mai 16, 2021

Duel dans le Pacifique

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Titre Original : Hell in the Pacific

De: John Boorman

Avec Lee Marvin, Toshiro Mifune

Année: 1969

Pays: Etats-Unis

Genre: Guerre

Résumé:

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un soldat de l’aviation américaine se crashe sur une île déserte du Pacifique et il constate qu’il n’est pas le seul à avoir trouvé refuge ici. En effet, un marin japonais tente lui aussi de survivre et dès leur rencontre, les deux hommes tentent de s’approprier les lieux. Ils finissent par unir leurs forces et ils construisent un radeau. Ils parviennent à rejoindre la terre et ils trouvent des traces de la guerre entre leur deux pays… Leurs trouvailles sur place vont-elles rendre l’entente encore possible ?

Avis:

Grand réalisateur parmi les grands, John Boorman est une belle institution à lui seul. Il faut dire que le réalisateur nous a offerts de sacrés chefs d’œuvre, parmi lesquels sont cités sans hésitation « Délivrance » ou encore « Zardoz » ou « La Forêt d’Émeraudes« . « Duel dans le Pacifique » est son troisième film. Alors que son premier film, « Sauve qui peut« , est sorti quatre ans plus tôt, le joli succès de ce dernier permit à John Boorman de pouvoir partir pour l’Amérique. Et c’est avec ce « Duel dans le Pacifique » que la réalisateur va ainsi trouver la reconnaissance internationale.

Tourné dans les îles de Palaos, « Duel dans le Pacifique » est un film qui fut un gros risque pour le réalisateur. Avec ce troisième film, John Boorman démontre l’envie et surtout son ambition en se lançant dans un film singulier, porté seulement et uniquement par deux acteurs. Avec « Duel dans le pacifique » il réalise ce que l’on pourrait appeler un huis-clos en plein air et c’est une très belle réussite ! Faisant se confronter deux personnages, John Boorman livre un grand et bon film sur la stupidité de la nature humaine et l’absurdité de la haine. « Duel dans le Pacifique » sera donc un film passionnant et terriblement intéressant à bien des égards. Puis c’est surtout un film d’une grande violence psychologique qui en dit très long sur l’homme.

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Quelque part sur une île dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre Mondiale, un Américain échoue sur une plage. L’île est déserte, mais il se rend vite compte qu’il n’est pas seul. Arrivé plus tôt, un Japonais a aussi échoué sur cette île. Les deux hommes, qui sont des ennemis de par leurs gouvernements, vont alors tout faire pour prendre le pouvoir sur cette île. Un duel tendu et loin des yeux du monde se livre alors sur cette plage. Mais pour survivre face à l’hostilité de la nature, les deux hommes vont alors devoir comprendre et accepter l’entraide s’ils veulent survivre.

« Duel dans le Pacifique » est une étude de comportement. Avec ce film, John Boorman place deux personnages que tout oppose à cette époque-là et filme ce qu’il va se passer et le résultat est tout simplement édifiant de vérité. Partant d’un scénario très mince, Boorman a fait le choix de se laisser inspirer par le tournage, et le réalisateur nous offre là un grand film qui entre sans aucun souci dans le peloton de tête de ce que le cinéaste a pu faire de mieux.

Porté par une écriture dure et pessimiste, « Duel dans le Pacifique » sera donc un combat au bord de la raison pour affirmer qui est le plus fort. Pathétique, triste et drôle involontairement, le réalisateur nous passionne par l’irrationalité de ces personnages qui pourraient finalement ressembler à des enfants de maternelle qui essayent d’imposer leur loi, voulant affirmer leur supériorité face à l’autre. Construit en deux parties, le film est génial. Dans un premier temps, John Boorman nous entraîne dans un climat aussi tendu qu’il est absurde. Cette haine viscérale que les deux personnages se portent l’un l’autre est presque palpable à chaque scène. John Boorman n’hésite pas à les rendre ridicules et c’est un combat terriblement violent mentalement auquel on va assister. Un combat qui n’épargne personne, car de manière profonde et intelligente, John Boorman nuance ses personnages et c’est quand ce combat parait gagné pour l’un ou l’autre que Boorman laisse transparaître des doutes et des contradictions chez ses personnages, qui finalement se remettent en question. Le fait de tenir l’autre sous son contrôle amène-t-il une certaine paix ? Pourquoi absolument vouloir être opposé ? Et si la solution était le partage et l’entraide pour espérer quitter cette île ? Autant de réflexions qui traversent nos personnages et que Boorman a très bien su filmer et ça, même quand on ne comprend pas ce que nous raconte Toshirô Mifune. Car oui, sûrement pour pousser l’opposition envers les deux personnages, aucun d’eux ne parle la langue de l’autre et si l’on comprend l’Américain, ce que dit l’officier japonais ne sera jamais traduit, ce qui nous plongera aux côtés de l’Américain, au plus près de son ressenti et de cette barrière invisible qui existera toujours entre les deux.

Boorman pousse son analyse du comportement plus loin dans la deuxième partie de son film et c’est peut-être bien là que le réalisateur côtoie le mot chef d’œuvre. Si le film était impeccable jusque-là, une fois que les deux personnages auront compris certaines choses et trouvé enfin comment retrouver leur liberté et voguer vers un nouvel espoir, John Boorman nous emporte avec un calme presque olympien vers ce final où son analyse prendra fin de manière magistrale et démontrera le ridicule incroyable de l’être humain qui finalement n’apprend pas beaucoup et préfère le conflit et la haine, envenimant les choses sur des bêtises et des mésententes. Un final qui fait même froid dans le dos.

Pour étayer son analyse, John Boorman nous offre une mise en scène sublime et grandiose, malgré le fait que le film ait tout même pas mal vieilli. « Duel dans le Pacifique« , c’est peu de paroles. C’est un retour presque primitif entre ces deux hommes qui ne sont dictés que par leur instinct de survie. Un instant de survie qui se méfie de l’autre et n’est presque que dicté par l’eau et la nourriture.

« Duel dans le Pacifique » a la particularité d’être tenu seulement pas deux acteurs et ils sont tous les deux merveilleux ! Charismatiques, captivants, les deux acteurs arrivent à nous faire passer le moindre de leur ressenti. Haine, doute, joie, retenue, méfiance, amitié, peur… John Boorman a su tirer le meilleur d’eux et démontre aussi qu’on n’a pas besoin de comprendre une langue pour comprendre les émotions. Et dans ce sens, même si Lee Marvin est incroyable, son rival et ami Toshirô Mifune est tout simplement extraordinaire, et même terriblement touchant sur les dernières scènes du film.

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« Duel dans le Pacifique » est donc une magnifique découverte qui conforte l’idée que John Boorman est un immense réalisateur. À la fois pessimiste, profondément humain et plein d’espoir, John Boorman nous livre là une grande, belle et profonde analyse de l’être humain qui est bien trop souvent autodestructeur à cause de sa connerie !

Note : 18,5/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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