décembre 7, 2021

L’Hypnotiseur – Lars Kepler

002121588

Auteur : Lars Kepler

Editeur : Actes Sud

Genre : Thriller

Résumé :

Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est sauvagement assassinée. Seul un garçon échappe au massacre, mais il navigue entre la vie et la mort, inconscient. L’inspecteur Joona Linna décide alors de recourir à un hypnotiseur pour pénétrer le subconscient du garçon et tenter de revoir le carnage à travers ses yeux… Un roman policier d’une intelligence redoutable doublé d’un thriller terrifiant.

Avis :

Dans le domaine du polar, les auteurs nordiques occupent une place particulière. Encensés par la critique et récompensés par un succès commercial, ils se révèlent une valeur sûre pour des lecteurs exigeants et avides de sensations fortes. Entre un cadre original, des intrigues bien ficelées et des personnages tortueux, les polars scandinaves n’en finissent plus de procurer des frissons. On se trouve dans l’hémisphère nord après tout. Derrière le pseudonyme de Lars Kepler se cache un couple d’auteurs qui, avec L’hypnotiseur, signe un roman remarqué. Cette réputation est-elle amplement méritée ou, a contrario, s’agit-il d’une cuisante désillusion ?

Le récit débute de manière très classique avec la découverte d’un cadavre. Une enquête qui stagne rapidement et offre l’opportunité à notre personnage principal de s’impliquer malgré lui. En cela, l’histoire ne recèle aucune réelle surprise. Les lignes se suivent et se ressemblent sur un rythme lancinant, et ce, sans jamais faire d’étincelles. Linéaire, L’hypnotiseur l’est à n’en pas douter. Certains lecteurs risquent de trouver le temps long face au quotidien d’Éric, à la plongée dans ses souvenirs, sans oublier la multiplication de fausses pistes. La progression se révèle saccadée et entrecoupée d’un flash-back qui casse littéralement le suspense amorcé auparavant.

Bien sûr, la qualité d’écriture est au rendez-vous avec un travail soigné et recherché dans l’exposition des faits. Détaillé sans sombrer dans la complaisance, épuré dans les séquences d’action ou l’emploi de termes simples et percutants dans les descriptions, le style est l’atout premier de ce livre. Le contexte social et la situation personnelle de chaque protagoniste offrent une disparité dans les opportunités qui s’ouvrent à chacun. En cela, les auteurs tissent une trame crédible et immersive, mais qui aurait tendance à se perdre dans des intrigues secondaires pas forcément nécessaires à la résolution du fil rouge.

Mais la déconvenue la plus flagrante réside dans la capacité quasi inégalable d’Éric pour l’hypnose. Hormis la thérapie de groupes dans ses souvenirs et l’entame du roman, cette particularité n’est exploitée que de manière sporadique, voire anecdotique. Point de départ et origine des péripéties à venir, le protagoniste refusera d’aller plus en avant dans ses compétences pour des raisons plus ou moins valables au regard de son passé. Dommage, car cela aurait rajouté une touche singulière au récit. D’autant plus que les rares séances retranscrites sont décrites avec une grande justesse.

Il est vrai que la caractérisation des personnages est au rendez-vous, malgré quelques poncifs facilement assimilables depuis Millénium. Ainsi, on n’échappe pas à la gothique de service mal dans sa peau qui reste néanmoins un second rôle peu présent au fil des pages. Citons également, une gamme de patients névrosés assez marquants, un flic têtu et revêche comme on en fait plus (y en a-t-il seulement eu autre part qu’au cinéma et dans les livres ?) et un duo de têtes dont la relation bat sérieusement de l’aile. Là encore, tout est travaillé dans le plus pur style des polars scandinaves, mais il manque peut-être une prise de risque.

Au final, L’hypnotiseur ne se révèle pas si remarquable que cela. Malgré sa construction qui ne laisse rien au hasard, l’intrigue se montre trop linéaire et peu surprenante dans sa finalité. Les indices dévoilent assez facilement de fausses pistes qui rallongent inutilement le roman (la traque des Pokémon !). On regrettera aussi que le livre porte mal son nom et se destine avant tout à ameuter le chaland (pari réussi pour l’éditeur) sans exploiter plus en avant le thème de l’hypnose. En somme, Lars Kepler signe (ou signent) un polar habile mené sur un rythme inégal. Toutefois, on pestera surtout devant le peu d’originalité que suscite une histoire plaisante, mais guère surprenante.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.