juin 24, 2024

Chien Blanc – Racist Dog

De : Anaïs Barbeau-Lavalette

Avec Denis Ménochet, Kacey Rohl, K.C. Collins, Jhaleil Swaby

Année : 2024

Pays : Canada

Genre : Drame

Résumé :

1968 – Etats-Unis. Martin Luther King est assassiné et les haines raciales mettent le pays à feu et à sang. Romain Gary et sa femme l’actrice Jean Seberg, qui vivent à Los Angeles, recueillent un chien égaré, dressé exclusivement pour attaquer les Noirs : un chien blanc. L’écrivain, amoureux des animaux, refuse de le faire euthanasier, au risque de mettre en péril sa relation avec Jean, militante pour les droits civiques et très active au sein des Black Panthers.

Avis :

Inconnue chez nous, Anaïs Barbeau-Lavalette est une cinéaste qui a une grande portée au Canada, où elle est considérée comme une réalisatrice star, ou du moins, une réalisatrice de renom. Venant du documentaire, Anaïs Barbeau-Lavalette a passé plus d’une dizaine d’années à parcourir le monde afin de le filmer et de le raconter. Lorsqu’elle est interviewée, elle dit qu’elle « – désire rendre sa caméra utile ».

C’est en 2012 qu’elle passe au long-métrage de fiction, et fidèle à son envie de raconter quelque chose d’utile, qui amène au dialogue, elle réalise « Inch’Allah« , un film qui raconte une jeune québécoise habitant en Israël, et faisant du bénévolat dans un dispensaire de réfugiées palestiniennes. Depuis, la cinéaste continue d’osciller entre courts-métrages, documentaires et cinéma de fiction, avec un deuxième film, « La Déesse des mouches à feu« , sorti en 2020, et qui a fait un tabac au Québec.

«  »Chien blanc » est un film qui dérange autant qu’il fascine. »

Pour son troisième film, Anaïs Barbeau-Lavalette se lance dans ce qui est pour elle son défi de cinéma le plus difficile, puisqu’elle adapte « Chien blanc » de Roman Gary. Loin de l’adaptation qu’en a fait Samuel Fuller, pour ce nouveau film, Anaïs Barbeau-Lavalette fait de « Chien blanc » un film qui trouve des échos avec les actualités aux Etats-Unis. Mélangeant des scènes de fiction et des images d’archives, racontant un drame, et derrière ça, deux personnages face à l’histoire avec tout un tas de questionnements pour trouver sa place et la légitimité d’entrer dans un combat que beaucoup jugent ne pas être à sa place, « Chien blanc » est un film qui dérange autant qu’il fascine.

Aux Etats-Unis, les tensions entre la communauté noire et la communauté blanche explosent au moment de l’assassinat de Martin Luther King. À cette époque-là, Romain Gary est alors consul de France à Los Angeles, où il vit avec sa femme, l’actrice Jean Seberg (qui supporte le mouvement des Black Panthers) et son fils Diego, alors âgé de quelques années. Dans ce climat de tension et de jugement permanent, un soir, l’écrivain recueille un berger allemand égaré. Alors que ce chien a l’air inoffensif, Romain Gary va très vite découvrir que c’est un chien venu du Sud, et qu’il a été dressé pour attaquer toute personne noire. L’écrivain le confie alors à un chenil dans l’espoir d’arriver à dresser ce chien qui, pour lui, représente en quelque sorte l’espoir d’un changement.

« Chien Blanc » fut un périple pour sa réalisatrice qui a dû affronter tout un tas d’épreuves pour que son film puisse voir le jour. Entre un voyage à Barcelone pour aller toquer à la porte de Diego Gary qui détient le droit de l’œuvre de son père. Entre le covid qui a fait que le tournage devait se passer au Québec, alors que l’intrigue se déroule à Los Angeles. Il lui a donc fallu recréer le Los Angeles de la fin des années 60 avec ce qu’elle trouvait sur place. Puis derrière ça, elle avait le poids de l’idée de l’adaptation qu’elle avait en tête, car elle voulait faire un parallèle entre les mouvements des droits civiques et la société des années 60 et l’Amérique d’aujourd’hui.

«  »Chien Blanc » se posera comme un film très riche dans ce qu’il raconte. »

Puis enfin, il y avait cette envie de confier le rôle de Romain Gary à notre Denis Ménochet national, qui est loin de ressembler à Romain Gary. Bref, tous ces obstacles, Anaïs Barbeau-Lavalette va les franchir avec talent et intérêt, et nous entraîner dans un film intéressant, qui saura nous tenir de bout en bout, partagé comme je le disais, entre fascination, malaise, découverte, culture, histoire et révolte.

Ainsi , »Chien Blanc » se posera comme un film très riche dans ce qu’il raconte. Pour ce film, Anaïs Barbeau-Lavalette a pris le temps d’écrire une intrigue qui explore plusieurs sujets à la fois. « Chien Blanc » est un film qui parle aussi bien des émeutes qui ont suivi la mort de Luther King, que de l’engagement, ou plutôt des manières de s’engager, dans un combat, avec d’un côté l’actrice Jean Seberg, qui milite et soutient les mouvements, notamment celui des Black panthers (ce qui lui vaudra notamment d’être surveillée par le FBI), et de l’autre, il y a le personnage de Romain Gary qui rejoint les idées de sa femme, tout en restant à distance, intellectualisant l’histoire, la grande histoire qui est en train de se jouer.

Puis derrière ça, le film parlera évidemment de ce chien que le couple recueille. Un chien qui va très vite se poser comme la catharsis de ce couple, mais aussi de l’histoire qu’est en train de vivre le pays, enfin, du moins aux yeux de l’écrivain, qui se met en tête de sauver cet animal du racisme qu’on lui a inculqué. On aurait pu croire qu’avec autant de sujets, « chien Blanc » finirait par s’éparpiller et se faire flou, ou hésitant, sur tel ou tel sujet, mais il n’en sera rien, Anaïs Barbeau-Lavalette arrivant très bien à conjuguer tout ceci au sein d’un film qui arrivera à prendre son temps, tout en allant au plus efficace.

« Denis Ménochet ou Kacey Rohl, les deux sont excellents de bout en bout. »

Après, il faut aussi citer le fait qu’il y ait quand même quelques sujets qui sont survolés, comme ces coups de téléphone qui se répètent au domicile du couple. Le doute plane, et de ce côté-là, le film et l’intrigue auraient mérité d’être plus éclairés. Mais bon, face à tout ce que la réalisatrice et ses acteurs arrivent à faire avec cette histoire, et toutes ses facettes, c’est bien peu finalement.

« Chien Blanc » était un gros risque, car pour ce film, Anaïs Barbeau-Lavalette avait en tête deux acteurs qui sont loin de ressembler aux personnages qu’ils allaient incarner. La réalisatrice aurait pu les grimer, mais à la place de cela, elle a pris quelques traits, et s’est appuyée sur le talent de ces comédiens pour faire le reste, et si au début, on peut avoir un peu de mal, très vite, on oublie ce trait, car on se laisse emporter dans cette histoire, avec ces personnages, avec ce qu’ils pensent et leurs réflexions. De plus, que ce soit Denis Ménochet ou Kacey Rohl, les deux sont excellents de bout en bout, même si, en petit bémol, je dois dire qu’ils ne sont pas aussi touchants qu’on l’aurait pensé. Si l’intrigue se suit avec beaucoup d’intérêt et d’intrigue, il est vrai que l’ensemble manque d’émotion, alors même que son film est bourré d’humanité.

Lorsque je fais le tour de tout ceci, ce premier film d’Anaïs Barbeau-Lavalette se pose alors comme une œuvre passionnante de bout en bout (qui de surcroît, est excessivement bien filmé avec des images qui imprègnent le spectateur). Certes, le film a ses défauts, mais devant eux, la réalisatrice arrive à rendre intéressant tout ce qu’elle raconte. Œuvre engagée et révoltante sur plusieurs de ses aspects, en racontant ces deux personnages, ces contextes et ce chien errant recueilli, la réalisatrice fait un parallèle avec les États-Unis de nos jours, et si beaucoup de choses ont évolué, elle met encore le doigt sur beaucoup de points qui résonnent encore d’actualité, à l’image de cette image, ou plutôt cette phrase, du Président Trump qui, en 2020, balançait un « – Lâchez les chiens … » sur les manifestants qui s’approchaient de la Maison Blanche.

Note : 14/20

Par Cinéted

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