La Vallée des Carnutes – Jean-Pierre Deséchalliers

Auteur : Jean-Pierre Deséchalliers

Editeur : Publishroom

Genre : Historique

Résumé :

La vie est douce en pays carnute en cette fin du second siècle avant notre ère, au centre de ce qui deviendra un jour la Gaule, le commerce des céréales y enrichit désormais plus que les batailles et les butins. Cette quiétude est brutalement troublée par une série de morts aux circonstances effrayantes. Quel animal est sorti des enfers, et pourquoi ? Le druide Andanatos, autorité judiciaire incontestée, va devoir comprendre et dénouer l’écheveau, tandis que les menaces s’accumulent de toute part sur la Celtique. À l’est, les hordes cimbres et teutonnes s’apprêtent à déferler sur les riches campagnes celtes, tandis qu’au nord, des tribus belges ont retrouvé le chemin des pillages. Le jeune seigneur Donotalos, missionné par les druides, voit dans tous ces évènements l’occasion de sortir de cette paix qui l’ennuie et d’être digne de sa glorieuse lignée. Il y trouvera plus encore.

Avis :

La vallée des Carnutes nous plonge dans un univers à la fois magique, à cause de tous les récits mythologiques et légendaires qui se rattachent à cette partie de notre passé, et à la fois tout aussi fascinant que peut l’être un roman historique. Cela se ressent dans les explications détaillées et poussées de l’auteur, ainsi que dans les annexes du roman qui précisent certains faits intéressants, notamment pour les lecteurs les plus avides d’éléments réels de l’époque, ou heureux de s’immerger corps et âme dans un récit de ce calibre. La vallée des Carnutes est un savant mélange entre roman historique, récit d’aventures épiques, mythologie celtique et enquête policière.

Traduction de noms, de prénoms, présentation du calendrier celte, liste et rappel des rôles des personnages… Tout ce qui est donné en plus du récit, pousse le lecteur à s’impliquer davantage et aide ce dernier dans sa tâche. En effet, le roman recèle de nombreux personnages, et il n’est pas facile de tous les retenir, surtout quand certains n’apparaissent qu’un court instant. De plus, les résonnances souvent identiques dans les prénoms, en « os » pour les hommes, ou « a » pour les femmes, peuvent facilement embrouiller. La même chose se produit avec les villes ou villages, dont les sonorités se ressemblent.

Le roman parle d’un temps que l’on croit connaître, grâce à certains supports cinématographiques ou seulement graphiques, mais, finalement, il s’avère que nombre de clichés ont traversé les âges, et que les temps celtiques restent encore sombres, marqués par des termes et des idées incorrectes. Dans ce récit, l’auteur nous montre à voir des territoires bien coordonnés ; des guerriers certes téméraires mais pas aussi sauvages que souvent décrits par d’autres voies ; des dizaines de peuples différents, certains alliés, d’autres qui se détestent (Eduens, Cimbres, Arvernes, Carnutes, Suessions, etc.) ; une politique bien ficelée et des accords subtils ; des druides intelligents, respectés par tous, qui véhiculent l’idée de justice tout en essayant d’en faire appliquer les lois ; des bardes qui permettent à l’Histoire de rester dans les mémoires, et qui éblouissent par leurs chants passionnés ; des vates, ces devins particuliers aux pouvoirs mystiques ; des croyances antiques, appelant autres dieux à cornes majestueux ou divinités qui nous parlent bien qu’on ne les connaisse pas vraiment (Belenos, Taranis, Cernunnos, Esus, Ogmios, etc.) ; et des populations civilisées, instruites, qui commercent entre elles, qui échangent régulièrement et qui vivent paisiblement, tout en devant faire face aux invasions étrangères, aux brigands et aux guerres incestueuses. La vallée des Carnutes rend hommage à cette époque lointaine qui a tant à nous faire découvrir, et qui fait rêver, surtout à notre époque quand la musique, les costumes ou les chants celtiques fleurissent dans tous les coins du pays. Une liste des différentes peuplades, comme de certains termes vernaculaires, ou des différentes villes traversées par nos héros, aurait été également plus que bienvenue pour mieux comprendre cette richesse palpable, et s’y retrouver.

La vallée des Carnutes prend le temps de nous expliquer cet univers riche, tout en nous présentant petit à petit les personnages principaux de l’intrigue. Le rythme des informations est bien dosé, et ne perd pas le lecteur, même après accumulation des termes, des villes ou des personnages, bien que la liste donnée par l’auteur permette d’éviter de tout retenir dans les moindres détails. L’enquête avance tranquillement pour se résoudre de manière étonnante. Etonnante dans l’identité du coupable et ses motivations, étonnante parce que rien ne laissait penser à cette chute. L’auteur n’égrène pas d’indices particuliers pour que le lecteur se félicite ou non d’avoir eu la bonne intuition, et c’est dommage. Le coupable semble effectivement tout droit sorti par magie du chapeau de la plume de l’auteur. L’élément crucial est amené par le druide, et son lien avec des éléments mystiques est intéressant, captivant et inattendu, même si peu intuitif pour un lecteur peu habitué à cette atmosphère. La résolution de l’affaire reste satisfaisante même si la fin abrupte coupe court à toutes nos interrogations.

Certains personnages, comme le druide, le barde ou la musicienne qui l’accompagne, constituent des personnalités prenantes, au charisme indéniable. Les passages durant lesquels le druide rend justice, ou discute lors d’une assemblée druidique, ceux où le barde chante, ou encore les pages qui nous dépeignent les notes pincées par la joueuse talentueuse, sont des moments empreints de poésie et de magie. L’auteur nous permet de nous évader en beauté, et de rêver, contrairement aux instants de batailles plus terre à terre, et moins ensorcelants.

En effet, certaines descriptions de batailles s’éternisent, mais combleront les lecteurs habitués. De plus, certaines phrases un peu lourdes, ou un peu trop longues, peuvent faire perdre le fil de la lecture aux lecteurs les moins concentrés, notamment quand celles-ci se parent de termes dont nous n’avons pas l’habitude. Comme son univers, l’auteur utilise des parlers au goût du passé, qui permettent au lecteur de se plonger plus facilement dans l’histoire. Même si certains passages peuvent s’avérer quelque peu pompeux par endroits, ils restent ancrés dans l’époque dépeinte. Les dialogues apparaissent riches, sonnent avec musicalité, font plaisir à nos oreilles bien qu’ils demandent de la concentration. Toutes les phrases ne sont pas fluides et certaines imposent un rythme éclectique.

Ni de méchants, ni de gentils dans ce récit. L’auteur nous dévoile des tranches de vies que l’on suit avec curiosité, certaines avec plus d’attachement que d’autres, notamment avec Donotalos, un homme aux multiples facettes, qui rêve de grandes batailles, ainsi qu’avec Artopennos, son protecteur aux exploits guerriers fabuleux, ou encore Lauenus, un jeune ambitieux à qui la vie sourira.

Un des conflits politiques majeurs dont il est fait question dans le roman, ne trouve pas de fin à proprement parler, et cela est quelque peu décevant, étant donné toute l’énergie mise en place pour nous l’expliquer. Les problèmes mis en lumière entre différents peuples celtes nous prennent en haleine, sans qu’une suite aussi passionnante ne soit donnée. Les dernières pages se concentrent sur une autre bataille, un combat imprévu, même s’il se doit d’être résolu. La vallée des Carnutes se poursuivra alors peut-être dans une suite tout aussi fascinante ?

Le roman s’avère une lecture captivante, bien que l’enquête ou le conflit politique majeur soient plus ou moins résolus rapidement, sans que le lecteur ne puisse accompagner les héros dans leurs entreprises ou leurs réflexions. Les liens évoqués avec les divinités celtes apportent une atmosphère mystique agréable, qui permettent au récit de s’inscrire dans une autre dimension et dans un passé aussi complexe que mystérieux.

Note : 14.5/20

Par Lildrille

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