décembre 4, 2021

Les Rivières Pourpres – Jean-Christophe Grangé

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Auteur : Jean-Christophe Grangé

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Thriller

Résumé :

Niémans, l’ex-gloire de l’antigang, et Abdouf, l’inspecteur au passé de voyou, croyaient tout connaître de la violence et de la mort. Pour des flics comme eux, c’est le pain quotidien. Mais ils vont rencontrer pire encore. Des corps mutilés, torturés, en position de fœtus dans un monde minéral et glacé. Une mise en scène macabre signée « Les Rivières pourpres ». Secte satanique ou gang de tueurs fous ? Sondant les abîmes du passé, les deux enquêteurs vont de découvertes hallucinantes en révélations terrifiantes. La vérité qui les attend dépasse l’imagination.

Avis :

Quatre années s’écoulent depuis Le vol des cigognes, thriller ô combien déstabilisant, pour que Jean-Christophe Grangé signe Les rivières pourpres. La sortie d’un second roman est toujours délicate pour son auteur. Il faut confirmer la qualité et le succès afin de conforter une carrière ou la stopper brutalement. Mais avec un éditeur tel qu’Albin Michel et sa formidable machine de communication, le risque était minime. Le fait que Grangé soit devenu incontournable dans le domaine en France et à l’étranger est dû en grande partie au présent livre et à son adaptation cinématographique. Cette histoire à démocratiser la vision macabre d’un genre qui, avant les années 2000, étaient dominé par les Américains.

L’occasion est également donnée à Grangé d’appuyer sa patte si particulière (notamment grâce aux ambiances qu’il développe et aux thèmes singuliers traités) pour en faire une marque de fabrique par la suite. L’intrigue se révèle efficace à plus d’un titre en mêlant enquêtes et protagonistes parallèles. Il en découle une multitude d’indices (leur absence est aussi à prendre en compte) propre à rendre des fausses pistes facilement décelables. Toutefois, certains tournants laissent supposer que l’auteur complexifie son récit dans le seul but de perdre le lecteur dans des impasses. Une arme à double tranchant, car si la surprise est souhaitée, elle dissimule également une pointe de déception quant aux aboutissants.

À terme, la progression est donc plus simpliste et linéaire qu’elle n’y paraît. Seulement, Grangé manie le suspense à bon escient. Prévisible, peut-être. Entraînant, sûrement. De plus, il n’a pas son pareil pour avancer dans une atmosphère angoissante et glauque. La violence des assassinats précède à la découverte de sujets graves comme l’eugénisme. De fait, on alterne constamment entre des investigations somme toute classiques (type interrogatoires, recherches) avec des échanges inattendus dans de telles contrées. Il en résulte un mélange homogène et singulier qui se retrouvera dorénavant dans l’univers de l’écrivain.

On peut néanmoins se montrer plus mitigé concernant l’élaboration des personnages et leur évolution. Malgré des caractères dissemblables, des physiques marqués et des comportements crédibles, il est difficile de s’attacher à l’un d’eux. La faute incombe à un traitement qui penche du côté de clichés et autres maladresses embarrassantes : flics bourrus, jeune rebelle repenti… L’illusion fonctionne pour suivre l’intrigue sans heurt, mais ils ne sont en rien un moteur ou une motivation pour sa progression. De là à retenir l’attention ou à les garder en mémoire au-delà du livre, l’entreprise paraît plus compliquée.

Au final, Les rivières pourpres confirme la propension de Grangé pour le glauque. Seulement, la violence qui traîne en ces pages n’est pas gratuite puisqu’elle est la finalité de causes autrement plus singulières. Grâce à une écriture soignée (même si le style gagnerait à moins de simplicité), un suspense efficace et des thèmes peu usités dans le domaine, on tient là un excellent thriller. Le réalisme dans l’exposition des faits pallie à quelques retournements alambiqués et à une caractérisation en deçà du talent de l’auteur. Il n’en demeure pas moins un roman devenu aussi incontournable que son géniteur pour tout amateur du genre.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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