janvier 21, 2022

Last Action Hero

De : John McTiernan

Avec Arnold Schwarzenegger, Austin O’Brien, Charles Dance, F. Murray Abraham

Année: 1993

Pays: Etats-Unis

Genre : Action, Comédie

Résumé :

Grâce à un billet magique, Danny Madigan, un enfant de onze ans, peut vivre les aventures de son policier préféré, Slater, croisé des temps modernes. Ensemble ils affrontent force danger et triomphent toujours. Mais les choses se compliquent lorsque des personnes mal intentionnées s’emparent du billet magique et gagnent New York, ou le crime paie encore plus qu’au cinéma.

Avis :

On le sait, dans le monde du cinéma, certains films coûtent la carrière à certaines stars montantes. De mauvais choix, des tournages maudits, un box-office calamiteux, parfois des scénarios douteux, bref, un grain de sable dans l’engrenage du succès peut coûter cher. Et ces petits riens sont parfois injustes. Combien de films aujourd’hui considérés comme cultes ont fait un énorme flop dans le box-office, ce sont faits conspuer par la critique de l’époque, et ont noyé quelques carrières ? Beaucoup. Et l’un des plus emblématiques demeure certainement Last Action Hero de John McTiernan. Coûtant plus de 85 millions de dollars, le film ne récolta que 50 millions sur le sol américain, ce qui est une surprise. En effet, le réalisateur est en pleine ascension, puisqu’il enchaine coup sur coup Predator (1987), Piège de Cristal (1988) A la Poursuite d’Octobre Rouge (1990) et Medecine Man (1992), et il engage Arnold Schwarzenegger, fraîchement sorti de Terminator 2. Alors qu’est-ce qui a pu causer ce désastre financier ? Tout simplement une mauvaise date de sortie, puisque le même jour sort Jurassic Park de Steven Spielberg qui lui va faire un carton. Un manque de succès non mérité pour John McTiernan et qui va entamer la traversée du désert de Schwarzie, qui va alors se plonger dans la politique. Pourtant, Last Action Hero est un chef-d’œuvre.

Dès le départ, on voit les intentions du réalisateur, de mélanger la réalité et la fiction avec des images d’un film dans le film. En effet, le jeune Danny va regarder Jack Slater III, mais on ne le saura qu’après avoir vécu les aventures de ce Jack Slater. Après une transition bien maline, on se retrouve donc dans une réalité peu reluisante. Danny habite un quartier délabré, où les prostituées côtoient les junkies et les meurtriers et où la police n’a pas vraiment sa place. Danny évolue seul, sa mère travaillant de nuit et son seul échappatoire, c’est le cinéma et son ami projectionniste qui lui fait alors don d’un ticket supposé magique, venu de Houdini, le célèbre magicien. On voit bien que dans ce monde, réel, la vie est dure, injuste et que le septième art est une bulle d’air pour le petit Danny qui va pouvoir vivre des aventures palpitantes et trouver une certaine catharsis dans les agissements brutaux de Jack Slater. Lorsque Danny se retrouve propulsé dans le film Jack Slater IV, la vie prend alors une autre dimension. Les coups ne font pas mal, les blessures sont superficielles, les filles sont toutes jolies et Danny va y éprouver une certaine joie malgré la présence de méchants machiavéliques. En faisant ce choix, de brouiller réalité et fiction, John McTiernan nous pousse à entrevoir que rêver est essentiel pour mieux vivre, et que le cinéma, même si c’est une passion dévorante (Danny ne peut se décoller d’un écran, même chez lui), peut permettre de se construire, de devenir une personne à part entière. Last Action Hero, en ce sens, est beaucoup plus profond que la simple comédie d’action des années 90.

Au-delà de son fond qui est un message d’amour pour le cinéma, le film contient énormément de clins d’œil et autres gimmicks à tous ces films d’action qui ont bercé toute une génération. On retrouvera donc des répliques de Terminator, qui sera incarné ici par un certain Sylvester Stallone, lors d’une scène hilarante, on aura droit à des moments issus de Predator, des références à des films tels que Piège de Cristal, Rollerball, E.T. et même Qui Veut la peau de Roger Rabbit ? avec la présence d’un personnage animé. Très clairement, le film n’hésite jamais à citer ses références et à plonger le spectateur dans un divertissement méta complètement assumé, riche et jamais putassier. Car oui, si certaines réflexions sont des répliques d’autres métrages, le film fourmille en arrière-plan de détails délicieux pour les cinéphiles. Mais celui qui tire le plus son aiguille du jeu, c’est bien Arnold Schwarzenegger. Tout d’abord parce qu’il est excellent dans ce rôle de gros bourrin au grand cœur, mais surtout, il dévoile une certaine facilité pour jouer la comédie. Il est drôle et fait preuve d’une autodérision folle. C’est vraiment très étrange que ce film lui ait presque coûté sa carrière tant il y excelle et semble s’amuser comme un petit fou. Notamment dans le passage dans la vraie vie, où il se rend compte que les blessures font mal et que les méchants sont quasiment impunis. Il y a une vraie profondeur dans les mondes explorés et une réelle justesse dans les dires. On retrouvera d’ailleurs des réflexions acerbes sur ce qui fait du tort au monde, comme les politiques, deux fois pire que le reste.

Alors on pourrait croire que le film a pris un peu cher, notamment dans ses effets spéciaux et ce n’est pas faux. Certaines phases piquent un peu les yeux, comme le passage en référence à E.T., mais d’un autre côté, cela donne un vrai cachet au métrage, bien ancré dans sa décennie et faisant partie des meilleurs films d’action de ces années. La réalisation de John McTiernan est tout simplement parfaite pour ce genre de métrage, alliant parfaitement la nervosité qu’il faut dans les séquences d’action et jouant même avec les codes du septième art, renforçant cet aspect méta si cher au film. D’ailleurs, malgré ses 2h10, le film n’ennuie jamais et respecte profondément son spectateur ne le prenant jamais pour un débile. Contrairement aux productions actuelles, qui ne sont là que pour aligner des séquences spectaculaires sans forcément de script sérieux ou d’univers cohérent, Last Action Hero fait largement la nique à tous ses petits frères qui ne lui arrivent pas à la cheville. Non seulement parce que c’est bien filmé, mais aussi parce que l’autodérision du film n’est pas cynique et faite dans un but purement mercantile. Bref, plus de vingt ans plus tard, c’est toujours aussi frais et passionnant. Et les méchants sont d’excellentes factures, notamment Benedict, un tueur fou joué par un Charles Dance en roue libre, ou encore Tom Noonan, effrayant en monstre maniant parfaitement la hache.

Prod DB © Oak Productions – Columbia / DR LAST ACTION HERO (LAST ACTION HERO) de John McTiernan 1993 USA avec Austin O’Brien popcorn, cinema, mise en abyme,

Au final, Last Action Hero est un grand film d’action, c’est une superbe comédie qui sait se faire dramatique sur certains passages, mais c’est surtout un très beau message d’amour au septième art. Méta en diable pour mieux parler de cet univers si riche qu’est le cinéma, John McTiernan n’oublie pas de conter une histoire qui tient la route et surtout apporte un beau message sur la construction de soi à travers ses héros et tout un art. Bref, malgré quelques faiblesses visibles aujourd’hui dans les effets spéciaux, le film n’a pas pris une ride et demeure un grand film injustement boudé lors de sa sortie en salles et qui mérite amplement son statut culte.

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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