octobre 26, 2020

Le Rideau Déchiré

Titre Original : Torn Curtain

De : Alfred Hitchcock

Avec Paul Newman, Julie Andrews, Tamara Toumanova, Wolfgang Kieling

Année : 1966

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier, Thriller

Résumé :

Un chercheur en physique nucléaire, Armstrong, rompt sans explications avec sa fiancée et assistante, Sarah, avant de se rendre à un congrès à Copenhague. Intriguée, elle le suit et découvre qu’il part en réalité pour Berlin-Est. Décidée à comprendre, elle prend le même avion et se rend compte que le professeur semble avoir choisi de vivre à l’Est…

Avis :

Les années 60 pour Hitchcock sont un peu particulières et sont surtout placées sous le signe du thriller à tendance horrifique. En effet, il débute en 1960 avec l’énorme Psychose qui définira les bases du slasher, puis il poursuit avec Les Oiseaux qui sera une superbe relecture du film de monstre où ce dernier a une apparence anodine et commune. Deux ans plus tard, il réengage Tippi Hedren, malgré un passif lourd et une attitude déplorable de la part du réalisateur, pour jouer dans Pas de Printemps Pour Marnie, un thriller psychologique relativement sombre et assez difficile à appréhender. Encore deux ans plus tard, en 1966, il décide alors de changer son fusil d’épaule et de se réinventer, délaissant le thriller et l’horreur pour aller cette fois-ci vers le film d’espionnage et évoquer de manière subtile la guerre froide. Le Rideau Déchiré fait bien évidemment référence au rideau de fer qui séparait l’Allemagne en deux et Alfred Hitchcock va alors tisser une intrigue tordue où les manipulations vont bon train. Pour autant, il s’agit-là d’un des films les plus faibles du maître du suspens. Voyons voir pourquoi.

Dans cette histoire, nous allons suivre le professeur Armstrong qui explique à sa fiancée et assistante qu’il doit se rendre au Danemark pour une conférence. Aimante et voulant aider son mari, elle insiste plus ou moins pour le suivre et découvre qu’en fait, il ne va pas en Suède mais en Allemagne de l’Est. Très vite, elle se rend compte que son futur mari est soit un traître à son pays, soit un espion. Et tout le film de jouer sur cette ambivalence, nous montrant un Paul Newman hésitant, étrange, taiseux et qui va devoir montrer une double patte blanche s’il veut s’en sortir indemne. Cependant, ce qui est un peu redondant avec ce scénario, c’est qu’Alfred Hitchcock semble avoir du mal à garder son suspens durant tout le métrage. Tiraillé entre deux feux, on va vite comprendre les intentions du personnage principal, car ce dernier ne veut pas perdre l’amour de sa vie, ni sa vie tout court d’ailleurs. Il en résulte alors un scénario qui tombe un peu à l’eau sur la tension et qui va surtout valoir le coup sur la façon dont ce protagoniste va réussir son entreprise, sa mission. Sans spoiler ici, le climax du film est assez ridicule pour un Hitchcock et même si on remet l’œuvre dans son contexte historique, on pourrait presque croire à une mauvaise blague.

Fort heureusement, le film se sauve grâce à deux choses primordiales : des acteurs extraordinaires et une mise en scène tout simplement parfaite. En premier lieu, Paul Newman est tout simplement magistral dans ce rôle. Beau, magnétique, mais montrant aussi des fêlures, l’acteur campe un espion américain parfait, qui montre aussi son amour pour sa fiancée. Une fiancée jouée par une Julie Andrews rayonnante. L’actrice, qui en est encore à son début de carrière en 1966, arrive à combiner deux sentiments complexes, l’ingénue d’un côté et la femme forte qui va essayer de protéger son mari à tout prix. Elle joue d’ailleurs un rôle primordial. Pour les personnages secondaires, c’est pareil, on est dans le haut du panier, avec des acteurs qui ont des gueules et qui arrivent parfaitement à retranscrire leurs émotions. Wolfgang Kieling par exemple, joue une sorte de tueur à gages froid et prétentieux et il sera une pourriture jusqu’au bout.

Quant à l’autre point fort, la mise en scène, Alfred Hitchcock retrouve une sorte de sobriété avec un La Mort aux Trousses époustouflant ou un Les Oiseaux qui laissait beaucoup de place aux espaces ouverts. Ici, c’est plus simple, c’est moins aérien et on pourrait même croire que le film manque de plans marquants. Mais la force de la mise en scène va se retrouver dans une bagarre à mort au sein d’une maison, où le cinéaste insiste sur les visages qui souffrent, ou encore dans un opéra (scène que l’on n’avait pas revu depuis L’Homme qui en Savait Trop) où les choses vont mal tourner et une émeute va permettre aux amoureux transis de s’échapper. C’est sur de petites séquences assez fortes en émotions que le cinéaste va prouver qu’il est toujours en forme malgré un scénario un peu poussif.

Un scénario qui va aussi prendre un peu trop son temps. Si on a l’habitude avec le célèbre réalisateur, qui aime offrir des personnages imposants pour lesquels on va ressentir de l’empathie, ici, c’est bien trop long. Les soupçons qui pèsent sur le personnage principal sont trop expliqués, trop appuyés par des seconds couteaux qui en font des caisses et la relation de couple reste un peu survolée, n’offrant pas forcément des émotions fortes. Les quelques traits d’humour du métrage sont parfois assez étonnants aussi, participant à un certain déséquilibre dans le ton du film. On nous monte la pression sur une « course » de bus, puis finalement, le final résonne comme une mauvaise blague et c’est dommage. Reste alors la thématique du rideau de fer et de l’éternel espionnage entre les Etats-Unis et le bloc soviétique qui prend ici des allures de course non pas à l’armement, mais à l’anti-armement, chaque pays essayant de construire un missile anti-missile. On a connu Hitchcock plus inspiré.

Au final, Le Rideau Déchiré est un thriller politique assez intéressant grâce à son mise en scène simple et efficace et à ses acteurs au diapason. Néanmoins, il reste un film, à mon sens, assez mineur dans la filmographie d’Alfred Hitchcock. Long et parfois ennuyeux, ponctué de scènes humoristiques qui laissent froid et avec un climax qui ressemble à une mauvaise blague, le cinéaste entame une fin de carrière un peu décevante, puisqu’il ne réalisera plus que trois films après celui-ci.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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