novembre 30, 2022

Killer Joe

De : William Friedkin

Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Thomas Haden Church

Année: 2012

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars.
Mais qui va se charger du sale boulot ?
Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris.
Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie.

Avis:

Il y a des réalisateurs qui ont connu des succès monstrueux durant les années 70/80 et qui par la suite, ont déçu à cause de films plus ou moins mineurs, ou alors qui n’allaient pas forcément dans le sens du blockbuster. William Friedkin est mondialement connu grâce à son chef d’œuvre L’Exorciste qui aura perturbé toute une génération durant les années 70. Mais il n’est pas l’homme d’un seul film et sa filmographie parle pour lui. Cependant, le cinéaste demeure moins « bankable » que certains de ses confrères, la faute à un cinéma radical, sans chichi, et qui ne s’adonne au déluge d’effets spéciaux pour créer des univers qui lui sont impropres. Friedkin aime le brut, il a les pieds bien ancrés dans le sol et il préfère offrir des histoires viscérales, donnant dans le dysfonctionnement exacerbé.

Killer Joe est son dernier film en date, et encore une fois, c’est un film qui divise, comme toute œuvre d’art. Prenant place dans un Texas où les paumés sont légion et les magouilles le seul moyen de s’en sortir, le réalisateur va placer le spectateur au centre d’une famille dysfonctionnelle qui va s’adonner au tueur à gages pour espérer gagner un peu d’argent. De prime abord, le film parle d’une famille complètement dans les choux, avec un père illettré et sans le sou, sa nouvelle femme serveuse et infidèle, une jeune sœur qui semble limitée et un frère qui est dans la merde car il a une dette envers un magnat de la pègre. Dès le début, William Friedkin nous plonge dans une atmosphère anxiogène où les rebuts de la société vivent dans des mobil-homes et se contente de courses de Monsters à la télévision. Un milieu misérable, aussi bien culturellement que physiquement, et d’emblée on ressent un profond mal-être. Appuyant son propos avec des dialogues amoraux au possible (le fils de la famille décide de faire tuer sa mère pour toucher l’argent de l’assurance vie et personne n’y voit de problème) et des situations gênantes comme la belle-mère qui ouvre la porte sans culotte, le cinéaste prouve qu’il a toujours la rage et aime filmer dans le vif.

D’ailleurs, Friedkin fait partie de ces rares réalisateurs à prôner le deux prises seulement, à savoir que moins on fait de prises, mieux c’est. Et cela se ressent dans Killer Joe. La mise en scène est aussi brute que le sujet du film, essayant d’être tout le temps au plus proche des protagonistes afin de filmer leurs yeux, leurs émotions. Les rares scènes d’action font irrémédiablement penser aux films des années 80 (notamment lorsque Emile Hirsch se fait poursuivre par deux bikers) donnant à Killer Joe une patine d’un autre temps. Mais ce n’est pas tout, puisqu’à l’aide de cette mise en scène très proche, certaines séquences deviennent carrément marquantes et d’une violence exacerbée. On peut donc citer la séquence de sexe entre Matthew McConaughey et Juno Temple, qui est à la fois ultra creepy et presque sensuelle. Mais aussi le passage où l’acteur susnommé force une nana à sucer un pilon de poulet à la place de son sexe, et cela durant toute une scène très hard dans laquelle on ressent vraiment la détresse et le malaise de tout le monde. Les quelques passages violents sont aussi très rudes, notamment lorsque le flic fracasse la tête du jeune frère à coups de boîte de conserve, le tout filmé en frontal et de façon très réaliste.

Derrière cette histoire amorale, on retrouve aussi le réalisateur dans certaines de ses thématiques et ici, il s’en prend vraiment à cette Amérique profonde, peuplée de rednecks qui ne pensent qu’à trois choses : les armes à feu, le fric et les gonzesses faciles. Le film est à cette image, n’hésitant jamais à montrer de la nudité de façon frontale ou à expédier quelques dialogues par des tirades bien senties et parfois sans aucun sens. Ce portrait peu flatteur permet de renforcer le rôle iconique de Matthew McConaughey qui fait encore des miracles. Complètement bipolaire, sans aucun sens moral, il joue son personnage à la perfection, nous mettant mal à l’aise dès sa première apparition. On ressent toute la folie de ce personnage dans ses actions, certes, mais aussi dans sa façon de parler où d’imposer sa présence sans que personne n’ose lui dire quelque chose. L’acteur est brillant et donne une grande ampleur au film. Mais il faut aussi souligner la prestation de Juno Temple, complètement lunaire et innocente, elle est comme une sorte de poupée fragile au milieu d’un tourbillon de violence. L’actrice est d’une beauté sidérante et s’offre pour le coup l’un des plus beaux rôles de sa carrière.

Cependant, tout n’est pas parfait dans Killer Joe. On retrouve par moments quelques errances et des passages où la réalisation brute n’est pas forcément une bonne idée. Ces scories n’entachent à rien la qualité du film et cette volonté d’aller à l’encontre d’un cinéma devenu trop conventionnel, mais elles sont suffisamment présentes pour être notifiées, ajoutant parfois quelques longueurs dispensables.

Au final, Killer Joe, le dernier cru de William Friedkin, est un excellent film. Très noir, très violent, et surtout très à vif, ce thriller possède de nombreuses qualités, dont un twist final qui prend aux tripes et qui met le spectateur dans une position gênante, à savoir celui qui sait ce qu’il va se passer, que cela va être violent et sanglant, mais que l’on ne peut rien faire hormis assister, impuissants, à une scène relativement marquante. Bref, Friedkin mène sa barque comme un chef d’orchestre et montre à tout le monde qu’il n’est toujours pas mort.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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