La Malédiction d’Athéna – Alissa Brochard

Auteure : Alissa Brochard

Editeur : Books on Demand

Genre : Fantastique, Romance

Résumé :

Morgane, âgée de 17 ans, se réveille dans un passé antique et doit s’adapter à ce nouveau monde rempli de monstres mythiques. Mais la guerre est imminente : un ennemi de taille menace la civilisation. Sera-t-elle à la hauteur ?

Avis :

La malédiction d’Athéna, comme son titre l’indique, nous plonge dans un univers lié à la mythologie grecque. L’auteure souhaite nous faire redécouvrir les légendes que nous connaissons, comme celles qui restent souvent dans l’ombre. Un peu comme pour la saga des Percy Jackson de‎ Rick Riordan, ou celle d’Atalante de Anne-Sophie Silvestre, le roman s’adresse plutôt à des adolescents, qui sont déjà finalement lancés dans l’aventure même sans forcément le vouloir, notamment grâce aux études des textes d’Homère à l’école. La narratrice, elle-même très jeune, décrit ses aventures avec un langage assez familier, ce qui dénote par moment avec l’univers divin, plus droit et solennel, mais qui parlera davantage aux lecteurs visés. De plus, l’héroïne s’adresse parfois directement aux lecteurs, ce qui casse le rythme de certains passages sans ne rien véritablement apporter à l’histoire, si ce ne sont quelques rares esquisses de sourire.

Morgane, le personnage principal, possède un caractère fort qui ne laisse pas indifférent, même s’il donne l’impression d’être un peu cliché. En effet, ses camarades semblent la suivre sans se poser de questions, et la jeune fille rivalise d’audace et de courage pour sauver le monde, sans s’opposer à des difficultés infranchissables, même si difficiles. Des détails plus poussés sur ses pensées, ses interrogations et ses pérégrinations auraient été bienvenue, pour que l’on aperçoive toute la complexité des dilemmes qu’elle doit supporter, toute la lourdeur de la tâche de chef qu’on lui a imposé, toute la douleur causée par un passé flou, ou toute la nouveauté d’un monde qui ne lui est pas entièrement familier.

Morgane ne faiblit quasiment jamais et, même si cela s’explique en partie par sa génétique dans le roman, par son « cœur de pierre », et par le fait qu’elle soit une demi-déesse, les quelques moments de faiblesse décrits dans le récit manquent d’éléments sensibles pour nous marquer. Ils deviennent cependant plus intéressants sur la fin parce qu’ils s’enchaînent dramatiquement, mais ces passages faillissent au niveau de leur profondeur et ne se laissent pas le temps. L’histoire avance en effet très vite et, même si les doutes du personnage sont explicités, comme ses angoisses, ces phases auraient mérité plus de place. Morgane apparaît ainsi plutôt éloignée d’un personnage typiquement humain, ce qui met un peu de distance avec le lecteur. Lorsqu’elle reste une simple adolescente, avec des peurs, des besoins et des envies que l’on comprend, le personnage en devient plus attachant.

Les passages mettant en scène les Dieux constituent les parties les plus magiques, en termes de dialogues, actions et atmosphères mystiques. L’auteure réussit à nous émerveiller par l’intermédiaire de ses personnages divins qui peuplent le récit. Leur manière de parler, de se déplacer, de prendre de haut les autres personnages, ou de s’imposer donnent la nette impression que l’on est en présence de divinités peu communes et aux pouvoirs puissants. Ces moments prennent leur temps, s’installent calmement et permettent de mettre en valeur les Dieux de l’Olympe qui aideront ou non notre héroïne. Il est dommage que les passages avec Hadès soient trop courts pour apprécier l’ambigüité du personnage.

L’univers dépeint par l’auteure constitue le point fort de ce récit. Peuplé de toutes les créatures et gens magiques possibles, le lecteur se balade dans un univers féerique, où les légendes de la mythologie prennent littéralement vie. Les cyclopes, les pégases, les naïades, les nymphes, les dragons, les amazones… Morgane les rencontre tous et interagit avec eux, lors de scènes épiques, tragiques ou comiques. Ces rencontres s’enchaînent tout de même parfois rapidement et donnent parfois l’impression qu’elles n’ont été casées là que pour mettre en scène un fait mythologique précis, sans que cela ne soit toujours utile ou que cela soit toujours bien introduit. L’auteure crée également quelques inventions géniales, comme les pouvoirs des demi-dieux et leurs marques, ou celle où Hermès, le Dieu messager, transmet le courrier. Il est dommage que ces créations rafraîchissantes ne peuplent pas davantage l’histoire. Originales, drôles, elles apportent la pointe de nouveauté dont l’intrigue a pourtant besoin pour se différencier des autres récits similaires du genre.

La bataille finale a tout d’épique et amène de très belles scènes d’action. L’auteure décrit de longs combats de manière efficace, sans que cela n’ennuie et constitué de quelques rebondissements appropriés et bien placés. Les derniers chapitres nous happent complètement, notamment grâce à un ennemi charismatique et à la force surhumaine, qui n’hésite pas à nous montrer toute la puissance de ses multiples pouvoirs.

L’histoire est plutôt inégale, tant en rythme qu’en intérêt. La seconde partie semble l’emporter sur la première, qui constitue pourtant la mise en place d’un univers complexe et novateur. Le « premier » méchant, celui de la première partie de l’intrigue, se fait vite oublier, son manque de charisme et sa façon d’être clichée l’emportent sur ses actions pourtant malfaisantes. Le lecteur n’en apprend pas beaucoup sur lui, si ce n’est qu’il veut régner, ce qui manque quelque peu d’intérêt dans un univers littéraire où ce genre de personnages pullulent. De plus, Morgane part très vite à l’aventure, ce qui lui laisse peu de temps pour s’habituer à sa nouvelle condition de demi-déesse.

Les relations d’amitié entre Morgane, Ambre et Alexandre manquent de profondeur. On retrouve cependant cette intimité avec Dimitri, le quatrième personnage secondaire, notamment grâce à des dialogues intéressants où les deux protagonistes se dévoilent petit à petit, et discourent sur leur passé ou sur leurs souffrances respectives.

Par ailleurs, la narratrice raconte ses aventures par l’intermédiaire de son journal intime. L’utilisation de celui-ci n’apparaît pas comme très utile ou justifiée, et Morgane ne s’en sert pas vraiment, ce qui est dommage.

La malédiction d’Athéna offre une jolie histoire, que la présence des Dieux embellit. Tous les mystères sur l’origine du personnage principal ne se voient pas complètement résolus, ce qui permettra certainement à une suite de voir le jour. Morgane possède une personnalité particulière à laquelle on peut avoir du mal à s’attacher. Apparaissant sans faille, la jeune fille n’a pourtant pas la carrure imposante des Dieux ou la force d’un Titan. Bien qu’elle semble croire qu’elle n’en est pas capable, elle peut se montrer sensible et empathique quand les situations le demandent.

La malédiction d’Athéna enchantera sans aucun doute les jeunes publics avides d’aventures et de légendes.

Note : 13.5/20

Par Lildrille

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