mars 2, 2024

Les Chemins de la Haute Ville

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Titre Original: Room at the Top

De: Jack Clayton

Avec Simone Signoret, Laurence Harvey, Heather Sears, Donald Wolfit

Année: 1959

Pays: Angleterre

Genre: Drame

Résumé:

Un fils d’ouvrier, voulant réussir socialement, séduit la fille d’un riche industriel anglais et délaisse la femme qu’il aime.

Avis :

Jack Clayton est l’un des réalisateurs les plus connus des années 50 à 70 d’Angleterre. Il est bien souvent considéré comme le réalisateur qui lança un mouvement réaliste dans le cinéma anglais. La carrière de Jack Clayton est assez étonnante, puisque le réalisateur a très peu réalisé, on ne compte que huit films entre 1959 et 1992. Jack Clayton, préférant la qualité à l’omniprésence, laissait toujours une longue période de vide entre deux films.

« Les chemins de la haute ville » est son premier film et c’est aussi celui qui lui valut un succès d’emblée. Il faut dire que même si le film a toutefois vieilli et que son rythme est parfois un peu lénifiant, la critique que va dresser le réalisateur par rapport aux différentes classes est tout simplement virulente et rien que pour cet argument, le film mérite amplement le coup d’œil.

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Joe Lampton est un petit ouvrier dont l’avenir ne s’annonce pas brillant. Mais Joe refuse cet avenir et compte bien faire un mariage d’intérêt. Un soir, en allant au théâtre, il a une belle révélation en la personne de Suzanne, jeune actrice et surtout fille de son patron. Suzanne est bien aisée dans la vie. Joe entreprend donc de la séduire. Mais plus il se rapproche de Suzanne et plus il fait la connaissance d’une autre femme Alice. Une femme plus âgée que lui d’une dizaine d’années. Une femme déjà mariée, mais qui se trouve piégée dans son mariage. Bientôt Joe tombe complétement amoureux d’Alice et il va falloir qu’il choisisse alors entre l’amour et l’argent. Mais malheureusement pour lui, ses choix ont entraîné une réaction en chaîne.

Si « Les chemins de la haute ville » fait partie des classiques du cinéma anglais, dans nos contrées, le film est quelque peu oublié, voire même inconnu pour beaucoup. Le film serait peut-être encore moins visible chez nous si l’on ne trouvait pas Simone Signoret au casting et si elle n’avait pas remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour le rôle d’Alice qu’elle tient avec infiniment de grâce et de talent. Cet anonymat est dommage, car malgré le fait que le film ait vieilli, il mérite toute fois qu’on s’y arrête, car Jack Clayton livre là un bon et beau drame qui parle aussi bien de l’arrivisme d’un jeune homme qui veut s’élever que de la confusion des sentiments ou encore du mépris des hautes classes envers les petits gens.

Donc si le film reste assez classique dans sa construction et son fil rouge, allant même jusqu’à être sans surprise dans l’évolution des deux relations que va entretenir le personnage avec ces deux femmes, il le sera beaucoup moins du côté des thèmes qu’il brasse. « Les chemins de la haute ville » est un film très riche qui aborde avec beaucoup de vérité et de cynisme, l’espoir et le désespoir. Le film aborde l’ascension sociale et la difficulté d’y arriver face à la puissance et le mépris de certaines personnes. Le réalisateur ne juge personne et critique tout le monde pour rendre ce tableau encore plus juste. Ainsi, si les bourgeois sont imbus de leur personne, Jack Clayton n’oubliera pas de dresser un portrait aussi touchant que peu flatteur de son personnage principal. Son arrivisme exaspéré, ses jugements, ses préjugés, ou encore la confusion et le piège dans lequel il va se retrouver enfermé, sont autant de bonnes idées qui démontrent bien la bêtise de la nature humaine. En voulant quelque chose de précis, le personnage va aussi arriver à ses fins que paradoxalement, il va tout perdre. Et c’est sur cette touche finale que Jack Clayton, qui nous avait livré jusque-là un film plutôt original mais quelque peu ennuyant parfois, devient alors un film percutant et prend tout son envol pour devenir marquant. Il aura fallu attendre cette fin d’une tristesse absolue pour que le film passe d’un bon moment à un excellent film, intelligent et émouvant.

« Les chemins de la haute ville« , en plus d’être un beau film à suivre finalement, c’est aussi un film magnifique à regarder. S’il est très classique dans la construction de son fil rouge, visuellement parlant, Jack Clayton démontre un talent fou. Magnifiquement filmés, certains plans sont de véritables bijoux à eux seuls. Jack Clayton fait un très beau travail sur le visage de ses acteurs, usant de beaucoup de gros plans, qui sont chacun incroyables de douceur et de poésie. Particulièrement quand le réalisateur filme l’histoire d’amour entre Laurence Harvey et Simone Signoret.

D’ailleurs, les deux acteurs sont beaux et touchants dans le film. Laurence Harvey est plein de charisme, d’ambition et malgré des côtés très hautains, le personnage est touchant, surtout quand il côtoie Simone Signoret qui va faire ressortir en lui son naturel. L’acteur joue donc deux personnages en un et il s’en tire parfaitement. Simone Signoret, quant à elle, est tout simplement magnifique dans la peau de cette femme fragile et amoureuse. L’actrice mérite bien ses récompenses et s’en tire à merveille en anglais. Le seul petit hic dans le décor vient d’Heather Sears qui incarne Suzanne. Non pas que l’actrice soit mauvaise, non, elle très bien, mais le côté très niais de son personnage est parfois agaçant. Je pense particulièrement à la scène où elle fait l’amour pour la première fois et les réactions que le personnage a par la suite.

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Une histoire d’amour sur fond de différence de classes, « Les chemins de la haute ville » est un excellent film qui traite ses sujets avec beaucoup de profondeur. Parfaitement tenu, il est vrai que le rythme est long et lent, que parfois l’on a tendance à s’ennuyer, mais finalement, et malgré tout, Jack Clayton arrive toujours à nous rattraper avant que l’on ne décroche et c’est doucement, mais surement et solidement, qu’il nous entraîne vers ce final marquant et si réaliste qui pourrait aussi se résumer ainsi : « A force de tout vouloir, on finit par tout perdre » et le personnage principal va l’apprendre tragiquement et on en sera d’autant plus secoué.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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