octobre 6, 2022

Downrange

De : Ryuhei Kitamura

Avec Graham Skipper, Stephanie Pearson, Alexa Yeames, Kelly Connaire

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Six étudiants font du covoiturage, jusqu’à ce que leur véhicule se retrouve avec un pneu crevé dans un coin reculé et désertique des Etats-Unis. Sauf que ce pneu crevé n’est pas un accident, quelqu’un leur a tiré dessus et va les assassiner un par un.

Avis:

Ryuhei Kitamura est un réalisateur japonais qui commence sa carrière dans son pays natal en livrant des films qui lorgne plutôt vers les arts martiaux, le thriller et le fantastique. Entre de longues épopées épiques et des petits films relativement courts, il s’attaque au mythe Godzilla et décide de faire ses valises et de tenter sa chance aux Etats-Unis. On lui remet alors entre les mains Midnight Meat Train, un film d’horreur issu d’un livre de Clive Barker (Hellraiser), supposé difficilement adaptable. Il s’entoure alors d’un jeune Bradley Cooper, d’un massif Vinnie Jones et offre un film d’horreur angoissant, glauque, filmant la ville de New York d’une façon glaciale et désincarnée. Le plus étrange, c’est que malgré le succès du film, le réalisateur va s’éclipser des grands écrans, réalisant des films qui n’ont jamais vu le jour et pointant même dans la case des films sortant directement en DTV. No One Lives avec Luke Evans et Downrange qui nous préoccupe aujourd’hui. Ce sentiment de rejet de la part des grands distributeurs est assez incompréhensible, surtout quand on voit la qualité de ce dernier film, simple, viscéral et tendu comme un string en fin de vie.

Le scénario de Downrange tient sur un timbre-poste. On va suivre six jeunes qui font du co-voiturage et qui vont crever un pneu en pleine cambrousse. L’entraide se met en place quand un sniper planqué dans un arbre commence à les dézinguer les uns après les autres. Un long combat pour survivre se met alors en place. C’est simple, c’est carré et très globalement, le film de Ryuhei Kitamura ne raconte rien de plus. Il ne faut pas y voir une métaphore sur la vie et la mort, ni une critique du système ou d’autre chose. Downrange, c’est âpre, ça va droit au but, ça tape sévère et ça ne dure pas longtemps. Très clairement, quand on jette un œil sur le film, il ne faut pas s’attendre à avoir du fond, mais du suspens, beaucoup de suspens, du sang et des passages bien gores. Le réalisateur japonais le sait, avec ce genre de film, il ne sert à rien de s’attarder sur une critique quelconque au risque d’alourdir le propos et de rendre moins efficace une action non-stop et des personnages en galère. Une galère palpable grâce à plusieurs choses, là aussi toutes simples, des personnages attachants et crédibles, ainsi qu’une mise en scène qui met en avant la chaleur aride de cette route perdue au milieu de la cambrousse.

Filmé comme un huis-clos, puisque l’on ne bougera pas de ce coin de route durant un peu moins d’une heure et demi, Ryuhei Kitamura semble très inspiré dans sa mise en scène. Evitant soigneusement de faire du champ/contre-champ tout le temps, il arrive à créer une atmosphère rugueuse en jouant avec les environnements, avec les mouvements de caméra et avec les points de vue de chaque personnage. Car si on va surtout suivre les trois survivants se cachant derrière la voiture, on aura aussi le point de vue ce pauvre hère parti pisser et se cachant en plein soleil derrière une pauvre souche. Le point de vue du sniper sera très peu mis en avant, gardant le mystère jusqu’au bout sur sa position et sur ce qu’il voit. En jouant avec nos nerfs, le réalisateur s’autorise aussi quelques mouvements intéressants, alternant les vues zénithales, les plans tournoyants pour montrer le malheur qui s’abat sur les proies ou encore les plans larges montrant la désolation du lieu où ils se trouvent. Tout cela contribue à ne pas créer d’ennui et à mettre du dynamisme autour d’un film pourtant assez immobile. A la toute fin du film, le cinéaste ne va pas oublier aussi de fournir son lot de séquences un peu plus folles, accélérant son film, rajoutant des personnages secondaires et des cascades pour mieux marquer la violence de son récit.

Une violence que l’on retrouve aussi dans son aspect gore complètement exacerbé et décomplexé. Certains personnages vont prendre cher, même une fois leur mort établie. Prenons le cas de la première victime, qui se prend une balle en pleine tête et qui par la suite va se faire rouler dessus, puis gentiment décapitée à cause des choses qui se passent autour. Le réalisateur s’en donne à cœur joie et ne fait pas dans le détail, offrant même des passages en gros plan afin de bien nous faire ressentir la douleur. De plus, le film va jusqu’au bout, puisque personne n’est épargné, pas même les enfants ou les « héros », chacun en prenant pour son grade. Et ce jusqu’au boutisme est très intéressant et bien trop rare dans nos films actuels. Cela fait un bien fou de voir un réalisateur qui n’hésite pas à tuer femme et enfant, demeurant du coup très crédible. Et puis, en dehors du gore et de l’action qui n’arrête jamais, Ryuhei Kitamura ne charge pas ses personnages. Il délivre de jeunes adultes très sympathiques, qui ne s’engueulent pas, qui s’entraident et essayent de trouver des solutions ensemble. Là encore, le récit n’est pas embourbé dans des querelles inutiles et pénibles, nous permettant alors de nous projeter à travers ces protagonistes et de vouloir les sauver. On ressent de l’empathie pour eux et c’est ce qui fait que le film fonctionne parfaitement. Le seul bémol viendra de la fin, qui prête plus à rire qu’autre chose et c’est dommage.

Au final, Downrange est un vrai bon film. Un thriller horrifique et gore puissant et âpre qui ne laisse quasiment aucune chance à nos « héros ». Ryuhei Kitamura s’empare d’un scénario simpliste au possible pour délivrer un huis-clos étouffant et angoissant grâce à une mise en scène soignée et des personnages relativement attachants malgré leur faible épaisseur. Downrange est la preuve que l’on peut faire un bon film avec un scénario maigre et des personnages qui le sont tout autant mais pour lesquels on va ressentir de l’empathie de par leur simplicité et leur crédibilité. Bref, Ryuhei Kitamura est un bon artisan et c’est dommage de ne pas le voir plus souvent sur grand écran.

Note: 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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