octobre 24, 2020

Heilung – Futha

Avis :

En l’espace de cinq ans, deux albums studio et un live, Heilung est devenu une figure emblématique de la scène folk-pagan. L’univers dépeint à travers les compositions musicales du groupe s’avance comme un voyage temporel et sensoriel à la fois immersif et lugubre. Avec Ofnir, première incursion marquante et remarquable, il en ressortait une expérience musicale inédite ; bien éloigné des standards actuels, et ce, que l’on officie dans le métal ou un autre courant. Quatre années plus tard, la formation nordique signe Futha qui, à l’instar de son prédécesseur, est l’objet de bien des contrastes en matière d’écoute et d’interprétation.

Cela passe tout d’abord par l’alternance entre des pistes particulièrement épurées en instrumentation et d’autres, nettement plus techniques sur la forme. De même, on fait se succéder des moments très harmonieux, voire méditatifs, avec des instants plus ténébreux. Galgaldr est particulièrement représentatif de ce constat. En l’espace de dix minutes, cette introduction marque une excellente mise en condition de l’auditeur. Entre les paroles narrées, les chœurs ou les chants en filigrane, la variation est au cœur du titre, comme de ceux qui le suivent. Il fonctionne comme un appel, un rassemblement, qui ne vise pas uniquement à capter l’attention, mais à nous immerger dans un autre temps, une autre époque.

Et pour cela, la grande majorité des pistes avoisine ou excède la dizaine de minutes. Le répertoire se révèle donc particulièrement riche en surprises pour concilier des percussions, plus discrètes que sur Ofnir, des borborygmes inintelligibles et des mélodies beaucoup plus apaisantes. À ce titre, ces dernières mettent en avant la voix ensorcelante de Maria Franz. D’ailleurs, le rapport au féminin sacré se veut plus prépondérant, comme l’atteste Norupo ou Traust, pour ne citer que deux chansons. Cette douceur renvoie à des influences New Age. Dans une certaine mesure, la manière d’appréhender l’album studio et son approche globale peut présenter des similarités avec Enigma ou Era.

Cette considération n’est pas généraliste, mais le groupe développe une narration fouillée pour conter une ou plusieurs histoires. De récits guerriers en rituels chamaniques, l’évolution des titres suit une logique propre à faire s’enchaîner des moments de détresse, de souffrance et d’agonie avec un sentiment de plénitude et de contemplation. La musique devient alors vectrice des maux de l’humanité. Les paroles scandées sont là pour les canaliser, tandis que les sonorités ambiantes sont source de purification et de libération. Cela vaut autant pour l’auditeur immergé dans ces légendes et mythes que pour les protagonistes des intrigues elles-mêmes.

Faisant la part belle à une exploration introspective, les morceaux entretiennent la note de mystères qui entourent les incantations, les rites et les croyances païennes. Certaines itérations ne sont pas sans rappeler une transe à travers une possession du corps et de l’esprit. Cet aspect brut se veut très frontal pour malmener l’auditeur, guère ménagé lors de ces occurrences proches d’une folie qui consume l’âme. En guise de conclusion, Hamrer Hippyer déstabilise avec sa rythmique répétitive à l’extrême, ses sons discordants et hachés. L’idée est de perdre pied et, en un sens, le titre fonctionne de par l’impression de vertige qu’il suggère sur presque un quart d’heure. Une ultime incursion qui vient parfaire l’aura mystique ambiante.

Au final, Futha surprend l’auditeur qui, en tout état de cause, s’attend à une suite logique à leur premier effort. Cependant, on ne peut pas forcément inscrire Futha dans la continuité d’Ofnir. Certes, l’on distingue encore des chants gutturaux, un parler sec et abrupt ou une atmosphère sonore empreinte d’un caractère macabre, presque ineffable. Heilung aime expérimenter de nouvelles pistes d’exploration musicales, même si elles ne sont pas intégrées initialement dans son répertoire. Loin d’être anarchique, l’approche présente une rigueur évidente pour entretenir une ambiance entêtante. Il en ressort un second album d’une qualité exemplaire qui s’appuie sur les fondamentaux de son prédécesseur pour s’ériger vers d’autres horizons artistiques. Déstabilisant, original et immersif.

  • Galgaldr
  • Norupo
  • Othan
  • Traust
  • Vapnatak
  • Svanrand
  • Elivagar
  • Elddansurin
  • Hamrer Hippyer

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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