L’Amie Mortelle

Titre Original : Deadly Friend

De : Wes Craven

Avec Matthew Laborteaux, Kristy Swanson, Michael Sharrett, Anne Twomey

Année: 1986

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

A quinze ans, Paul Conway est déjà un remarquable neurologue. Seul son Q.I. le distingue de ses camarades au collège de Welling. Son compagnon de jeu est BB, un robot qu’il a bricolé lui-même, doté d’une force et d’une intelligence exceptionnelles, mais qui parfois a des réactions inattendues. Paul tombe amoureux de sa belle voisine Samantha. Agressée par son père alcoolique, Samantha tombe dans un profond coma. C’est alors que Paul implante dans le cortex de Samantha le cerveau de BB. Il apprendra à ses dépens qu’on ne doit pas jouer avec sa voisine.

Avis:

Wes Craven est un réalisateur qui a une carrière assez étrange. En effet, il connait autant de succès que de navets dans sa filmographie, mais il a tellement œuvré pour le cinéma d’horreur que certaines personnes sont absolument fans du bonhomme. On peut le comprendre car Wes Craven était une personne adorable et qui avait un retour lucide sur certains de ses films, comme La Colline a des Yeux, ayant avoué à Alexandre Aja lors du remake que son film, l’original donc, n’était pas fameux et que le français ne pouvait que mieux faire (ce qui s’est avéré totalement vrai). Créateur de mythes incroyables comme Freddy Krueger avec Les Griffes de la Nuit, film culte de 1984 toujours aussi incisif aujourd’hui, Wes Craven laisse derrière lui un sacré panthéon comme Ghostface avec les Scream ou encore L’Emprise des Ténèbres et Le Sous-Sol de la Peur. Ici, on va s’arrêter un petit temps sur L’Amie Mortelle (Deadly Friend en VO), un film moins connu du réalisateur, qui arrive deux ans après sa révolution que fut Les Griffes de la Nuit, mais qui traite pourtant de sujets tout aussi intéressants, revisitant à sa manière le mythe de Frankenstein.

Ici, on va suivre Paul, un jeune homme de quinze ans qui a un Q.I. très élevé, puisqu’il s’amuse à créer des intelligences artificielles et qui fait des études sur le cerveau humain. Tombant amoureux de sa voisine, cette dernière va sombrer dans le coma suite aux coups de son père alcoolique et violent. Ne voulant pas laisser son amour mourir, il décide d’insérer dans le cerveau de Samantha, l’intelligence artificielle de Bibi, son robot, qui a été détruit par une voisine aimant un peu trop le fusil. Ce que n’avait pas prévu Paul, c’est que Samantha/Bibi se réveille, assoiffé(e) de vengeance. Rien qu’avec ce pitch, on voit très bien où veut en venir Wes Craven. Un amour perdu, un refus de perdre un être cher, la thématique autour de la créativité et du fait de se prendre pour Dieu, on retrouve toutes les thématiques de Mary Shelley et par extension de James Whale avec son sublime Frankenstein. Sauf que là, le cinéaste veut remettre ça au goût du jour, dans une société tout aussi violente, n’acceptant pas la différence, mais surtout ayant une propension à la violence gratuite. Là où on s’évertuait à dire que l’humain est finalement pire que le monstre, ici, Craven montre qu’au bout d’un moment, on paye tous de nos actes ignobles.

Avec ce film, Craven montre qu’il est capable de poser une ambiance et surtout de bien présenter ses personnages. Paul est un jeune homme qui est bien dans ses baskets et qui va se faire de nouveaux amis au sein de son quartier. S’il tombe rapidement sous le charme de Samantha, il ne pourra se défaire de Bibi et de son autre ami rencontré à son déménagement, Tom. Le quatuor va alors tisser des liens amicaux assez forts et l’on se surprendra à ressentir de l’émotion pour chacun d’eux, malgré des caractères bien différents. Le climax intervient lorsque Bibi se fait dézinguer à coups de fusil et lorsque Samantha chute dans les escaliers. L’univers de Paul se fissure alors et il va faire fusionner ses deux amis disparus en une seule et même personne. Cela intervient assez tardivement dans le métrage, puisque Wes Craven va prendre le temps de les présenter, de montrer leurs relations et donc d’appuyer un peu plus sur la blessure du héros principal. Ces scènes de vie sont aussi présentes pour montrer les futures victimes de Bibi, comme ce père alcoolique violent, cette voisine méchante et ce chef de gang qui veut faire du mal à Bibi et qui se fait ridiculiser. Un schéma narratif simple, téléphoné, mais qui a le mérite de mettre en place tous les personnages et de donner du sens à la vengeance.

Et c’est dans le dernier tiers que la mise en scène de Craven va se faire plus percutante. Tout d’abord assez plan-plan, malgré une scène gore qui n’est autre qu’un cauchemar, le cinéaste se lâche par la suite, lorsque Samantha/Bibi commence son carnage et démontre que la violence n’amène que la violence. Les scènes de carnage se suivent à un rythme régulier, léguant même quelques séquences cultes comme ce ballon de basket qui va faire exploser la tête de la méchante voisine. Une image d’Epinal à la fois drôle et grotesque, mais qui met en avant toute la puissance de ce robot vengeur. Une violence qui ira jusqu’à un combat entre Paul et Tom, ce dernier se mordant les doigts d’avoir été complice d’un tel acte et libérant finalement un ouragan destructeur. C’est ça qui est intéressant aussi, car lorsque le cauchemar se met en marche, Wes Craven n’oublie pas les relations humaines et les liens qui unissent les différents personnages. Le final sera d’ailleurs assez touchant, rejoignant le mythe de Frankenstein et la fatalité comme quoi l’être humain ne peut maîtriser la vie.

Cependant, malgré des fulgurances gorasses et des personnages travaillés et attachants, L’Amie Mortelle n’est pas exempt de défauts. Le premier qui vient à l’esprit est son manque d’ambiance horrifique. Le film manque de caractère et d’une atmosphère inquiétante. Le film ne fait pas peur et les élans gores sont plus risibles qu’autre chose. Cela peut être un peu décevant après un tel monument qu’est Les Griffes de la Nuit, mais force est de constater qu’il manque à L’Amie Mortelle une vraie identité visuelle et une ambiance plus délétère, plus brumeuse. L’autre problème va venir de l’actrice Kristy Swanson jouant la revenante, qui se révèle assez maladroite sur certains aspects, comme ses mouvements ou encore des rictus qui peuvent se voir. Difficile alors d’avoir peur quand on a du mal à prendre au sérieux l’interprétation du tueur. Ces quelques reproches n’entachent néanmoins en rien la qualité intrinsèque du film, mais on sent que le cinéaste pouvait tellement mieux faire.

Au final, L’Amie Mortelle est un bon film et il fait même partie des bons crus du réalisateur américain. Le papa de Freddy livre une revisite moderne de Frankenstein et il s’applique à rendre cela crédible au départ pour mieux impacter avec des scènes gores par la suite. Si le film est imparfait, il contient suffisamment de sérieux et d’envie de cinéma pour susciter une petit émotion à son visionnage. Peut-être pas un essentiel de Wes Craven, mais l’un de ses films les plus attachants et surprenants.

Note: 15/20

Par AqME

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