novembre 30, 2021

Igorrr – Spirituality and Distortion

Avis :

En France, nous avons un vivier « métal » absolument fantastique, mais qui n’est jamais mis en avant. Les groupes sont nombreux et ils sont obligés de se serrer les coudes pour exister, avec l’aide de quelques festivals qui tiennent bien la route. Cette absence de mise en avant frôle l’irrespect, et quelques groupes n’ont pas hésité à signer sur des labels étrangers pour mieux se faire connaître. C’est le cas de Igorrr, sorte de one man band fondé par Gautier Serre, mais qui s’appuie sur deux vocalistes et un batteur pour composer. Homme de goût qui fut autant bercé par Cannibal Corpse que Chopin, il ne trouve pas forcément son bonheur dans la musique actuelle. C’est pourquoi il a pris les instruments et a voulu faire une formation à part, complètement déjantée et pourtant cohérente et solide. Avec Igorrr, on explore des contrées insoupçonnables.

Sorte d’Electro Métal avec des fulgurances néo-classiques, voire jazzy sur certains titres, Igorrr prend la voix obscure des musiques expérimentales, au risque de se perdre en cours de route. Pour autant, Metal Blade Records lui a fait confiance sur ses deux derniers albums, et Spirituality and Distortion est là pour confirmer tout le bien que l’on pense de ce « groupe ». D’ailleurs, le premier titre est une petite bombe. Avec Downgrade Desert, le multi-instrumentaliste offre un titre qui tabasse fort, baignant pleinement dans un pur métal avec des envolées lyriques. Le chant féminin est sublime, s’imprégnant parfaitement dans un univers oriental qui donnera une vraie identité au titre. Par la suite, le groupe va surprendre en offrant deux morceaux instrumentaux très différents. Nervous Waltz se compose d’éléments classiques, avec des distorsions électro et quelques ajouts de riffs bien saignants.

Quant à Very Noise, on plongera dans les abîmes d’un électro déjanté, rapide, nous laissant sur le carreau par sa vitesse et pourtant sa mélodie à rendre dingue. Hollow Tree va permettre à Laure Le Prunenec de mettre en avant ses talents de chanteuse, avec quelques passages tout simplement sublimes. Mais ce sublime tutoie un aspect dark qui va prendre tout son sens dans des breaks envoûtants. Le clavecin et les chœurs féminins rajoutent une touche assez sombre. Puis surgit Camel Dancefloor, qui va nous prendre à revers. Sorte de Breakcore oriental avec des distorsions dans tous les sens, le morceau est hyper dansant tout en ayant une vraie identité. Après ce passage léger, Igorrr nous assène Parpaing en duo avec le chanteur de Cannibal Corpse. C’est forcément gras, mais le break en électro 8bit est très étonnant et donne une autre dimension à ce morceau pas si classique que ça.

Mais Igorrr est un homme qui se renouvelle sans cesse et qui veut surprendre. C’est alors qu’il balance Maximum Musette, un métal avec de l’accordéon, des riffs ultra rapides et un blast à la batterie qui fait mal. Malgré ce mélange incongru et déroutant, le titre tient la route et possède une vraie cohérence dans sa construction. Après cette distraction maîtrisée, le groupe lâche tout de même une grosse bombe en la présence de Himalaya Massive Ritual. Et massif, le titre l’est. Plus de sept minutes d’un schéma minutieux pour nous amener dans les stratosphères d’un métal qui touche à tous les styles. A la fois Death rugueux, prenant parfois des aspects Doom et des moments plus éthérés, il s’agit-là du plus gros morceau de l’album. Un titre imposant et qui délivre vraiment tout le potentiel de Gautier Serre.

Et Igorrr n’a pas fini de nous faire voyager. Lost in Introspection est un morceau d’une rare beauté, avec des passages gothiques à faire frémir la douce peau d’un Tim Burton. Avec un ajout électro/clavecin, on pense rapidement à de vieilles productions horrifiques des années 80, et ce titre pourrait faire les beaux jours d’un film comme ça. Overweight Poesy lorgne du côté des musiques asiatiques pour son introduction avant de partir sur des riffs lourds et puissants qui vont vite nous réveiller et nous briser la nuque. Paranoid Bulldozer Italiano semble sortir d’un album de Skrillex, avec un dubstep régressif au possible et pourtant jouissif. Avec Barocco Satani, Igorrr retrouve ses moments classiques avec des passages plus percutants. Puis Polyphonic Rust va enfoncer le clou avec une maîtrise technique qui nous fait douter du nombre de doigts du musicien. Enfin, Kung-Fu Chèvre s’impose comme un dernier délire addictif.

Au final, Spirituality and Distortion, le dernier album en date de Igorrr, est une véritable tuerie. S’abrogeant complètement des règles qui régissent la musique actuelle, Gautier Serre décide de faire ce qu’il veut avec tous ses instruments et il arrive à créer un monde à part, cohérent, sismique, drôle et touchant, où tous nos sens sont en éveil, pour ne rien rater. Riche, varié, percutant et sans concession, Igorrr reste fidèle à lui-même et démontre tout son talent dans un nouvel album tout simplement superbe.

  • Downgrade Desert
  • Nervous Waltz
  • Very Noise
  • Hollow Tree
  • Camel Dancefloor
  • Parpaing feat George « Corpsegrinder » Fisher
  • Musette Maximum
  • Himalaya Massive Ritual
  • Lost in Introspection
  • Overweight Poesy
  • Paranoid Bulldozer Italiano
  • Barocco Satani
  • Polyphonic Rust
  • Kung-Fu Chèvre

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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