avril 17, 2024

Les Cauchemars de Mimi

Auteur : Junji Ito

Editeur : Mangetsu

Genre : Horreur

Résumé :

La jeune Mimi mène une existence simple, mais l’horreur étend son ombre dans chaque recoin de sa vie : sous la tenue noire de jais de son énigmatique voisine, au fond de l’épaisse forêt qu’elle traverse au cours d’une promenade, dans le cimetière qui jouxte son appartement ou au creux des flots sombres de son lieu de vacances.

Avis :

Il ne fait aucun doute que Junji Ito est le maître de l’horreur nippone. Avec ses différents ouvrages mélangeant grotesque, épouvante, fantômes et autres apparitions cauchemardesques, le mangaka s’est forgé une réputation mondiale, qui arrive chez via différents ouvrages, entre longue histoire (Spirale) et recueil de nouvelles. Parmi toutes ses sorties, Les Cauchemars de Mimi tient une place un peu à part, car il est un recueil qui s’inspire d’un autre recueil, de nouvelles celui-ci, ou plus précisément de témoignages de gens ayant vécu des expériences paranormales. En effet, en s’inspirant de Yasumori Negishi qui créa le Mimibukuro à partir de 1785, deux autres auteurs, Hirokatsu Kihara et Ichiro Nakayama, ont voulu faire la même chose mais avec des témoignages plus récents, réussissant alors l’exploit de réunir près de 1000 histoires extraordinaires. Il n’en fallait pas plus pour que Junji Ito y jette un œil.

Et il n’aura pas fallu longtemps au mangaka pour avoir le droit de mettre en images certaines histoires, puisqu’il a même eu les coudées franches pour réadapter certains témoignages à sa sauce. La seule contrainte qu’il s’est imposé fut de créer un personnage redondant, une jeune fille innocente qui répond au doux nom de Mimi, en référence à l’ouvrage en question (pour rappel, Mimibukuro pour le plus ancien, et Shin Mimibukuro pour le nouveau). Les Cauchemars de Mimi est donc un recueil d’histoires horrifiques, où la pauvre Mimi va être témoin privilégié de phénomènes plus ou moins horribles, voire grotesques. Alternant des histoires très courtes, à des histoires bien plus longues, Junji Ito va tenter de créer le trouble chez le lecteur en incluant toujours un effet horrifique dans un quotidien tout ce qu’il y a de plus banal. Et il faut croire que ça lui réussit.

Alors certes, ce n’est pas aussi réussi que Zone Fantôme, mais il faut aussi remettre dans le contexte. C’est-à-dire que Les Cauchemars de Mimi est un recueil d’histoires qui sont parues entre 2002 et 2007, et certaines ont pris un petit coup dans l’aile. On pense surtout à la première, Le Perchoir, où l’on a juste une vieille dame qui saute sur le pare-brise de la voiture de Mimi pour disparaître sur la planche suivante. Une mise en bouche incongrue, plutôt bien dessinée, mais qui ne raconte pas grand-chose. On peut aussi regretter quelques histoires qui commencent bien, à l’image de Le Bruissement de l’Herbe, avec la découverte d’un cadavre pendue, mais qui se termine en eau de boudin, avec une matière noire qui suinte du corps, mais dont on ne saura rien. On se pose la question de ce que veut nous raconter l’auteur.

Fort heureusement, les plus longues nouvelles sont les meilleures, et Junji Ito joue constamment avec notre regard, et parfois l’indicible. On peut évoquer alors Le Présage des Pierres, qui peut paraître ridicule au départ, avec ce bodybuilder qui tourne les tombes vers son balcon pour exhiber ses muscles aux défunts, mais qui par la suite, va distiller une ambiance macabre et angoissante. La double page avec les tombes qui laissent apparaître des yeux est forte en symbolique. On peut aussi parler de La Plage, qui commence avec un monstre dégoûtant, pour ensuite jouer avec l’invisible, et la folie d’un ami de Mimi. Malgré le lieu, une plage et des gens qui se baigne, le dessinateur laisse volontairement une ombre planer sur ce lieu, créant une atmosphère angoissante et dérangeante. Le final est d’ailleurs impressionnant, jouant sur le visible (la photo de l’ami mort) et l’invisible.

Au milieu de tout ça, on retrouve aussi des nouvelles qui traitent de la solitude et/ou de la jalousie. On peut évoquer rapidement Seules, qui débute avec une femme qui s’immole, puis une Mimi qui rentre dans sa famille et découvre une petite fille qui ne veut plus la lâcher. On apprend alors que la défunte était la mère de la petite, et que cette dernière est hantée par le fantôme carbonisé de sa maman. Si l’on excepte l’exorcisme final un peu ridicule, la peur d’être seul face à ses démons est très prégnant et relativement explicite. On retrouve un peu cela avec Soleil Ecarlate, où la découverte d’une pièce cachée, avec un cercle rouge qui grandit et semble aspirer ceux qui se trouvent dans la pièce, fait écho au renfermement sur soi. Et Junji Ito y place aussi un acte de jalousie délibéré, montrant que parfois, les monstres sont plus humains qu’il n’y parait.

Petite cerise sur le gâteau, avec ce recueil, on a droit à une histoire bonus parue en 2007, Pantin Hanté, qui ne met pas Mimi en scène, mais une autre femme qui bosse pour une société de divertissement, qui doit animer des attractions d’horreur dans le pays. Là aussi, l’histoire va mettre en avant plusieurs styles d’horreur, notamment graphique avec des pantins immondes et un gore prégnant, mais questionnant aussi sur notre rapport à la mort et aux bénéfices. Car ici, le vrai râle d’agonie d’une personne mourante va être utilisé sur une attraction, tétanisant alors tous les participants. Junji Ito y interroge notre dignité quant aux défunts, et jusqu’où nous sommes prêts à aller pour du sensationnel. Cette dernière nouvelle est un vrai plaisir pour les yeux et le cerveau.

Au final, Les Cauchemars de Mimi est un recueil plutôt réussi. Ce n’est pas le meilleur dans la collection, mais il fait amplement le taf, en plus de proposer un travail qui aurait pu tomber dans les limbes de l’oubli (problèmes de droits, etc…). Junji Ito retravaille à sa sauce quelques expériences paranormales, plonge Mimi, jeune fille innocente, dans des histoires macabres, et questionne constamment sur l’horreur, la vie après la mort et notre rapport avec le monde des défunts. Bref, c’est toujours une valeur sûre.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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