juin 21, 2024

Interpol – El Pintor

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Avis :

Les maisons de disques et les groupes forment souvent un couple discordant qui aime le divorce et parfois les réconciliations. Il faut dire que dès qu’un groupe devient connu, les charognards ne sont jamais bien loin, sentant la douce odeur des billets verts qu’il est possible de se faire sur un gros succès. Néanmoins, malgré la domination de grands groupes, on arrive à trouver de petites maisons qui ont leur propre style et qui arrivent à survivre dans un réseau indépendant plutôt intéressant. Pourquoi ? Parce que tout simplement que les vrais mélomanes s’intéressent davantage à ce qui ne passe pas à la radio afin de trouver des sonorités différentes, inédites et parfois innovantes. Interpol est un groupe de rock fondé à la fin des années 90 qui a connu un succès fulgurant dès leur premier album. Les maisons de disques se sont alors jetées sur eux, mais ils ont signé chez El Matador, car le catalogue de la maison leur plaisait. Bien entendu, le mariage fut consommé et un divorce eut lieu, le groupe allant voir du côté de chez Capitol Records pour leur troisième skeud, Our Love to Admire. Mais chassez votre premier amour et il revient la queue entre les jambes et c’est trois ans plus tard qu’Interpol revient chez El Matador. Référence à ce changement de maisons, El Pintor est le nom du cinquième album du groupe et il faut dire que si le succès s’est amoindri avec le temps, l’album reste tout de même assez sympathique.

Le skeud débute avec All the Rage Back Home. Et il sera symptomatique du reste de l’album. En fait, Interpol officie dans un rock qui pourrait se rapprocher des Strokes, avec une bonne rythmique, des guitares qui vont plutôt dans les aigus et une voix nasillarde. Si le morceau est plutôt plaisant, il devient vite lassant à la longue car il possède un défaut majeur, une guitare rythmique très aigue qui mange toutes les autres sonorités. De ce fait, on n’a jamais l’impression que la musique se calme ou change de rythme. D’autant plus que les mélodies deviennent difficilement identifiable les unes par rapport aux autres, œuvrant dans quelque chose de très classique et de déjà entendu. On retrouve cette lacune dans d’autres morceaux comme Anywhere qui reste assez anecdotique malgré un refrain plutôt agréable et bien sombre ou encore Everything is Wrong, malgré une intro à la basse de bonne facture et annonçant un changement qui ne viendra jamais. En fait, chacun de ces morceaux est assez écoutable dans son ensemble, mais ils sont trop similaires dans leurs structures et surtout, ils manquent de finesse, surtout sur les guitares rythmiques qui n’arrêtent jamais et bouffent littéralement toute la musicalité qui devient trop dense.

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Alors bien évidemment, certains titres se détachent du reste et font que cet album n’est pas un naufrage artistique. On peut parler par exemple de My Desire, un long morceau qui montre que les musiciens ne sont pas des manches, avec cette fois-ci une guitare rythmique qui varie et qui donne dans des tons assez plaisants. D’autant plus que l’on entend bien plus la basse, ce qui est fort appréciable, rajoutant un peu de lourdeur dans le son. Bon, par contre, il faut se faire à la voix du chanteur, qui reste très prise et parfois peu mélodieuse. Breaker 1 se différencie aussi des autres titres à cause d’une rythmique plus lente, mais aussi d’une ambiance plus sombre et d’une introduction très efficace. Et surtout, il n’y a pas de grattes aigues qui mangent tout le son, ici, on est dans le sobre et l’efficace et force est de constater que cela fonctionne plutôt bien. Enfin, difficile de passer à côté de Tidal Waves, qui s’offre un excellent moment de batterie et une jolie intro. Le morceau est assez hypnotique, voire psychédélique, mais propose vraiment quelque chose de frais par rapport au reste du skeud.

Au final, El Pintor, le dernier effort d’Interpol, reste assez décevant dans son ensemble, même s‘il se laisse écouter. Se forçant à être très classique, le groupe se perd dans des sonorités trop aigus et des rythmiques qui demeurent toujours pareilles pour un rendu finalement assez monotone. Il est dommage de voir que le groupe ne fournit pas plus d’efforts pour amener du changement dans sa musicalité, se contentant de faire le minimum pour rassurer les fans. Bref, un album banal, qui tient la route, mais qui n’a rien d’exceptionnel.

  1. All the Rage Back Home
  2. My Desire
  3. Anywhere
  4. Same Town New Story
  5. My Blue Supreme
  6. Everything is Wrong
  7. Breaker 1
  8. Ancient Ways
  9. Tidal Waves
  10. Twice as Hard

Note : 10/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=-u6DvRyyKGU[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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