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Dévoreur – Stefan Platteau

Auteur : Stefan Platteau

Editeur : J’ai Lu

Genre : Fantasy

Résumé :

Sommes-nous les jouets des astres ? Qu’est-ce que ces choses lointaines éveillent en nous, qui nous anime et nous pousse à agir d’une façon qui nous étonne nous-mêmes ? Au-dessus de la demeure de Vidal, l’éleveur d’ânes, une planète brille trop fort ; le comportement de cet homme paisible s’en ressent. Son amie Aube assiste, impuissante, à sa transformation. Parviendra-t-elle à l’arracher à cette influence néfaste, ou faudra-t-il attendre l’aide de Peyr Romo, le magicien des Monts de Soufre ? Dans la vallée de Pélagis, de vieux instincts s’éveillent, prêts à dévorer toute humanité dans le cœur des êtres… Une plongée dans l’âme d’un monstre, dans l’univers des Sentiers des Astres.

Avis :

Ce livre est divisé en deux parties qui sont en fait deux nouvelles : Le Roi cornu et le Dévoreur. Ces deux récits se déroulent dans l’univers d’une saga de l’auteur intitulée Le sentier des astres et en constituent non pas vraiment une préquelle mais plutôt une mine d’informations essentielle pour les fans, comme tout ce que l’on peut voir sortir sur l’univers du Trône de Fer de George R. R. Martin (atlas, encyclopédies, etc.). Il n’est pas gênant de lire ces histoires sans rien connaître du sentier des astres même si cela est quand même préférable pour mieux apprécier ces aventures.

Les deux nouvelles nous font découvrir un univers d’héroic-fantasy où la religion est primordiale. La religion imaginée par l’auteur est complexe. La fin de l’ouvrage décrit d’ailleurs, sous forme de liste, les différentes divinités, leurs particularités et les moments où les mortels les invoquent. Ces divinités sont visibles par les humains sous la forme d’étoiles qui scintillent plus ou moins fort selon l’influence et la puissance qu’elles veulent faire tomber sur les planètes. Cette omniprésence de puissance stellaire apporte une part de poésie non négligeable tant dans l’écriture que le contenu des deux histoires qui tourne constamment autour. On a la sensation de lire des contes ou légendes d’autrefois où les héros doivent affronter des monstres qui les dépassent, qui les combattent malgré tout et qui les battent non sans avoir perdu au préalable une partie d’eux-mêmes. Nous sommes en présence de deux récits épiques, au sens littéral du terme, aux messages captivants qui s’avèrent réellement utiles pour des lecteurs du sentier des astres.

La première histoire est la plus courte. Elle met en scène un personnage que l’on estime d’abord brutal et bourrin, mais qui finit par nous apparaître comme plus subtil. Leth détient le pouvoir et veut le meilleur pour son peuple. Tel un Ulysse qui essaie de rentrer chez lui, Leth et quelques-uns de ses camarades vont devoir réussir plusieurs épreuves pour avoir la chance de poser les pieds sur une terre inhabitée et hospitalière pour les leurs. Un récit initiatique, à l’enjeu majeur, qui marque les esprits grâce à des personnages prenants et très différents, chacun représentant un type de personnalité bien défini.

Leth, roi des Firwane, est déterminé et prêt à tout pour la survie des siens, il est aussi celui qui combat ; Auronûen, est un bramynn (homme religieux) savant qui n’est pas aussi sage qu’il n’y paraît ; Sithandi, une barde inquiète et prudente et Morkhan, la Sorcière du matin qui va donner du fil à retordre au groupe des trois protagonistes précédemment cité. Son charisme et sa manière de parler plutôt énigmatique font d’elle une femme mystérieuse, magicienne qui nous fascine. L’histoire est prenante, assez noire, bien écrite et bien rythmée. L’univers est magique à souhait, très imagé et nous fait rêver comme il nous horrifie. Les narvals de la couverture sur lesquels vont voyager nos héros, créatures incroyables et féeriques, apportent une touche joyeuse à l’atmosphère étouffante et sombre de la nouvelle. La fin est belle et clôt d’une touchante façon cette épopée qui émouvra les lecteurs avertis et connaisseurs de l’auteur et de ses écrits.

La seconde histoire est plus longue et bien moins rythmée, notamment pour la partie concernant Peyr qui s’éternise beaucoup trop. On suit les aventures d’un couple, Aube et Peyr, voisin d’une créature surnaturelle, monstrueuse, auparavant humaine qui s’est laissée influencée par la puissance néfaste du Dévoreur, une des puissances stellaires. Le début du récit est intéressant : il nous fait vivre avec Aube, une femme honnête, droite et liée à un magicien puissant. Elle sait aussi user de quelques sortilèges et nous en fait la belle démonstration. L’usage de la magie est original dans ce récit. L’auteur a inventé un système unique en son genre plutôt bien trouvé et crédible. La curiosité de Aube et son désir impérieux d’aider son ami Vidal nous fait frissonner à de multiples reprises. On souffre avec elle quand elle se rend compte qu’elle n’est pas de taille à lutter et qu’elle doit laisser son compagnon aller combattre le monstre pour sauver ses propres enfants. Elle aura tout essayé et son courage est admirable.

Le monstre en question, telles les créatures stupides que l’on a l’habitude de croiser dans nos comptines, kidnappe les enfants pour les dévorer et se réfugie dans un ancien château pour plus de tranquillité. Il est pourtant plus intelligent mais animé par une faim qui lui fera perdre ses moyens. On a du mal à le prendre au sérieux et à le considérer comme une réelle menace, malgré tout ce qui est fait pour nous le faire voir comme un monstre terrible et affreusement puissant. Le fait qu’il ressemble à des créatures de contes et légendes qui dévorent des enfants nous renvoient à des monstres très caricaturaux que les héros terrassent souvent avec facilité. Le combat final sera étonnamment grandiose, faisant appel à des pouvoirs divins stellaires impressionnants. On assiste à une vraie démonstration des pouvoirs du magicien qui s’avèrent surpuissants quand on sait les utiliser et choisir les influences bienfaisantes des cieux.

Le voyage de Peyr à travers le château pour retrouver la créature devient rapidement long et ennuyeux à force de détails, de longueurs et de passages inintéressants pour l’intrigue principale. Il est dommage que ce chapitre gâche l’histoire étant donné la force des premières pages avec une Aube audacieuse et forte, qui laisse sa place à un Peyr plus froid et pragmatique. Les explications sur les légendes inhérentes à l’histoire, ou celles concernant la magie sont intéressantes et apportent un plus non négligeable. Le chapitre sur Vidal, reprenant le point de vue du monstre, apparaît inutile et nous montre davantage la stupidité de la créature alors que cela n’était pas nécessaire. Cette insistance affecte la crédibilité du dévoreur d’enfants dont la disparition ne nous fait finalement pas grand-chose, ce qui est bien dommage quand l’on sait qu’il était auparavant un humain agréable, affaibli par un passé douloureux et en manque de confiance.

La fin de l’histoire rehausse cette aventure en y ajoutant un côté historique et savant à travers une lettre écrite par Peyr : cette aventure aura servi à Peyr à mieux comprendre l’influence des astres et leurs effets sur les Hommes. Cet enjeu d’importance pour l’univers religieux et magique clôt cette nouvelle de la meilleure façon qui soit.

Note : 15,5/20

Par Lildrille

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