décembre 6, 2021

Tom of Finland

De : Dome Karukoski

Avec Pekka Strang, Lauri Tilkanen, Jessica Grabowsky, Jakob Oftebro

Année : 2017

Pays : Finlande, Danemark, Allemagne, Suède, Américain

Genre : Biopic

Résumé :

Touko Laaksonen, officier héroïque de la Seconde Guerre mondiale, est de retour en Finlande. Mais la vie à Helsinki n’est pas de tout repos. La persécution contre les homosexuels est insidieuse les contraignant le plus souvent à se marier et avoir des enfants. Touko trouve alors refuge dans l’art dessinant dans le plus grand secret des hommes musclés, désinhibés et fiers d’être gays.

Avis :

En France, on a beaucoup de chance, car on a tous les ans, dans nos salles de cinéma, des films qui viennent de partout et d’ailleurs et aujourd’hui, on va s’arrêter sur un cinéma qu’on connaît assez mal, le cinéma finlandais et sur l’un de ses réalisateurs, Dome Karukoski. Réalisateur d’une quarantaine d’années, Dome Karukoski est de ceux qui arrivent très bien (enfin, tout est relatif) à s’exporter chez nous et ça, dès son premier film, « La belle et le vagabond » sorti en 2005. Depuis, le réalisateur s’est imposé en Finlande avec des films comme « La maison des papillons noirs » ou encore « Very Cold Trip« .

Cinq ans après « Very Cold trip« , comédie assez folle que personnellement, je n’avais pas appréciée, Dome Karukoski était de retour avec un premier biopic (oui, un premier car depuis, le réalisateur en a fait un deuxième, dont c’est le film dont on a le plus entendu parler de sa carrière, puisque c’est lui qui se cache derrière « Tolkien« ), et pour cette première vie, le metteur en scène a décidé de s’arrêter sur un sujet assez casse-gueule, mais vraiment intéressant. « Tom of Finland » est un film qui revient sur la vie et la carrière de Touko Laaksonen, à travers un film très intéressant, même s’il demeure un peu trop sage et classique dans son ensemble.

Touko Laaksonen fut officier pendant la guerre de 1939/1945. Aujourd’hui que celle-ci est fini, il est de retour à Helsinki, et pour lui, la vie n’est pas de tout repos. Homosexuel, les hommes ou les femmes comme lui sont hors la loi et bien souvent pour cacher ceci, ces hommes et femmes se marient. Touko ne le voit pas de cet œil et préfère vivre autrement. Pour s’évader pleinement, il se met à dessiner ses fantasmes et ces dessins, très dangereux pour un homme habitant en Finlande, vont bientôt dépasser les frontières notamment aux États-Unis, où très vite, sous le pseudonyme de Tom of Finland, Touko Laaksonen va devenir « une légende » !

Qui est Touko Laaksonen ? Ce nom, comme celui de Tom of Finland, n’évoque pas grand-chose pour la plupart et pourtant, c’est un homme, un artiste et dessinateur qui a durablement influencé la culture gay avec des représentations totalement fantasmées et « fétichisées » d’hommes habillés en cuir. Artiste incroyable, beaucoup connaissent ces dessins (en même temps, il est très difficile de passer à côté), mais personne ou presque ne connaît l’homme ou même ne s’est intéressé à l’homme et c’est ce que Dome Karukoski fait avec ce film, qui soit dit en passant, va se poser comme l’un de ses meilleurs.

Plus qu’un artiste et plus qu’une trajectoire étonnante, la première chose qui frappe avec « Tom Of Finland« , c’est surtout tout le contexte, les époques et les évolutions qui vont être particulièrement prenants. Certes, le portrait que dresse le réalisateur est intéressant, pour ce qu’il dit de l’homosexualité à cette époque, ou plutôt ces époques-là, et surtout dans ces pays-là. Le portrait est aussi intéressant pour la libération qui s’impose peu à peu aux yeux de cet homme. L’évolution de Touko à travers son art est très intéressante, et même très touchante. Mais il est vrai que c’est l’évolution des mœurs qui fut le plus prenante. De la Finlande d’après-guerre (alliée de l’Allemagne qui épousait certaines des idées du Reich), avec la « traque  » des homosexuels, à l’arrivée en Amérique, et surtout en Californie avec toute cette sexualité débridée. De l’idée impossible de pouvoir simplement vivre en couple, au choc réel de l’autre côté de l’Atlantique, avec cette possibilité-là (même si on pourra reprocher au réalisateur, un portrait un peu trop idéalisé de l’homosexualité en Amérique), ou encore la clandestinité de Tom of Finland chez lui, alors qu’il est adulé ailleurs. Bref, le film de Dome Karukoski est très intéressant sur beaucoup de points et il se suit avec beaucoup intérêt et beaucoup d’émotions, car avec plus de quarante ans de vie en deux heures de film, le réalisateur nous touche avec son personnage et ceux qui croisent sa route.

Du côté de la mise en scène, Dome Karukoski propose un film très classe. Un film construit, logique, qui nous entraîne au plus près des doutes et des envies de son personnage. La reconstitution est sublime, l’ambiance est un joli mélange entre froid et chaud, sombre et lumineux. Il y a quelque chose de très élégant et respectueux qui s’échappe du film de Dome Karukoski. Mais face à tous ces bons éléments, il faut aussi dire que le film manque un peu de repères temporels, passant d’une décennie à l’autre, sans qu’on s’en rende compte, ce qui dérange un peu. On a l’impression de faire des bonds dans le temps, en un claquement de doigt. On regrettera que la ligne directrice ne soit pas plus originale, car l’ensemble de l’œuvre reste très classique et linéaire.

De plus, si la psychologie du personnage est très bien abordée, il est vrai que l’ensemble est très sage, notamment en ce qui concerne les œuvres de Touko Laaksonen qui sont très timidement montrées à l’écran, toujours un peu cachées pour les plus explicites, ce qui est un choix assez étrange. Après peut-être aussi, ce choix va-t-il avec son personnage dont la vie finlandaise, qui le pousse à se cacher, a fini par trop le marquer.

Pour incarner Touko Laaksonen et Tom of Finland, Dome Karukoski a choisi Pekka Strang, acteur inconnu chez nous et qui a une très belle carrière et le comédien est ici parfait dans la peau de cet homme restreint et qui a envie d’autre chose. Touchant, très touchant, c’est un plaisir de découvrir cet immense artiste sous ses traits à lui.

« Tom of Finland » est donc un film très intéressant. Un film qui pose comme un très joli et touchant portrait, celui d’un homme et d’une émancipation. Le portrait d’un homme qui se réfugie dans l’art, et qui va devenir une icône. Bien plus riche qu’il n’y parait, avec ce film, avec ce portrait, Dome Karukoski, malgré des maladresses et des bonds dans le temps un peu agaçants, livre là l’un de ses meilleurs films.

Note : 16/20

Par Cinéted

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