janvier 24, 2022

Les Wampas – Evangelisti

Avis :

Evoquer le punk en France, c’est un peu comme parler de cinéma de genre à des producteurs français. La méconnaissance des grands pontes est assez affligeante et c’est constamment en fouinant sur le net ou en allant à des concerts underground que l’on découvre des groupes qui mériteraient d’être plus mis en avant. Cependant, il faut dire que le punk est un peu un genre à part dans la musique, ne cherchant jamais la justesse ou la maîtrise, mais plutôt l’énergie vive, l’électrisation d’une petite salle avec un public qui joue des coudes. Malheureusement, peu représenté, le punk français n’a qu’un seul représentant qui a bénéficié des majors et d’une visibilité accrue. Mais il en a fallu à Didier Wampas, de l’obstination, car c’est après vingt ans d’existence que le groupe connait enfin la reconnaissance. Une reconnaissance que le groupe n’a jamais cherchée, puisque malgré le succès en 2003 du titre Manu Chao, le leader continua à bosser à la RATP, sans se poser trop de questions sur une notoriété naissante. Mais est-ce que cette poussée en avant a-t-elle tué le groupe et son punk vif ? Non, car malgré des ventes impressionnantes pour ce genre de musique, Les Wampas ont gardé leur crédo et ont toujours sur faire rire et réfléchir avec des sonorités entrainantes, une énergie débordante et des paroles naïves mais pourtant pleines de bon sens. Jusqu’à Evangelisti, douzième album du groupe, et une belle déception.

Le skeud commence avec Patricia et une rythmique assez sympathique, bien qu’éloignée du punk dont le groupe avait le secret. C’est relativement rock, mais c’est très propre et très sage. C’est d’ailleurs ce qui va marquer dans cet album, qui s’éloigne volontairement du punk idiot et parfois débordant d’énergie, pour fournir quelque chose de plus calme, plus posé et donc moins écorché et moins créatif. Parmi les morceaux du même acabit, on peut parler d’Electrodoowop qui reste très gentillet avec des riffs agréables, une rythmique entrainante, mais ne comprenant aucun break ou encore de moments vraiment marquants. On peut aussi évoquer Même les plus grands ont des moments de faiblesse ou encore The return of Little Daewoo, qui sont des morceaux rock, sympathiques, mais qui manquent clairement de punch et d’instantané. Et c’est dommage car le groupe perd réellement en puissance en faisant de la sorte. Certes, Didier Wampas est à la retraite et il a plus de temps pour proposer des nouveautés. Et puis il a du s’assagir un peu avec l’âge, mais voilà, Les Wampas, c’était un enregistrement sur le vif, des riffs accrocheurs et entêtants et ça respirait le punk par tous les pores sans jamais succomber aux cloches du marché du disque. Et si Evangelisti sort du lot parce que c’est français et donc rare, on reste un poil déçu sur les compos simplistes alors que plus maîtrisées par rapport aux autres albums du groupe.

Mais là où le bât blesse vraiment, c’est sur les paroles. Les Wampas, c’était de la naïveté à l’état pur, mais de la naïveté qui dénoncer quelque chose. A titre d’exemple, Manu Chao évoquait la difficulté de percer dans le métier et l’argent faramineux que pouvait se faire certains artistes prônant la non nécessité de l’argent. Sans jamais être sulfureux et arrivant toujours à glisser un trait d’humour dans les sous-textes, Les Wampas aimaient à tirer à boulets rouges sur certaines choses, comme la politique d’Universal. Avec Evangelisti, le groupe se perd un petit peu. Alors certes, on peut dire que notre monde est trop sérieux et que parfois, entendre des âneries ou des textes perclus de non-sens peut faire du bien, mais globalement, cet album est assez faible là-dessus. Si certains messages d’amour passent comme sur Patricia, on peut ne pas comprendre les allusions dans Traumatisé par le petit garçon roux ou encore par Baby Suce ma Roue, et cela malgré des rythmiques intéressantes et distrayantes. Alors parfois, on tombe sur des réflexions intéressantes, comme pour le titre Comme le dit Bob et son message sur l’aspect underground du rock ou encore sur Révolution qui parle de notre nécessité à profiter de la vie, mais tout cela reste assez maigre et c’est bien dommage. Alors oui, parfois c’est drôle, comme le titre Belle-Maman, mais il y a un manque flagrant d’équilibre dans les tonalités, comme dans les sous-genres, le punk étant un poil en deçà du rock et avec ça, Les Wampas perdent un peu de leur âme.

Au final, Evangelisti est une belle déception venant du plus grand groupe de punk français. Si l’insouciance est toujours au goût du jour avec des textes parfois débiles et des rythmiques entrainantes, le groupe semble s’être un peu trop assagi, prônant un rock pépère et des paroles qui n’ont pas toujours de sens et d’écho. Et si on ne doute pas un seul instant que la formation est restée jeune et insouciante dans sa mentalité, ce n’est pas avec cet album qu’ils vont le montrer, l’ensemble étant bien trop calibré pour pleinement convaincre.

  1. Patricia
  2. Justin
  3. Electrodoowop
  4. Les Fesses des Belges
  5. Sans Aucun Remords
  6. Belle-Maman
  7. Même les Plus Grands ont des Moments de Faiblesse
  8. Casteljaloux
  9. The Return of Little Daewoo
  10. Révolution
  11. Traumatisé par le Petit Garçon Roux
  12. Comme le Dit Bob
  13. Baby Suce ma Roue
  14. 1003

Note : 08/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=0vogNW32DYA[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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