octobre 27, 2020

Ghost Stories

De : Jeremy Dyson et Andy Nyman

Avec Andy Nyman, Paul Whitehouse, Alex Lawther, Martin Freeman

Année: 2018

Pays: Angleterre

Genre: Horreur

Résumé:

Un professeur de psychologie est confronté à son esprit rationnel lorsqu’il reçoit une lettre semblant provenir de l’au-delà.

Avis :

L’horreur semble être propice aux films à sketches, permettant de raconter des historiettes assez courtes au sein d’un film plus grand qui essaye de trouver, parfois, du liant entre toutes ces histoires. Creepshow, V/H/S, The ABC’s of Death, Holidays ou encore Body Bags, autant de films qui ont su trouver des fans et qui se différencient par leur contenant. Car si l’un s’amuse avec les fêtes du calendrier, un autre va essayer de trouver différentes morts avec les lettres de l’alphabet. Cependant, s’il y a bien souvent une chose qui manque aux films à sketches, c’est du liant. C’est de regrouper ces sketches avec une histoire globale qui donnerait du sens à l’ensemble. Si pour V/H/S, explorer une vieille maison remplie de cassettes vidéo semble suffisant, on reste souvent sur notre faim quand il faut donner du sens à un ensemble. C’est ce que tente d’effacer Ghost Stories, film à sketches anglais réalisé par le duo Jeremy Dyson et Andy Nyman, qui intègre trois histoires au sein d’une seule, pour ensuite profiter d’un final explicatif bien trouvé et qui donne envie de revoir le film pour chercher plusieurs indices. Et en règle générale, quand on veut revoir un film, c’est que c’est plutôt sympathique.

Le scénario de départ est assez malin. On va y suivre un homme issu d’une famille juive dont on comprend rapidement, sans parole et juste avec des images d’archives de sa famille, qu’il renie la religion. Il ne croit pas en Dieu ni aux esprits et son métier est de débusquer les médiums et autres spiritualistes qui s’amusent à manipuler les gens. Fasciné par un présentateur qui est laissé pour mort, il est surpris alors de trouver une enveloppe dudit homme qui l’invite à venir chez lui et à étudier trois cas qui pourraient remettre en question sa vision du monde des esprits. Ces tris cas donneront lieu à trois sketches avec pour liant cet homme qui mène les enquêtes. Très simple dans sa narration, même s’il joue constamment avec les lignes temporelles, Ghost Stories s’appuie fortement sur son personnage principal pour donner de la cohérence à son récit. Car si les trois enquêtes se découpent en trois chapitres distincts, elles trouvent toutes un écho dans la vie personnelle de ce type et dans la résolution du problème. Nous faisant face alors à un scénario malin, qui s’abroge des règles simplistes du film à sketches pour tenter de raconter une histoire globale plutôt réussie et surprenante, surtout sur sa finalité qui renvoie à plein d’éléments débusquer dans les trois petites historiettes.

Le premier cas est le plus intéressant, tout en étant le plus classique. On va y voir un homme, veuf, dont le métier est veilleur de nuit dans un ancien asile pour femmes. Alors que la nuit suit son cours, des coupures de courant intempestives vont venir déranger l’homme qui va aller se balader dans le bâtiment et voir des choses étranges. Franchement, c’est une histoire de fantôme comme on en voit des tonnes et sans réel ingéniosité. Un asile, des apparitions, du jump scare de temps à autre, il n’y a rien de bien folichon dans ce segment. Sauf une ambiance de dingue. Les deux réalisateurs arrivent à renvoyer une image glaçante en jouant avec les ombres et la lumière, les sons, ou encore une bande son qui donne la chair de poule. Tout en étant très simple, les cinéastes arrivent à tenir le spectateur dans une peur primaire lors de cette exploration qui ne semble jamais finir. La résolution sera d’ailleurs glaçante et de ce fait, c’est le meilleur moment du métrage. Car les deux autres cas seront bien en dessous, surtout d’un point de vue effrayant. Le deuxième segment suit un jeune homme complètement hanté, peureux et vivant dans une maison qui semble habitée par de multiples esprits. L’entrée en matière est percutante, mais rapidement, lorsque le jeune homme raconte son histoire, on tombe sur un récit diabolique qui fait intervenir les forces de la nature avec un mélange d’humour qui ne marche pas. L’ambiance est moins prégnante et surtout, on ne ressent pas vraiment la menace. Enfin, le troisième segment est plus viscéral, parlant d’un fantôme de bébé et d’un père ayant perdu femme et enfant lors de l’accouchement, mais là aussi, l’ensemble manque d’une ambiance plus froide et plus apeurante.

Cependant, si les deux derniers segments sont moins forts que le premier, ils ont une réelle légitimité dans le film et apportent des éléments de réponse à la résolution finale. Un twist que l’on n’attend pas, qui va surprendre et qui va surtout jouer avec les codes du genre, enchainant changement de décors, flashbacks, interrogations et accumulation de fusil de Tchekov démontrant toute l’intelligence de l’écriture. Car au-delà du film à sketches, au-delà des trois histoires indépendantes, Ghost Stories est une grande histoire à part entière qui fouille la psyché d’un type dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est le rejet absolu de la religion et de la figure paternelle. Une figure qui revient inlassablement sur le dessus du tapis, dans les trois sketches comme sur la vie de cet homme qui s’amuse à débusquer les imposteurs. Un père tantôt tyrannique et dévot, un père en deuil suite à la maladie de sa fille, un père absent pour un jeune homme déséquilibré et un père qui a justement peur de son nouveau statut avec l’arrivée d’un enfant. Une image qui évolue sans cesse et qui semble être la cause de toutes ces apparitions. Pour autant, cela n’a pas d’incidence sur le twist final, qui tente plutôt d’expliquer l’enfer du syndrome d’enfermement et le cauchemar récurrent d’un homme qui n’a plus rien, pas même son corps.  Le tout étant emballé avec une superbe photographie et une réalisation propre, s’inspirant parfois de peintures antiques, on voit bien que Ghost Stories n’a pas été fait à l’emporte-pièce.

Au final, Ghost Stories fait partie de ces films à sketches qui sont plutôt bons. Non dénué de défauts et porteur de deux segments assez faiblards, le film se rattrape grandement dans sa résolution finale et dans ses atours visuels qui lui donnent un vrai cachet. Andy Nyman, à la fois co-scénariste, co-réalisateur et acteur principal du film, livre une belle performance, à la fois touchante et agaçante, mais qui se fait voler la vedette par un Martin Freeman en grande forme, inquiétant, troublant et drôle. Bref, sans être révolutionnaire ou même excellent, Ghost Stories est un film réussi, qui ne prend pas le spectateur pour un abruti et qui a un léger goût de reviens-y, ce qui n’est pas rien.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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