean

Avec Peter O’Toole, Alec Guinness, Omar Sharif, Anthony Quinn

Année : 1963

Pays : Angleterre, Etats-Unis

Genre : Aventure, Biopic

Résumé :

En 1916, le jeune officier britannique T. E. Lawrence est chargé d’enquêter sur les révoltes arabes contre l’occupant turc. Celui qu’on appellera plus tard « Lawrence d’Arabie » se range alors du côté des insurgés et, dans les dunes éternelles du désert, organise une guérilla. Personnage brillant mais controversé, il va mener des batailles aux côtés de ses alliés et changer la face d’un empire.

Avis :

On y revient souvent, mais qu’est-ce qui définit un chef-d’œuvre du cinéma ? On se peut se poser la question, tant aujourd’hui le terme semble galvaudé. Mettez en avant un film qui marche, qui plait à une génération, et le mot chef-d’œuvre est alors sur toutes les bouches et sur tous les réseaux sociaux. Pour autant, peut-on qualifier une œuvre de chef-d’œuvre sur l’instant où elle sort ? Un chef-d’œuvre ne doit-il pas tenir dans le temps ? Résister aux âges, aux mœurs et toujours raconter quelque chose d’actualité ? Dans plusieurs années, parlerons-nous encore des films de super-héros de chez Marvel ou DC ? Autant de questions dont il semble trop tôt pour répondre envers certains métrages (coucou Justice League version Snyder), mais que l’on peut transposer à d’autres, comme Lawrence d’Arabie de David Lean. Et ce n’est pas évident de revenir sur une telle œuvre, gigantesque, marquante.

Le désert comme horizon

La première chose qui frappe quand on se lance dans ce film, c’est sa mise en scène. Nous sommes dans les années 60, le numérique n’est pas présent sur les plateaux de cinéma, et tout ce que l’on voit est soit réel, soit provient de map painting pour créer une illusion de profondeur. Dès lors, on va rapidement se rendre compte que David Lean est un adepte de décors naturels et place ses personnages dans des immensités incroyables. Le désert n’a jamais été aussi beau. Aussi, pour créer une atmosphère grandiloquente et rendre cela encore plus grandiose, le cinéaste accumule les plans larges pour écraser ses personnages. Ainsi, Lawrence d’Arabie profite de ces décors pour démontrer la petitesse de l’être humain face à l’immensité aride du désert. Nous sommes peu de chose, et chaque élément du décor est là pour nous le rappeler.

En faisant beaucoup de plans larges, on prend conscience de la folie de cet homme, ce Lawrence, qui va lutter contre la nature et contre l’humain pour rassembler un peuple disloqué face à un ennemi commun. Un ennemi qui humainement est le peuple turc, envahisseur, mais aussi et surtout le désert, le soleil, le manque d’eau. De ce fait, Lawrence d’Arabie est un film qui montre un double combat. Celui contre la nature, immensité sèche et sans pitié. Mais aussi celui contre un peuple guerrier, qui veut gagner des terres, profitant du chaos de la Première Guerre Mondiale. La mise en scène est réfléchie, intelligente, pour que chaque plan puisse raconter quelque chose, ou évoquer un sentiment. Par exemple, David Lean ne fait se déplacer les personnages que de la gauche vers la droite. Tout simplement pour ancrer un sentiment d’éternel voyage vers un horizon incertain et inconnu.

Lawrence, super-héros

Si la mise en scène est un petit bijou, il ne faut pas oublier l’histoire, le scénario, la vie tumultueuse de T.E. Lawrence qui a rallié les peuples arabes contre les turcs. Et le film présente clairement ce personnage comme un super-héros. Comment ne pas faire un parallèle avec Superman ? Un homme, qui porte une cape, va regrouper les peuples contre un ennemi commun, et va devoir faire des sacrifices personnels pour arriver à un compromis et réussir à sauver, non pas l’humanité, mais tout une population. David Lean iconise à plus d’un moment son personnage central, lui octroyant une aura formidable. Lawrence est un personnage atypique, qui fait fi de la hiérarchie pour se construire tout seul et comprendre l’humain. Tantôt arabe, tantôt anglais, Lawrence tente d’aider tout le monde, au risque de se perdre.

Ainsi donc, au fil des 3h47 que dure le film, on va avoir droit à un personnage qui évolue sans cesse et qui pose un regard critique ce qui l’entoure. D’abord insouciant, tumultueux, un peu prétentieux, il va se battre aux côtés des arabes pour monter une fronde contre l’envahisseur. Puis, petit à petit, on va voir que sa mentalité se fissure. Il va devoir tuer, y prendre du plaisir, mais aussi et surtout combattre le désert, le soleil, des êtres belliqueux et l’institution qui lui ment, le met en porte-à-faux. Peu à peu, alors que le temps passe, alors qu’il se sent plus arabe qu’anglais, ses supérieurs lui rappellent constamment qu’il est anglais et que quoi qu’il fasse, c’est pour la couronne. Lawrence d’Arabie livre alors le portrait d’un homme qui peut être vu comme le messie, celui qui guide les peuples vers leur libération, mais qui sombre aussi.

Des thèmes arides

Le film est long, certes. Néanmoins, c’est le temps nécessaire pour aborder des thèmes différents, mais importants et toujours d’actualité pour certains. On suit le destin d’un homme hors-normes, qui va réaliser des choses dantesques, et qui pourtant va mourir bêtement d’un accident de moto. Une symbolique forte pour un homme qui aurait pu mourir de bien des manières, durant la guerre, dans le désert, mais qui pourtant décède d’un aléa de la vie. Lawrence d’Arabie parle du destin des hommes, de cette vie que l’on doit prendre par le cou pour faire des actes qui resteront dans le temps. C’est un film que la vie, sur ses difficultés, ses hasards, ses coups de théâtre. C’est aussi un film sur les magouilles politiques. Sur ces puissants qui jouent avec les vies comme si c’était des pions. Le film est riche, très évocateur et donc très puissant.

Lawrence d’Arabie joue aussi avec les politiques, et leur vision de la guerre, depuis leur bureau, leur luxe, leur grands bâtiments frais. Plusieurs fois, on aura droit à des passages au Caire, où les généraux ne sortent plus de leurs bureaux et dirigent pourtant un conflit dont ils ne comprennent pas grand-chose. Le personnage de Dryden, qui représente les hommes politiques anglais, ne bouge pas de sa chaise et émet des avis sans trop savoir ce qu’il en est sur le terrain. Le film est très cynique sur cela et montre des aristocrates menteurs, des dirigeants manipulateurs où chacun y voit son bout de gras, sans jamais se poser de questions sur les vies humaines. On aura aussi droit à de la manipulation de l’image, avec ce reporter américain qui va faire une hagiographie de Lawrence, car les américains ont besoin d’un héros. Bref, tellement de thèmes sont abordés…

Les yeux bleus

Enfin, comment ne pas aborder les acteurs qui sont tous époustouflants. Bien évidemment, on pourrait pester sur l’absence de personnages féminins, mais la guerre, à l’époque, était une affaire d’hommes. Peter O’Toole est tout bonnement incroyable. Il est incandescent au départ, pour s’éteindre petit à petit, son visage se fermant au fur et à mesure des coups durs. A ses côtés, Omar Sharif est très convaincant et arrive à transformer son image de tueur sanguinaire, à side-kick indissociable de cette révolution arabe. Alec Guinness est formidable, tout comme Anthony Quinn. En fait, tout le casting compose un ensemble solide, cohérent et qui joue avec ses tripes.

Au final, Lawrence d’Arabie est ce qui se rapproche le plus du mot chef-d’œuvre. Alors qu’il vogue tranquillement vers ses soixante ans d’existence, le film de David Lean n’a pas pris une ride, aussi bien dans la mise en scène que dans les thèmes évoqués. Le film est toujours aussi fort, aussi passionnant, aussi intelligent dans son exigence et aussi dantesque dans ses scènes d’action. Finalement, c’est avec le temps qui passe et l’absence de vieillesse que l’on peut dire si un film est un chef-d’œuvre ou non, et là, nous sommes clairement face à un pur chef-d’œuvre.

Note : 20/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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