décembre 6, 2021

Feed – Mira Grant

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Résumé :

2014. L’humanité a vaincu le cancer, mais elle a créé un fléau que nul ne peut arrêter : un virus qui prend le contrôle des cerveaux. Les individus contaminés n’ont plus qu’une obsession : manger. Vingt ans après, Georgia et Shaun Mason relatent sur leur blog les rebondissements de la campagne présidentielle. C’est alors qu’ils découvrent un scoop sans précédent : les infectés sont au coeur d’une sinistre conspiration. Les enquêteurs sont prêts à tout pour faire éclater une vérité qui pourrait bien leur coûter la vie.

Avis :

Tout comme les vampires, les zombies nourrissent la culture depuis la révélation de La nuit des morts-vivants. D’abord cantonné aux films à budget modeste, puis à des séries Z imbuvables, le genre connaît un regain d’intérêt dans les années 2000 avec toujours dans l’esprit des auteurs, la peur d’absence d’avenir, les problèmes socio-économiques, le capitalisme, la société de consommation. Car avant tout, cette créature décérébrée est le véhicule des craintes de notre époque, se faisant le porte-parole d’artistes visionnaires et/ou alarmistes sur le devenir de notre espèce et de notre civilisation. La littérature n’est pas en reste avec des romans plaisant à lire, mais pas très surprenant dans le fond (la saga Chroniques de l’Armageddon).

Il est vrai que l’exploitation outrancière de ce sujet nous a infligé quelques navets et ratages peu communs. Pourtant, le constat est moins sentencieux lorsque l’on parle de livres. En général, les auteurs sont des passionnés qui souhaitent marquer à leur manière la longue histoire des morts-vivants. Mira Grant (pseudonyme de Seanan McGuire), romancière spécialisée dans la fantasy et l’horreur, est une fan invétérée du cinéma de genre, plus particulièrement de nos amis décomposés. A la vue des avis généraux, du pitch de départ et de ce qui est avancé par l’éditeur (même si l’on reste conscient qu’il doit vendre avant tout), on peut se dire que l’on tient un bon bouquin entre les mains.

Seulement, les belles paroles sont à double tranchant. Petit à petit, l’idée que l’on se fait de l’histoire se tisse dans notre esprit avant de se confronter à la dure réalité. Pourtant, le premier chapitre laisse entrevoir un rythme nerveux tout en promettant de ne pas nous ressasser un énième récit sur les zombies. Il est vrai que l’on remarquera des efforts pour s’affranchir des codes du genre tout en les respectant. À ce titre, l’on notera que l’épidémie a eu lieu plus de vingt-cinq ans avant Feed et que les hommes ont appris à vivre parmi les morts en s’enclavant dans des zones protégées. Petit à petit, la survie s’efface sur un quotidien peu banal où la crainte d’une contagion côtoie les contrôles à répétition et le scoop du siècle.

L’atout le plus intéressant de Feed réside dans la place allouée au journalisme de terrain, plus particulièrement l’importance des blogueurs pour relayer l’information. Ces derniers sont organisés sous forme de caste avec une hiérarchie précise et des fonctions propres à chacun d’entre eux (ex : les Irwin sont des têtes brûlées prêtes à prendre n’importe quels risques pour rapporter de bonnes images). De là, l’auteur étaye la symbolique de son histoire en développant un contexte original et poussé. Malheureusement, elle perd de vue sa propre intrigue au bénéfice d’une progression trop lente, presque amorphe.

Les chapitres sont très longs (30 pour 450 pages) et s’étalent inutilement dans le temps. L’ennui gagne rapidement le lecteur et, si l’on atteint sans difficulté les 100 premières pages, on déchante en se rendant compte que rien ne décollera jamais. Pour reprendre les paroles de la narratrice : « Les zombies font partie du décor… » alors on les oublie un peu, parfois beaucoup. À aucun moment, l’on ne ressent une menace peser sur les protagonistes. Oui, on adore le danger, l’adrénaline et se tenir prêt si un cadavre ambulant passe la porte (ce qui sous-tend qu’il doit affronter une armada de contrôle et de sécurité pour arriver à bon port), mais l’on comprend qu’il n’en sera rien.

L’intrigue se penche sur cette campagne présidentielle interminable qui recèlera quelques mauvaises surprises pour nos amis. Certes, quelques fulgurances ponctueront leur parcours, mais l’on rechigne à poursuivre tellement les digressions sur les états d’âme de Georgia ou des explications trop didactiques gangrènent les pages. On saluera l’enquête de fond ou quelques trouvailles intéressantes pour survivre en cas de coup de dur (mais trop rares également), mais cela empêche le lecteur de se sentir happé dans cet univers post-apocalyptique, à tout le moins soucieux du destin de ses personnages.

Individus qui, au demeurant, ne possèdent rien de foncièrement attachant ou de particulier. De ce côté, on navigue entre les caricatures des séries Z (voire B si l’on est indulgent) et les histoires pour adolescents (dont certaines se montrent nettement plus profondes et développées). La sœur consciencieuse, le frère casse-cou ou la fidèle amie un peu fofolle sur les bords, sans oublier des parents absents et avides de fortune et de gloire (surtout la mère). En somme, l’on se moque clairement de ce qui peut leur arriver. Et puis, l’emploi de la première personne demeure peu convaincant et vite énervant. Là où certains parviennent à nous immerger grâce à ce procédé, Mira Grant suscite davantage l’agacement et le détachement si l’on ne s’identifie pas d’emblée à Georgia (jeune femme idéaliste, intègre, mais un rien niaise).

Ajoutons que l’on s’interroge sur le public ciblé. Axé pour adultes dans un premier temps, l’âge des protagonistes, ainsi que la violence (peu mise en avant et trop brève) mesurée laissent croire à un ouvrage pour adolescents. D’un autre côté, le traitement de fond sur la recherche de la vérité, les complots politiques et religieux s’adressent au premier lectorat visé. On brinquebale d’un côté et de l’autre sans jamais trouver un point d’attache. Un constat qui se répercute sur les intermèdes sous forme de billets des blogs de Georgia et son frère. Il n’y a aucun ordre chronologique et l’on se perd constamment dans les dates en découvrant des événements importants qui sont censés se produire dans le futur (ou pas). Cela coupe une progression déjà laborieuse et oblige le lecteur à recentrer chaque billet par rapport aux précédents (ou aux suivants) et également au fil rouge.

Au final, Feed est une grosse déception. Malgré un postulat de départ à la bonne volonté évidente, ce roman de zombies endort plus qu’il ne réveille sur ces thèmes principaux. Mira Grant privilégie le contexte en négligeant la caractérisation de ses personnages et en oublie de faire avancer l’histoire. Le sens de la narration se réduit à peau de chagrin tandis que l’ennui nous éreinte à chaque page (ou presque). L’auteur s’essaye également à quelques traits d’humour qui ne fonctionne pas du tout, tout comme la menace des morts-vivants relégués à un décor de fond. Si vous souhaitez vous pencher sur un ouvrage de zombies qui fait l’état des lieux de la catastrophe avec un contexte géopolitique poussé, préférez-lui World War Z (je ne parle pas du film). De l’action ou de la survie ? Les chroniques de l’Armageddon de J.L. Bourne devraient vous contenter. Ici, nous avons droit à un joli coup de marketing. Une histoire ronflante et surestimée.

Note : 09/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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