octobre 6, 2022

Le Corps et le Fouet

Titre Original : La Frusta et il Corpo

De : Mario Bava

Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Isli Oberon

Année : 1963

Pays : Italie, France

Genre : Horreur

Résumé :

Le baron Kurt Menliff revient dans sa demeure de la Baltique après un long exil. Une atmosphère d’épouvante envahit bientôt le sombre château familial.

Avis :

Avec les années 1950 et 1960, la période faste du cinéma gothique s’est largement distinguée par des productions britanniques, en particulier celles de la Hammer. Outre-Atlantique, le genre s’est particulièrement démarqué avec des titres emblématiques tels que La Chambre des tortures. Pour revenir au continent européen, l’Italie s’illustre assez tardivement dans le domaine, notamment avec les films de Mario Bava, dont le désormais classique Le Masque du démon, ainsi que Les Trois visages de la peur. Avec Le Corps et le fouet, le cinéaste confirme sa propension pour une approche avant-gardiste qui n’hésite pas à entremêler les influences avec une touche de sensualité qui caractérise particulièrement le présent métrage.

Avant de s’avancer comme une œuvre d’épouvante à part entière, Le Corps et le fouet narre les relations tumultueuses d’une famille de nantis. L’ambiguïté des liens qui les (dés)unis tient également à un passif obscur, entre tragédie, possessivité et passion. À l’écran, le couple que forment Christopher Lee et Daliah Lavi demeure la parfaite représentation de cet état de fait. Là encore, on distingue des contradictions évidentes entre un amour inconditionnel et une haine féroce, entre la pudeur des sentiments et la violence de leurs confrontations dès que ceux-ci se rapportent à la chair. Eu égard à la symbolique prédéterminée de son titre, le script ose afficher une pointe de sadomasochisme qui rompt autant la peau que la monotonie bourgeoise.

Bien que les positions soient lascives et la réalisation hautement suggestive, Mario Bava ne franchit pas la frontière qui le sépare d’un érotisme d’exploitation au caractère suffisant. Cela ne l’empêchera pas de subir les ires de la production et des critiques, mais il entreprend un travail très sophistiqué pour avancer ces scènes, comme pour magnifier d’autres séquences. On songe à cette photographie somptueuse qui repousse les ténèbres des recoins les plus sombres du manoir par le biais de contrastes clair-obscur du plus bel effet. L’alternance des tons chauds et froids demeure l’œuvre d’un esthète soucieux du moindre détail pour développer une atmosphère tour à tour sépulcrale, puis ensorcelante.

Il y a une implication tout insidieuse à la découverte du film. Cette impression s’accentue avec une temporalité indistincte. Si l’on peut deviner les contours du XIXe siècle, les us et coutumes renvoient à des considérations moyenâgeuses. Ce n’est donc pas tant la rigueur de la reconstitution historique qui prévaut, mais l’instauration d’un cadre qui permet d’appréhender un récit de hantise « à l’ancienne ». L’expression fait alors écho à cette ambivalence constatée jusqu’alors pour flouer les frontières entre réalité et paranormal. En l’occurrence, le traitement se veut beaucoup plus psychologique qu’escompté. Un peu comme pour La Nuit de tous les mystères, La Maison du diable ou Les Innocents.

Quant aux incursions spectrales, elles sont très nuancées et soumises à interprétation. S’agit-il de véritables apparitions, d’un délire de culpabilité ou encore d’un subterfuge destiné à faire sombrer les survivants dans la folie ? La présentation des évènements et leur progression entretiennent sciemment ce doute constant. Entre rationalité et surnaturel, les points de vue respectifs possèdent des arguments viables pour aborder l’histoire sous un angle spécifique. L’exploration du manoir contribue aussi à cet état de fait avec une gestion spatiale maîtrisée, mais qui aime triturer les repères architecturaux, ne serait-ce qu’à travers des passages dissimulés ou les corridors de la crypte.

Au final, Le Corps et le fouet demeure une pierre angulaire du cinéma gothique des années 1960. Le film de Mario Bava démontre que le genre ne se cantonne pas uniquement au Royaume-Uni. La photographie est somptueuse, le casting de premier ordre, tandis que l’atmosphère réussit à alterner en toute subtilité le caractère immatériel de la hantise avec la connotation charnelle due à la souffrance physique. Parfois avant-gardiste dans ce qu’il évoque (la douleur comme plaisir, lui-même synonyme d’extase), ce métrage s’insinue également dans des strates psychologiques inattendues pour mieux susciter la perplexité chez son public. D’une beauté macabre des plus délectable.

Note : 16/20

Par Dante

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