Interview Valérie Simon Auteure

Tout d’abord, bonjour et merci de bien vouloir dépenser de votre temps pour répondre à mes questions ! Je suis chroniqueuse sur le site lavisqteam.fr et adore les romans de fantasy.

J’ai lu votre tome 1 de Coup d’Etat et il a été une véritable révélation qui m’a fait vous découvrir.

Bonjour Chloé, et merci de votre enthousiasme pour mon roman Coup d’État. C’est un grand plaisir de répondre à vos questions, j’espère que mes réponses vous permettront de mieux cerner mes intentions et l’immense plaisir que j’ai eu à écrire cette histoire.

  • Comment êtes-vous parvenue à créer cet univers imaginaire complexe ? Par quels chemins de pensées êtes-vous passée ? Quelles ont été vos inspirations ?

Avant de m’atteler au projet de Coup d’État, j’ai écrit plusieurs romans qui racontaient des voyages, et donc avaient, par une structure inhérente, un aspect linéaire. Mes personnages partaient généralement d’un point A pour arriver à un point B. Pour Coup d’État, je voulais changer ça. Je voulais un roman posé géographiquement, à plusieurs voix. J’avais envie de points de vue multiples. De me lancer dans l’écriture de plusieurs histoires et de les tresser entre elles. J’ai trouvé cette démarche passionnante.

  • Combien de temps cela vous a-t-il pris pour la création de l’univers et des personnages ?

C’est une question qu’on me demande souvent, quantifier ce temps passé à… C’est une question difficile, à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse. Avant un moment d’écriture, je me laisse toujours envahir par mon futur roman. C’est un moment étrange, où ce roman n’a aucune existence, et pourtant, il est là, dans mon esprit, dans une espèce de zone nébuleuse, presqu’un rêve. À ce moment-là, il vit déjà avec moi, il fait partie de ma vie. Pour lui, j’accumule des idées, des sensations, je suis attentive à tout ce qui pourrait le nourrir. C’est un moment qui peut être plus ou moins long, mais qui dure au moins plusieurs semaines, voire plusieurs mois. C’est également un moment qui arrive (s’impose ?) alors que je suis en train d’écrire un autre roman. Une vie parallèle, en somme. Enfin, c’est un moment qui prend une texture au fur et à mesure, parce que je rassemble des idées, des notes, des croquis, des images… Je constitue un dossier qui alimentera ma création. Donc, de façon pragmatique, c’est difficile de définir une durée de création. De manière générale, un roman a besoin de 1 à 2 ans de travail, répartie entre cette maturation d’idée, et l’écriture en elle-même. Je ne compte pas dans ce laps de temps le travail avec l’éditeur : corrections, lecture des épreuves d’imprimerie…

  • Combien de tomes comptez-vous faire pour votre série Coup d’Etat ?

« La reine des esprits » est prévu en 2 tomes. Coup d’État, le tome 1, et Les Seigneures de guerre, qui sera le tome 2.

  • Quel est votre personnage préféré et pourquoi ?

Mon personnage préféré est… mon héroïne. C’est pour elle que j’écris ce roman. Je la souhaite complexe, évolutive, pleine de paradoxes, à la fois naïve et très dure, humaine, en somme.

  • D’où vont sont venues vos inspirations pour les créatures de votre roman ? Les vaisseaux « vivants » me rappellent des romans de science-fantasy.

Difficile de parler de « UNE » seule inspiration. Je pense que ce qu’on écrit est toujours la somme de ce que nous avons vécu, lu, vu. Je lis énormément. Après, par goût personnel, j’aime bien tout ce qui nous relie, nous, les Hommes, à la nature, à la biologie, à l’organique. Je suis fascinée par la bio-science, par les capacités animales, végétales. Je suis également très intéressée par le monde reptilien. Je pense que, très logiquement, il était normal que tous ces intérêts se rencontrent.

  • Les femmes tiennent une belle place dans votre roman. Aviez-vous un message à passer à propos de la place des femmes en politique ? A propos de la place des femmes tout court ?

Oh, ce qui m’intéresse, c’est surtout d’écrire des histoires. Si je voulais à tout prix faire passer des messages, je ne me contenterais pas d’écrire, je créerais une association ou un parti politique, j’aurais une vie militante. Ce qui ne veut pas dire que je ne regarde pas ce qui se passe autour de nous… Que ce soit en politique ou, de manière plus générale, dans la vie quotidienne, tout simplement, il y a encore beaucoup de choses à faire pour améliorer la place (le sort ?) des femmes. Une phrase de Marie Darrieussecq m’a toujours marquée : “Les petites filles savent tôt que le monde ne leur appartient pas.” (dans Être ici est une splendeur). C’est une phrase qui ne me quitte pas.

  • Pensez-vous qu’un ordre tel que celui des Denaia puisse avoir sa place dans une société telle que la nôtre ?

Êtes-vous si sûre que ça qu’un tel ordre n’existe pas ? Que se passerait-il si on oubliait que le Denaia est un ordre de femmes dans un univers de fantasy ? Dans notre monde actuel, n’y a-t-il aucune organisation (politique ou religieuse), n’y a-t-il aucun ordre plus ou moins mystique, de quelque rang que ce soit, qui lui ressemble au moins un petit peu ? Une organisation qui cherche par ses actes à manipuler les autres ? Que pensez-vous des états dirigeant leurs pays, du Vatican, des innombrables sociétés secrètes, de la presse ? Il est vrai que ces organisations sont moins effrayantes parce qu’elles ne sont pas uniquement régis par des femmes (ceci est une phrase ironique et/ou caustique)…

  • Vouliez-vous faire un lien direct entre le mythe des sorcières et les femmes du Denaia ? Il est finalement triste de constater que, même dans un univers imaginaire, les femmes de pouvoir ne sont pas très appréciées, comme chez nous aujourd’hui.

Dans l’univers que j’ai créé, les femmes de pouvoir ont une image paradoxale. On les convoite, pourtant elles ne sont ni très appréciées ni très respectées, car elles évoluent dans un monde patriarcal. Considérées comme des objets de plaisir, elles doivent ruser pour s’imposer. Elles sont forcées d’user et abuser de la faiblesse des autres. Pour cela, elles doivent être attirantes. Malgré cela, elles font peur, parce qu’elles sont dures et intransigeantes, et qu’elles savent jouer des points faibles de leurs adversaires. Cette parfaite connaissance de l’autre en fait, effectivement, leur colle une image de sorcières, tout comme ces femmes du Moyen-âge qui connaissaient les plantes qui soignent et réalisaient parfois des miracles. Depuis la nuit des temps, l’Homme a peur de ce qu’il ne connait pas.

  • [SPOILER] Les pouvoirs d’Alia n’apparaissent pas particulièrement utiles à l’histoire étant donné que la jeune princesse ne souhaite pas s’en servir. Auront-ils de l’importance à l’avenir ? De plus, le titre de ce roman semble lié à ce pouvoir dont l’héroïne ne se sert pas. Pourquoi ce choix ? Ce titre cache-t-il autre chose ?

Ha ha ha, no spoiler !

Bon, ce que je peux dire, sans trop vendre la mèche, c’est qu’Alia répugne à utiliser son pouvoir secret parce que pour elle c’est une malédiction : elle en est à chaque fois malade, physiquement malade. Et puis, entre nous, ce don n’est pas particulièrement amusant. Il est au contraire effrayant. À part lui compliquer l’existence, à quoi sert-il ? Mais cela changera peut-être si elle arrive à l’apprivoiser…

  • [SPOILER] Les scènes avec Javis montrent un personnage intéressant au caractère bien trempé, et pas si différent de celui d’Alia. Ne joue-t-il finalement pas le rôle du « bad boy » dans un probable triangle amoureux composé d’Alia et de son protecteur ?

J’aime beaucoup ces personnages de bad boys, qui tiennent la dragée haute aux princesses un peu égocentriques… Bon, allez, encore un tout petit spoiler : et si côtoyer un « bad boy » était une façon de compléter un apprentissage ?

Alia a passé son enfance à apprendre à être « parfaite », à nier tous ses sentiments et toute son humanité. Sera-t-elle une bonne reine, soucieuse du bien de son peuple, en étant aussi froide, aussi dure ? Ne serait-il pas judicieux qu’elle retrouve un équilibre plus humain ? Or, qui sera le meilleur professeur : un courtisan qui lui est tout dévoué, au point d’accepter sans discuter tous ses caprices, ou quelqu’un qui a ses propres valeurs, et refusera d’agir si on lui demande quelque chose allant à l’encontre de ses convictions ? Javis est un survivant. Il n’a aucune envie de sacrifice. S’il aime l’adrénaline, c’est parce qu’il aime la vie. Il est libre de tout. Si Alia peut parfois être considérée comme une machine, de par son éducation, Bucko Javis représente l’importance de l’humain, l’importance du libre arbitre, de la liberté. Tous les deux ont des tas de choses à apprendre l’un de l’autre.

  • [SPOILER] Ce dernier est d’ailleurs un tantinet agaçant tant il est respectueux des règles ou parce qu’il prend les allures du parfait chevalier servant. Prévoyez-vous une évolution dans son comportement, notamment concernant sa vision d’Alia ?

Tous les personnages évoluent au fur et à mesure de l’histoire, comme dans la vraie vie, qui nous forge, et nous rend sensiblement différent au fur et à mesure que nous grandissons, vieillissons. Malgré cela, il ne faut pas oublier que Meker, en tant qu’aristocrate de Noble Naissance et en tant que soldat, a lui aussi été éduqué. C’est un officier saymo. Il a appris à obéir et à se faire obéir. Il est dévoué à Alia pour deux raisons : la première, parce que c’est son rôle, il est son garde du corps, avec abnégation et notion de sacrifice comme n’importe quel garde du corps ; la seconde, parce qu’il est amoureux depuis son enfance. Le pauvre, il est tiraillé entre ces deux notions. Un peu de pitié pour ce brave, ce n’est pas facile à vivre…

  • Alia subit une belle évolution dans ce roman. Son caractère rebelle et sa recherche d’elle-même sont des passages prenants qui font réfléchir. Selon vous, notre éducation nous forge-t-elle ou est-il possible et simple de s’en émanciper ? Si oui, comment ?

Dans mon roman, l’éducation forge les personnages. Cette éducation est présentée comme la panacée, parce qu’elle est censée rendre plus fort. Elle élève les femmes et les hommes au-dessus de leur condition « animale », mais la frontière est mince entre éducation et endoctrinement. Lorsque le fanatisme s’en mêle, l’éducation occulte ce qui fait l’humanité d’un être. Dans l’empire des Rauthans, les sentiments sont présentés comme des défauts à combattre, alors qu’en réalité ils sont la spécificité humaine. Au fur et à mesure que chaque personnage s’acharne à être parfait, puissant, froid, calculateur, maître de ses émotions, il tombe dans des travers qui dirigent (paradoxalement) sa vie. Brusquement, il est confronté à des sensations qu’il cherche juste à nier : l’amour, la haine, le désir, la vengeance. « La reine des esprits » est l’histoire d’une prise de conscience, et, peut-être, de l’acceptation de cette humanité. C’est aussi une recherche de liberté.

  • Cette transition et ses réflexions sont-elles des questionnements inspirés de faits personnels ? Est-ce une image poétique de la crise d’adolescence ou de celle de la crise de la quarantaine ?

Bah, je crois que ce qu’on appelle des crises ne sont, en fin de compte, que des prises de conscience, pleines de regrets et de peurs… Il y a des certitudes, et puis, soudain, quelque chose d’effrayant arrive : un changement. J’aime bien raconter ces changements, lorsqu’un personnage est en équilibre sur un fil.

  • [SPOILER] Pourquoi avoir choisi de dévoiler l’identité du traître plutôt que de la révéler à la toute fin et garder ainsi un suspense palpable ?

Je n’ai pas cherché à créer un univers manichéen. Ce qui m’intéresse, c’est la nature humaine, qui oscille tout le temps entre le bien et le mal. Dans une guerre, on est toujours le méchant de quelqu’un même si, à nos yeux, ce sont toujours les autres, les ennemis. Comme Alia est mon héroïne principale, j’ai une tendresse supplémentaire pour elle, et je suis ravie qu’on s’identifie à elle au cours du récit, mais je tiens aussi à suivre le destin de ceux qui se proclament ses ennemis, et qui ont leurs propres raisons. Révéler l’identité du traître n’empêche pas un futur suspense. L’histoire n’est pas dans cette traîtrise. Elle est beaucoup plus complexe que ça. En réalité, La Reine des Esprits est une quête d’humanité.

  • [SPOILER] Pourquoi avoir ajouté un chapitre centré sur le traître ? N’aviez-vous pas peur de tomber dans les clichés des « méchants » qui révèlent leur plan aux lecteurs/spectateurs ?

Mon récit s’articule de façon à ce que chaque chapitre fasse avancer l’histoire. Chaque personnage apporte son lot d’informations, ses propres motivations. Cette multiplicité de voix permet à l’histoire d’évoluer dans un univers foisonnant et intéressant. « Coup d’état » est comme un prisme. Chaque fois qu’on regarde une facette, on découvre quelque chose. De toute façon, que le traître révèle ou non ses plans, il est bien connu que les plans ne fonctionnent pas toujours parfaitement…

  • Vous avez écrit selon le point de vue de plusieurs narrateurs. Quel a été le plus simple pour vous : s’imaginer dans les pensées d’hommes ou de femmes ?

Je crois que la vraie notion d’égalité, c’est de ne pas se poser ce genre de question. J’ai réfléchi en être humain. Je ne crois pas que les pensées des hommes soient différentes de celles des femmes. Je peux tout aussi bien raconter une histoire avec un personnage central masculin ou féminin. Si je choisis souvent comme protagoniste principal une femme, c’est parce que j’ai des choses à raconter en tant que femme, mais j’ai aussi travaillé avec des personnages « hommes » comme par exemple Jim et Duncan sur la planète Mysteria, dans « La captive des hommes de bronze » #éditions de l’Archipel, ou dans plusieurs des nouvelles parues dans mon recueil « Cœur à corps » #Bragelonne. C’est le privilège de l’écrivain, que de pouvoir vivre plusieurs vies.   

  • Votre écriture est poétique et magnifique. L’écriture est-elle une passion qui vous a pris il y a longtemps ? Avez-vous fait des études dans ce sens ?

Oh, merci, cela me fait très plaisir, que vous trouviez mon écriture poétique et magnifique ! J’ai toujours lu, puis, très vite, j’ai écrit. Très tôt, en fait, dès l’âge de neuf ou dix ans. J’écrivais des histoires telles que j’aurai voulu les lire. C’était quelque chose d’évident et de nécessaire, que je considérai pourtant comme un simple loisir. J’ai mis très longtemps à m’envisager comme romancière professionnelle. J’ai toujours eu beaucoup d’humilité face aux écrivains, les autres, les « vrais ». Moi, je suis une raconteuse d’histoires. Je n’ai pas fait d’études littéraires, et encore moins d’études sur l’écriture. Je suis plasticienne de formation (Beaux-Arts), j’ai également un diplôme de communication audio-visuelle qui m’a poussée vers le cinéma, la critique, la mythologie américaine, tout ça. Je crois voir une approche très visuelle de l’écriture.

  • Votre univers est à la fois poétique et violent, dans lequel vos personnages souffrent. Y-a-t-il eu des passages difficiles à écrire pour vous ? Selon vous, la violence est-elle nécessaire pour faire passer certains messages dans les romans ?

Nous sommes dans une ambiance médiévale, avec des complots, des assassinats, une lutte acharnée pour le pouvoir, et des armes qui tranchent, débitent en morceaux. Presque tous mes personnages cherchent à dominer, il me semble que cela ne peut se faire que dans la violence. Maintenant, sincèrement, je crois qu’il est plus facile d’écrire des scènes violentes que de les lire. Lorsqu’on lit, il y a un phénomène d’identification avec les personnages, il peut être très difficile de s’immerger dans une scène violente. C’est d’ailleurs bon signe, pour l’écrivain, que cela arrive ! Cela veut dire que le personnage est crédible, que le lecteur partage son sort.

  • Comment faites-vous pour écrire une aventure : faites-vous un plan détaillé à l’avance ou écrivez-vous de manière plus instinctive, impulsive ?

D’abord, je m’imbibe de mon récit. Je le laisse vivre en moi, quelque part dans mon cerveau, sans y penser vraiment, pour qu’il puisse grandir et s’étoffer. Lorsque je me sens prête, je travaille d’abord le résumé (un synopsis), que je découpe de façon précise en un plan avec des actions spécifiques, des descriptions d’univers, et toutes les idées que je veux exprimer. À partir de là, lorsque ce déroulé me satisfait, je m’attaque à un découpage encore plus précis, en gros, chapitre par chapitre. En parallèle, je travaille mes personnages, je cherche des visuels pour les caractériser, j’envisage des paysages, des vêtements, des coiffures. Puis je commence l’écriture, et là, je laisse parler mon instinct, dans un cadre calibré. Mon plan, c’est mon ossature, une façon d’avoir des rails qui me guident, qui m’immergent dans mon histoire, m’empêchent de m’en éloigner, de me perdre dans un autre roman. Pendant toute l’écriture, j’ai des images en tête, que je décris le plus minutieusement possible. Mon roman, c’est comme un film.

  • Que pouvez-vous nous dire de vos autres livres ? Ont-ils un rapport avec la série Coup d’Etat ?

J’imagine que ma façon d’écrire est la même. J’imagine aussi que mes héroïnes ont des traits communs, car elles me permettent d’aborder des thèmes qui me tiennent à cœur. « Coup d’État », cependant, est mon premier roman à voix plurielles. J’en avais quelques prémices dans mes autres romans, car je faisais parfois intervenir, dans l’un ou l’autre chapitre, un personnage secondaire, mais je ne l’ai jamais de façon aussi systématique que dans Coup d’État. Sinon, j’aborde des sujets un peu différents dans les nouvelles, qui, sous couvert de fantastique, parlent beaucoup de bestialité, d’amour, de monstres, de vengeance. J’aime travailler sur cette interrogation : l’homme est-il une bête, la bête peut-elle être humaine ? Vous trouverez mes nouvelles dans le recueil Cœur à corps, édité par Bragelonne, et par-ci par-là, dans différentes anthologies (par exemple Dimension Western 1, #Rivière Blanche). Côté roman, je m’interroge beaucoup sur la colonisation, tout en proposant un récit plein d’aventures épiques, dans La Captive des Hommes de Bronze, #L’Archipel. Mes autres romans ne sont plus disponibles actuellement.

  • Je me suis moi-même plongée dans l’aventure périlleuse de l’écriture d’un roman. Quels seraient vos conseils pour de jeunes auteurs avides de réussir ?

Tout dépend d’abord que ce que vous entendez par « réussir ». Est-ce réussir à écrire ce roman, à le finir ? Est-ce réussir socialement, sous-entendu gagner de l’argent ? Ou, plus prosaïquement, être édité ? Il est important de savoir pourquoi on écrit.

Je conseille aux personnes qui veulent écrire de d’abord beaucoup lire. Puis, ma foi, si l’envie est là, de ne pas hésiter : il faut écrire. Et savoir, dès le départ, qu’écrire est long, très long, que c’est un travail de fourmi, passer et repasser dix fois au même endroit, pour chercher la formule juste, le mot adéquat, la phrase parfaite en bouche. Et aussi avoir de l’humilité. Écrire, c’est comme gravir une marche dans un escalier immense. Après la première, il y en a encore beaucoup d’autres qui suivent.

  • Est-il toujours possible, aujourd’hui, de vivre de sa passion pour l’écriture ?

Je pense que vivre de l’écriture, c’est pareil aujourd’hui qu’avant. Vivre de l’écriture, ça suppose vendre ses écrits. Le livre est un objet. Je sais qu’en France on n’aime pas parler ainsi, parce qu’il y a ce mythe de l’auteur inspiré, qui fait de l’Art, et que l’art soi-disant ne se marchande pas (enfin, on le dit surtout pour les livres, parce que pour la peinture ou le cinéma, personne ne trouve rien à redire, que ça fait gagner de l’argent…), mais il faut être lucide, un livre est un objet qui se vend. Il y a beaucoup de livres, et peu de bestsellers. L’écrivain qui vit dans un château, écrit un peu le matin, et se baigne dans sa piscine l’après-midi, c’est une image qui existe surtout dans les films comme Basic Instinct ! La réalité n’est pas aussi idyllique. Bref, écrire est un métier comme un autre, qui suppose vraiment beaucoup de travail, pour lequel on n’est pas payé à l’heure, ni même au feuillet. Il n’y a pas d’assurance chômage, et à peine d’autres prestations sociales (à supposer qu’on gagne assez pour les revendiquer). Je compare souvent le fait d’écrire au métier d’acteur. Il y a beaucoup d’acteurs, mais très peu gagnent vraiment bien leur vie.

  • Pourquoi le genre de l’imaginaire est-il un genre qui vous plaît ? Le thème de la politique est plutôt un thème terre à terre, que l’on n’a pas l’habitude de voir associé aussi solidement à ce genre.

J’ai toujours aimé les contes et les légendes, et toutes ces histoires qui côtoient le surnaturel. C’est peut-être parce que je viens d’Alsace. Là-bas, il n’y a pas un bois sans une hutte de sorcière, sans un rocher du diable, sans un saut-du-loup, et tous les châteaux ont leur dame blanche…  

  • Pensez-vous que la littérature française de l’imaginaire rivalise avec celles des autres pays ?

Oui, bien sûr. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas.

  • Comment expliquez-vous que le genre de l’imaginaire soit encore considéré par beaucoup comme une catégorie peu qualifiée et peu recommandable, malgré un grand nombre de lecteurs et des romans aussi complexes qu’épiques ?

Je ne sais pas. Il y a cette image de littérature de gare, donc une présupposée absence de qualité littéraire, ou alors, au contraire, celle d’une littérature trop exigeante, trop intellectuelle, qui utilise des codes peu accessibles aux non-initiés. J’entends souvent dire, de la part de lecteurs qui ne veulent pas s’y plonger : je me perds dans les noms, il n’y a rien de réaliste, je ne comprends pas.

  • Quels sont vos romans et auteurs favoris ?

J’aime beaucoup lire Sandrine Collette, Pierre Pevel, Mélanie Fazi, Adrien Thomas, Antonin Varenne, Jean-Christophe Grangé, David Gemmel, Stephen King…  Je ne lis pas que de l’imaginaire, je lis de tout, pourvu que j’en aie l’envie.

  • Comment en êtes-vous arrivée à vous faire publier par actuSF ? Pourquoi le choix de cette édition ?

Je connaissais Jérôme Vincent, que je croise souvent dans les salons ou dans les évènementiels liés à l’imaginaire. Pour moi, ActuSF est une figure incontournable de l’imaginaire en France, avec une image dynamique et sympathique. Et qui proposent de très belles couvertures. Ça me plait.

  • [SPOILER] Pouvez-vous rapidement, si possible, expliquer ce qu’est l’endroit où a atterri Alia à la toute fin du roman ?

Alia est en prison. Une très vilaine prison. Où règne une sorte de monstre de garde, une créature abominable, qu’on appelle la Ktuul. Mais chut, pas de spoilers.

Je vous remercie encore pour votre temps et vos réponses captivantes. J’ai hâte de lire le prochain tome de Coup d’Etat et de suivre les aventures d’Alia.

Bon courage dans l’écriture de vos prochaines œuvres !

Propos Recueillis par Lildrille

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