novembre 26, 2022

Tarja – In the Raw

Avis :

Le nom de Tarja Turunen apparait pour la première fois à la fin des années 90. Elle est à l’origine, avec Tuomas Holopainen et Emppu Vuorinen, d’un groupe qui va devenir culte, Nightwish. Jouant à fond la carte du métal symphonique, les finlandais vont devenir les fers de lance d’un genre qui donnera naissance à une pléthore de bandes plus ou moins intéressantes. Après neuf ans de bons et loyaux services, la chanteuse décide de quitter le groupe pour mener une carrière solo. S’intitulant sobrement Tarja, depuis la fin des années 2000, la chanteuse offre des albums ou des concepts, comme des chants de Noël ou une reprise de Ave Maria. Profitant de sa voix lyrique et incroyable, ainsi que de son statut de chanteuse culte dans le monde du métal, Tarja Turunen offre avec In the Raw un effort sympathique, mais loin de ses capacités.

La première chose étonnante va venir de la durée de l’album, avec dix pistes pour presque une heure d’écoute. Un choix ambitieux pour la chanteuse qui s’est éloignée de ses compagnons de Nightwish pour fournir des titres épiques. Mais qu’importe, elle va tout de même proposer des pistes dépassant allègrement les six minutes sans trop de problème. L’autre point curieux de l’effort, la présence de featurings qui peuvent sembler incongrus, mais qui s’insèrent plutôt bien dans l’ensemble. On notera la présence de Bjorn Strid de Soilwork, Cristina Scabbia de Lacuna Coil et Tommy Karevik de Kamelot. Des noms assez prestigieux, mais qui s’éloignent du sympho que propose habituellement Tarja. Est-ce un signe pour un changement d’orientation musicale ? Pas vraiment.

Le skeud débute avec Dead Promises, en duo avec le chanteur de Soilwork. Le résultat est très probant, avec de bons riffs et une volonté de bien rentrer dans le lard. D’ailleurs, le mélange de chant clair féminin et les quelques éclats graves de Bjorn se marient à merveille. Ce début est donc très bon et surprend même par sa direction brute de décoffrage qui s’éloigne des carcans du symphonique. Le deuxième morceau suit la même trajectoire. Goodbye Stranger fait la part belle aux deux voix féminines, qui ne sont pas opposées, mais qui sont tout de même différentes. Cristina Scabbia chante moins haut que Tarja, et le mélange des deux donne un bel effet qui permet au titre de pleinement exister. Et c’est assez agréable de voir l’ancienne chanteuse de Nightwish s’éloigner un peu d’un genre qui lui colle à la peau. Là, on est proche d’un métal alternatif.

Par contre, les deux morceaux suivants auront plus de mal à convaincre. Railroads commence déjà à ralentir le rythme, se rapprochant d’un mid-tempo un peu fainéant. Certes, cela permet à la chanteuse de prendre plus d’ampleur au niveau de la voix, mais on reste sur un titre sans génie et qui a du mal à emporter tout le monde. Pire avec You and I, où là on est clairement dans le sirupeux pur jus. Si la chanteuse évite de faire dans une surenchère avec un morceau interminable, elle joue tout de même avec des mots pour rendre l’ensemble plus doux, avec un petit gimmick qui reste en tête. Cela semble peu de chose et on sent un moindre effort dans la composition. De plus, on a du mal à être touché car l’arrivée de ce morceau se fait de façon decrescendo, ne créant pas de rupture au sein de l’album.

Ce choix étrange va se poursuivre avec les titres suivants et notamment The Golden Chamber (Awaken – Loputon Yo – Alchemy). Long morceau de plus de sept minutes, on a la sensation d’assister à un interlude au départ. C’est très mélodieux, mais c’est aussi très mou du genou, n’arrivant pas à passionner malgré une orchestration importante. Avec cette durée, on s’ennuie très vite, d’autant plus que ce titre langoureux arrive juste après une ballade déjà mollassonne. Un drôle de choix de construction donc, qui va nous faire décrocher, et il sera difficile de raccrocher les wagons après ça. Spirits of the Sea n’est pas mauvais en soi, il possède même des riffs assez lourds, mais là aussi, le titre n’est pas efficace à cause d’une trop longue durée et d’un manque de moments marquants. Même constat avec Silent Masquerade, où le chanteur de Kamelot en fait des caisses.

Fort heureusement, Tarja remet un peu les compteurs à zéro avec les deux derniers titres. Serene est un morceau qui renoue avec le début et qui se veut plus percutant. On retrouve une belle énergie et une envie d’en découdre avec le public. Quant à Shadow Play, il clôture parfaitement l’effort, constituant presque une boucle avec le début de l’album, retrouvant une verve qui nous manquait. Et force est de constater que c’est là-dedans que Tarja est la meilleure. Si on sent qu’elle veut varier les plaisirs et s’essayer à différents sous-genres, il n’en demeure pas moins qu’elle est bien plus efficace sur du métal alternatif et non sur du ersatz de Nightwish.

Au final, In the Raw, le dernier album solo en date de Tarja, est un effort qui est loin d’être déplaisant, mais qui manque tout de même d’une implication plus forte, ou tout du moins d’une volonté plus prégnante de frapper un grand coup. Le milieu de l’album, mou et presque pénible, gâche un peu l’expérience, alors que l’on voit les talents de la chanteuse en début et fin d’effort. Dommage que ce ventre mou ne soit pas plus touchant, montrant plus un côté pop plus ou moins assumé qu’une volonté de faire pleurer dans les chaumières.

  • Dead Promises feat Bjorn « Speed » Strid
  • Goodbye Stranger feat Cristina Scabbia
  • Tears in Rain
  • Railroads
  • You and I
  • The Golden Chamber (Awaken – Loputon Yo – Alchemy)
  • Spirits of the Sea
  • Silent Masquerade feat Tommy Karevik
  • Serene
  • Shadow Play

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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