juin 29, 2022

La Reine de la Magie Noire

Titre Original : Ratu Ilmu Hitam

De : Kimo Stamboel

Avec Ario Bayu, Hannah Al Rashid, Adhisty Zara, Muzakki Ramdhan

Année : 2019

Pays : Indonésie

Genre : Horreur

Résumé :

Les familles étaient terrifiées à l’orphelinat. Quelqu’un veut votre mort, apparemment avec la magie noire qui est mortel. Elle a de la rancune, et elle est née à cause des péchés de tous les orphelins qui ont été formés dans la reine de la magie noire.

Avis :

En occident, le cinéma indonésien est un peu considéré comme l’enfant pauvre de la production asiatique. Peu démocratisé en dehors de ses frontières, les principales occurrences en la matière se résument à Merantau et le diptyque The Raid. Cette sélection réductrice est néanmoins représentative d’une confluence des inspirations artistiques. Tour à tour, on y retrouve l’exubérance de certaines productions d’Extrême-Orient, quelques allusions à la culture musulmane, sans oublier l’aspect faste et spectaculaire des métrages américains. Il en ressort un syncrétisme aussi singulier qu’appréciable, tranchant avec le conformisme actuel.

La Reine de la magie noire possède une certaine notoriété. Il s’agit en effet du remake d’un film qui a fait sensation au début des années 1980. À l’époque, le film de Liliek Sudjio avait même bénéficié d’une sortie VHS en France. On peut toujours émettre des réserves quant à la volonté de « ressusciter » une histoire par le biais d’une vision contemporaine, suggérant trop souvent des ambitions mercantiles. Cependant, l’oubli tout relatif de la version originale permet éventuellement d’interpeller un nouveau public. Par ailleurs, Joko Anwar occupe le poste de scénariste, déjà connu pour des métrages tels que Pintu Terlarang ou Satan’s Slave. De par son style et son sens du rythme, son travail n’est pas sans rappeler celui de Ti West.

En ce sens, on retrouve cette entame patiente, voire lancinante, pour présenter l’histoire et les protagonistes. La mise en contexte se révèle méticuleuse, ne serait-ce qu’à travers l’impression d’isolement qui émane du cadre ou le background propre à chaque intervenant. Cette exposition se rapproche davantage d’un drame contemporain que d’un film d’horreur « classique ». D’emblée, le traitement n’est pas pour déplaire, car il s’écarte de nos attentes et de nos a priori à l’égard du genre. On évite également une caractérisation percluse de clichés pour mieux se concentrer sur des personnalités distinctes, voire divergentes. Cela vaut aussi bien pour l’individu que pour les couples ou les familles dépeintes.

Le métrage de Kimo Stamboel, déjà responsable de Macabre et Headshot, se démarque avant tout par son ambiance. Ce n’est pas tant l’arrière-pays indonésien qui est décrit sur fond de folklore local, mais l’orphelinat et son enclavement au cœur de la campagne. On y distingue un cadre hanté par un passé lourd et encore vivace. Cela tient autant aux souvenirs évoqués qu’à cette décoration désuète et ce dénuement général. On songe également à ces photographies et vidéos ou à cette réunion pour se retrouver au chevet du directeur de l’établissement. Dans les regards, comme dans les comportements des anciens résidents, on remarque aisément des non-dits qui interpellent le spectateur.

L’aspect horrifique survient en seconde partie. L’exposition des premières manifestations paranormales est efficace dans le sens où elles trouvent un bon équilibre entre un traitement suggestif et explicite. L’incursion dans le bus accidenté est l’une des plus intéressantes, sinon des plus percutantes du film. Les effets floutés, la gestion de l’obscurité et des perceptions subjectives, comme la séquence du miroir, sont bien amenés. On apprécie aussi ces passages avec les insectes grouillants sous la peau, sans oublier ce clin d’œil à The Ring avec la fameuse transition entre vidéo et réalité. Cependant, il convient d’émettre des réserves sur des images de synthèse assez grossières, ainsi qu’un dénouement par trop excentrique au regard de ce qui est avancé.

Au final, La Reine de la magie noire est un film d’horreur non dénué d’intérêt. Il tranche radicalement avec la masse de productions occidentales informes pour fournir un véritable travail sur l’atmosphère. Sans se plonger corps et âme dans le folklore indonésien, l’immersion est au rendez-vous en choisissant l’angle du huis clos à moitié avoué. Si la première approche est relativement contemplative, elle met en condition le spectateur pour mieux l’entraîner dans une spirale infernale. Certes, on n’évite pas quelques scories propres à certains effets spéciaux grotesques où les manifestations les plus graphiques s’avèrent les moins probantes, comme l’énucléation par un mille-pattes. Il n’en demeure pas moins une incursion honnête qui s’arroge même quelques retournements et détours narratifs appréciables.

Note : 14/20

Par Dante

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