décembre 4, 2021

Guerilla – Laurent Obertone

Auteur : Laurent Obertone

Editeur : Ring

Genre : Thriller

Résumé :

Dans une France proche et obscure, une descente de police dans une cité sensible tourne au drame : un policier pris dans un guet-apens perd son sang-froid et tire aveuglément.
La cité s’embrase et tout le pays vacille. De villes en villes, le feu se propage et la République explose.

Forces de l’ordre, voyous, terroristes, responsables, journalistes, citoyens, tous sont submergés par le raz-de-marée du chaos.

Rapidement, réseaux électriques et hydrauliques tombés, faute d’approvisionnements, d’ordre, de moyens de communication, de transports et de secours, la déferlante gagne la campagne, la société vole en éclats et les villes sont la proie de violences, de pillages et de gigantesques incendies. Des terroristes, dépassés par les troubles, déclenchent des actions de grande ampleur depuis les terres, la mer et le ciel.

Avis :

Contrairement aux livres de fait qui propose une rétrospective sur un sujet précis, les romans ont la possibilité de se projeter dans l’avenir. Les romanciers ne se contentent pas d’une réalité alternative ou d’un futur fantasmé. Ils se servent de la fiction pour exprimer une vérité, à tout le moins un état de fait. En plus d’un témoignage sur un contexte contemporain, le roman est également un moyen d’observer les conséquences à plus ou moins long terme sans pour autant sortir de sa zone de confort. L’effondrement d’un système ou son éclatement est un sujet qui se prête particulièrement bien à l’exercice. A fortiori quand on traite d’un récit pré-apocalyptique, comme le saisissant Hobboes.

Avec Guerilla, l’approche est tout aussi similaire qu’elle est dissemblable. La portée est de mettre en avant les errances de notre société et sa propension au communautarisme. La simple volonté de catégoriser tout ce qui nous entoure (objet, classe sociale, hiérarchie professionnelle…) en est la représentation flagrante. En revanche, il n’est pas question ici de dénoncer le consumérisme, les dérives du capitalisme ou encore de s’orienter vers un ton fantastique. La présente histoire est avancée comme « hyper-réaliste » en détaillant avec rigueur les mécanismes d’un équilibre précaire et illusoire sous le prisme du racisme et de la bêtise humaine.

Avec des cités croupissantes dans la pauvreté et la criminalité, le contexte est d’actualité. L’auteur s’appuie sur les perpétuels affrontements entre forces de l’ordre et délinquants pour mieux justifier son propos. En cela, il n’y a rien de surprenant. L’étincelle qui met le feu aux poudres possède une portée pour le moins… explosive. Ce qui est le plus étonnant et, dans un certain sens, le plus banal reste cette constance à « victimiser » les coupables en inversant les rôles et les codes de la morale. Il est difficile de savoir précisément le parti pris de l’auteur, tant on nous sert des vérités quant à des bavures policières, mais aussi sur l’impunité des criminels.

Il en émane une ambiance très lourde, proche d’un ton nihiliste et sans concession. L’une des questions fondamentales demeure la culpabilisation de la France et des Français au regard des minorités sociales laissées pour compte. Ce qui est loin d’être simple et complètement absurde puisque « les jeunes des cités », comme exposés dans l’histoire, sont tout aussi Français qu’un habitant d’une petite bourgade de province. De fait, ce prétexte censé les dédouaner de tout manquement à la loi inverse la notion de racisme même. Le traitement est relativement complexe pour renverser cet ordre des valeurs. Néanmoins, il a le mérite de démontrer que le racisme et le sectarisme ne sont pas à sens unique.

Pour revenir à des considérations plus pragmatiques, le fait de restreindre le cadre temporel à trois jours apporte du dynamisme à l’ensemble. Cela permet de mieux condenser la somme des péripéties qui s’annoncent. L’approche globale de l’effondrement du système impose de multiplier les points de vue. Dans ces premières pages, l’intrigue peut donc paraître éparse avec un flot de personnages qui surviennent à titre ponctuel ou récurrent. Tout dépend de leur ordre d’importance. Mais s’il est une constance dans le récit, c’est bien sa violence gratuite et sa dégradation progressive (néanmoins fulgurante) des émeutes, puis de la guerre civile en devenir.

Au final, Guerilla s’avance comme un récit pré-apocalyptique engagé sur le plan politique. Il n’hésite pas à mettre en exergue les déviances du système, sans pour autant justifier les ripostes (ou ce qui est jugé comme tel) qui en découlent. D’aucuns pourraient le trouver tendancieux dans une schématisation des affrontements entre délinquants et policiers. Il n’en demeure pas moins un discours probant, davantage porté sur les comportements des masses que sur le clivage des communautés. Si cette projection reste purement fictionnelle, elle possède une curieuse résonnance tant cette anticipation se rapproche de notre réalité.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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