octobre 29, 2020

The Boys Saison 1

D’Après une Idée de : Eric Kripke

Avec Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Erin Moriarty

Pays: Etats-Unis

Nombre d’Episodes: 8

Genre: Super-Héros

Résumé:

Dans un monde fictif où les super-héros se sont laissés corrompre par la célébrité et la gloire et ont peu à peu révélé la part sombre de leur personnalité, une équipe de justiciers qui se fait appeler « The Boys » décide de passer à l’action et d’abattre ces super-héros autrefois appréciés de tous.

Avis:

Garth Ennis est un sale gosse. C’est d’ailleurs le sale gosse du comics car on reconnait rapidement sa patte, chacune de ses œuvres étant politiquement incorrectes et baignant volontairement dans une satire de la religion et de notre société. Virulent,  sarcastique, violent, le scénariste connait un véritable succès lors de la sortie de Preacher, qui fut d’ailleurs adapté en série. Mais aujourd’hui, on va surtout se pencher sur une autre adaptation, celle de The Boys, une franchise qu’il commence en 2006 chez DC Comics avant de trouver un autre éditeur, plus indépendant, pour pouvoir continuer son travail de sape sur les super-héros et garder une extrême violence, qu’elle soit graphique ou dans les propos. Il n’en fallait pas plus pour que cela attire les producteurs, voulant en faire un film, pour finalement décliner cela en série, sept ans après la fin de parution du dernier tome. Le problème avec ce genre d’adaptation surtout venant des américains, c’est que l’on peut craindre une certaine édulcoration du propos, surtout quand il est bien frontal comme celui de Garth Ennis. Est-ce vraiment le cas avec The Boys, qui veut faire la nique à tous les films de super-héros?

Dès le départ, la série nous met dans la tonalité sarcastique de l’ensemble. Les super-héros font partie de notre quotidien et une société permet aux sept plus puissants de créer une sorte de ligue et entre des sauvetages préfabriqués et de la communication mensongère, malgré leurs erreurs, ces sept super-héros prospèrent. Jusqu’au jour où l’un d’eux, A-train dont le pouvoir est de se déplacer rapidement, tue accidentellement Robin, la petite amie de Hughie. Le super-héros, complètement détaché de cet accident, va se faire aider par sa société, Vought, pour faire taire cette affaire avec un peu d’argent et une clause de silence pour Hughie. Ce dernier refuse et rejoint la bande de Billy Butcher, qui promet de tuer tous ces super-héros qui tuent en toute impunité afin de rétablir un semblant de justice. Comme on peut le voir à travers ce très léger résumé, c’est que Garth Ennis part d’un point très intéressant, les dommages collatéraux, les victimes accidentelles des sauvetages des super-héros, dont on ne parle jamais. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités et bien souvent, dans le domaine super-héroïque, il manque cet état de fait, prônant le super-héros comme un Dieu implacable et incapable de faire des morts innocents. Pour autant, ceci n’est que le point de départ d’une idée qui va ne faire que grandir durant la série, montrant un visage terriblement humain de la part de ceux qui ont des pouvoirs.

Et c’est là que réside tout le génie de Garth Ennis, de partir d’une idée de base et de la noircir de plus en plus. Ainsi donc, nos héros tuent, parfois volontairement, se droguent, mentent, manipulent les masses pour paraître irréprochables et font même des coups montés pour faire taire des témoins gênants. En bref, ces super-héros que l’on adule sont des crapules et possèdent les mêmes faiblesses que les humains de base. Le Protecteur cristallise toutes ces problématiques, se prenant pour un Dieu et jouant constamment un double-jeu dans sa vie personnelle et devant les caméras. Cela va permettre d’amener plein de pistes de réflexions. La puissance des médias dans la manipulation de la population, les mensonges d’état pour ne pas créer de scandale, les chantages pour arriver à ses fins, même au plus haut niveau de la politique, l’ambition d’une femme qui n’a aucune limite déontologique tant que cela sert ses intérêts, comme on peut le remarquer, la série est très riche, très dense et ne laisse rien au hasard, se voulant presque un miroir de notre société actuelle. Et Garth Ennis d’aller encore plus loin lorsque l’on apprend la présence de super-méchants terroristes qui ont été créés par Le Protecteur afin de s’assurer une audience vertigineuse. Bref, les thématiques sont larges et sont toutes bien amenées autour de personnages… détestables.

C’est là aussi un très gros point fort pour la série qui arrive à rendre des personnages attachants alors qu’ils ont une morale plus que douteuse. Prenons le cas des super-héros qui sont quasiment tous insupportables. L’Homme-Poisson commence par forcer une femme à lui faire une gâterie et il sera le plus idiot de tous les personnages, se voulant héroïque mais souffrant de sa bêtise. Translucide, dont le pouvoir est de se rendre invisible, passe son temps dans les toilettes pour épier les femmes. Reine Maeve est en dépression et se noie dans l’alcool. A-Train est accro à la drogue et remet toutes ses fautes sur les autres. Black Noir est mutique et ne fait que ce qu’on lui demande. Le Protecteur, sorte de Superman, possède un égo surdimensionné et est conscient de tout le mal qu’il peut faire, déguisant cela en accident malheureux. Seule Starlight (Stella en VF) tombe dans ce trou à rats et découvre une vérité qui lui fait mal, elle qui rêvait de devenir une des sept et qui va devoir affronter quelque chose qui la dépasse. Le pire dans tout ça, c’est que même les « héros », les humains qui veulent se venger des super-héros, sont loin d’être irréprochables. Butcher est animé par une vengeance qui le bouffe, restant persuadé que Le Protecteur a tué sa femme. Hughie est lui aussi gangréné par cette volonté de rendre justice à sa défunte copine, mais il va se rendre compte que ce qu’il fait n’est pas bien. C’est d’ailleurs l’un des seuls personnages qui a un retour sur lui-même et se remet en question. Quant au Français ou à la Crème, leurs ambitions restent floues, mais ce sont des personnages qui marchent à l’adrénaline et qui n’ont pas peur de zigouiller du monde. Et au milieu de tout, la pire de toute reste celle qui gère les super-héros au sein de Vought, dont l’ambition n’a aucune limite et qui empilerait les cadavres pour arriver en haut de la tour.

The Boys est donc une série relativement irrévérencieuse, à l’image de son créateur, mais elle pourrait être bien pire. Si on a, dans la mise en scène, du gore, des meurtres, quelques scènes de cul, tout cela reste bien gentillet et on se délectera bien plus facilement par le phrasé si fleuri de Karl Urban, excellent dans la peau du anti-héros Billy Butcher. L’acteur est très convaincant, composant un personnage trouble et pourtant terriblement attachant par son passif lourd. Antony Starr est quant à lui impeccable dans le rôle de ce super-héros faux-cul et très ambitieux, frôlant la folie. Son regard glacial change en un clin d’œil et il campe, après Banshee, un autre personnage instable, inattendu et qui fait froid dans le dos. Ses meurtres, avec ses yeux lasers, sont sauvages et démontre tout le détachement du personnage quant aux vies humaines. On notera aussi des scènes de sexe un peu trop timides, mais qui parfois flirte avec le mauvais goût, comme ce cunnilingus qui se termine mal et qui sera certainement l’une des scènes les plus sales de la saison. Si on sent que les réalisateurs ne sont pas allés au bout du trash, il y a tout de même certains passages plutôt sympathiques et qui démontrent la patte de son auteur.

Au final, cette première saison de The Boys est une belle réussite. Politiquement incorrecte, irrévérencieuse, vulgaire et gore, on reconnait bien la patte de son créateur, Garth Ennis, qui s’en donne à cœur joie tout en traitant des sujets intelligents et profonds. Les manipulations de masse, les mensonges d’état, la critique d’une religion que personne ne suit, les masques tombent et personne n’est épargné, pas même les « héros » qui possèdent eux-aussi leurs démons et suivent un chemin autodestructeur. Bref, cette première saison est vraiment bien et on attend avec impatience la suite, puisqu’on nous laisse avec un cliffhanger de dingue.

Note: 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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