décembre 4, 2021

La Règle de Quatre – Ian Caldwell et Dustin Thomason

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Auteurs: Ian Caldwell et Dustin Thomason

Editeur: Michel Lafon

Genre: Thriller

Résumé :

Depuis 1499, des savants tentent de décoder un chef-d’œuvre de la Renaissance, Le Songe de Poliphile. Ecrit en cinq langues, orné de gravures érotiques et violentes, ce texte a résisté à tous les assauts, brisé des destins, des amitiés et des vies. Pourtant, deux étudiants de Princeton osent s’y mesurer et, au fil de messages cachés, découvrent l’histoire d’un prince du Quattrocento et l’existence d’une crypte secrète qui recèle des trésors inouïs. Ils croyaient échapper à la malédiction de cette énigme. Mais pour la défendre, certains sont prêts à mourir, et à tuer.

Avis :

Les livres rares contenant des énigmes ou une histoire digne des plus grandes légendes attisent non seulement les chercheurs de haut rang, mais aussi les écrivains avec un matériau de base qui peut retracer à peu près tout et n’importe quoi. L’on pense au manuscrit de Voynich ou les évangiles gnostiques pour ne citer qu’eux. Pour leur premier roman, le duo Caldwell/Thomason tente une incursion dans le thriller ésotérique avec La règle de quatre qui concentre son intrigue sur l’Hypnerotomachia Poliphili ou Le songe de Poliphile, un ouvrage datant de la Renaissance (1467 pour être précis) recélant de bien curieux mystères. Les auteurs parviendront-ils à dévoiler une part de la vérité via une histoire passionnante ?

Les critiques semblent pour le moins positives à son encontre : « Une intrigue foudroyante, un texte brillant aussi palpitant qu’enrichissant. » « Si Scott Fitzgerald, Umberto Eco et Dan Brown s’étaient réunis le temps d’un roman… » « Un best-seller phénoménal… » Autrement dit, on n’a aucun doute de remettre en cause ses éloges. Seulement, les 100 premières pages (pour ne pas dire l’ensemble du livre) font retomber le soufflé de la plus cruelle des manières. De l’espoir, de l’attente et des promesses qui ne seront que très partiellement tenues. La règle de quatre, c’est un peu la plus grosse farce qu’il m’ait été donné de lire, l’une des plus grandes déconvenues au vu du potentiel initial et de l’encensement quasi unanime.

Avancé comme un ouvrage semi-autobiographique, La règle de quatre est avant tout le quotidien banal d’une bande d’étudiants au sein de l’université de Princeton. Soirées de beuveries, conneries à la pelle et flirts se succèdent dans une ambiance très studieuse (restons un minimum sérieux). Jugez par vous-même : le vol d’une cloche, la participation aux Jeux olympiques nus, bizutages et autres imbécillités de fils à papa en mal de reconnaissances. Interruption de lecture. Vérification de la couverture. Le livre aurait-il été victime d’un échange avec un roman à trois francs six sous ? Apparemment pas, pas d’erreur de ma part. Alors, poursuivons…

Outre cet ennui latent qui pointe à chaque page, on déplore une progression complètement atone et statique. Entre d’interminables dialogues et des intermèdes pompeux, l’Hypnerotomachia Poliphili occupe à la fois le devant de la scène et se relègue au second plan lorsqu’il s’agit de décrire le quotidien universitaire. Si ce n’est pas paradoxal ! Certes, il est l’unique centre d’intérêt de l’intrigue, mais subit un développement brinquebalant et mal conçu sur la forme. Les explications didactiques sont légion à tel point qu’on croit parcourir un manuel d’histoire. Aucune atmosphère, aucune vie ne découle du récit. Le suspense n’existe pas. La structure narrative n’est qu’un navrant plan élaboré.

Le peu d’action que les pages contiennent est mis au hasard sans une réelle cohérence. Vite expédiées et vite oubliées, ces séquences ne marquent même pas les personnages étant donné qu’ils poursuivent inlassablement leurs travaux d’investigation. Un mort défenestré ? Pas de problème, la police gère l’affaire. Une entrée nocturne dans un musée ? On a les autorisations ! Une tentative de plagiat et de meurtre ? Nous sommes innocents ! La vérité éclatera ! En effet, pourquoi se faire du souci pour si peu ? Les réactions oscillent entre le débile, l’inattendu et l’incongru. Il en découle un manque de crédibilité à peine risible.

Protagonistes qui, au demeurant, paraissent issus d’un slasher bas de gamme. Malgré leur intelligence, ils ne sont nullement attachants. Comme si le campus était un microcosme, ils sont en marge de la réalité et, par conséquent, ne nous interpellent pas. Mais surtout, ce sont leurs comportements précités qui finiront d’achever cet ersatz de caricatures ambulantes. On a l’impression que les auteurs (et leurs personnages) nous prennent du haut avec un égocentrisme des plus détestables. Pour enfoncer le clou, l’emploi de la première personne du singulier écarte toute implication de la part du lecteur. En gros, touchez avec les yeux le mystère qu’on vous fait l’honneur de divulguer.

Le seul atout du livre est de délivrer un jeu d’énigmes plausible et immersif sur Le songe de Poliphile. De ce côté, les recherches sont assez denses, complètes et suscitent la curiosité. En mélangeant savamment les ingrédients de la réalité et la fiction, les auteurs entretiennent le doute et proposent une théorie intéressante, mais qui aura tendance à se perdre sur le plan narratif dans les affres de l’histoire. Pour ceux qui souhaiteraient démêler la part de vérité du mensonge, La règle des quatre décryptée (Jocelyn Godwin) permet un éclairage approfondi. Une démarche similaire aux ouvrages du même registre succédant à chaque sortie de Dan Brown.

Au final, La règle de quatre est une démonstration magistrale de ce qu’il faut éviter dans un thriller. Un rythme inexistant, un cadre unique peu évoqué, des personnages inutiles, un suspense absent, une intrigue brouillonne et capricieuse, des longueurs aussi pénibles qu’interminables… Difficile de fustiger le thème central qui reste passionnant, avec des jeux d’esprits plutôt bien trouvés, mais une bonne idée ne fait pas forcément un bon livre si l’on oublie avant tout de raconter une histoire. Même en le prenant comme un roman au sens classique du terme, le constat demeure le même. À la limite, on peut le considérer comme un ouvrage documentaire pour faire passer la pilule.

Note : 06/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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