juin 29, 2022

La Main du Diable

De : Maurice Tourneur

Avec Pierre Fresnay, Noël Roquevert, Pierre Larquey, Josseline Gael

Année : 1943

Pays : France

Genre : Horreur

Résumé :

Un peintre sans le sou passe un pacte avec le diable. Il achète sa main, qu’il conserve dans un petit coffre de bois. Mais au bout d’un an, il doit l’avoir revendue sinon son âme est damnée.

Avis :

Pour des raisons historiques évidentes, le cinéma français a produit peu de métrages au début des années 1940. Entre la Seconde Guerre mondiale et l’exil outre-Atlantique de nombreux artistes, il faut également compter sur l’ingérence des autorités allemandes dans le domaine du septième art. Dans le meilleur des cas, nombre de productions se sont révélées creuses et sans grandes conséquences. Dans le pire, on dessert des films de propagande à la gloire du régime nazi, dont certains demeurent encore interdits à l’heure actuelle. La Main du diable sort donc dans le contexte très particulier de l’occupation.

Étrangement, toute allusion à la situation est écartée. Si aucune critique propre au nazisme ne transparaît derrière l’intrigue, elle évite également de sombrer dans le discours tendancieux. Pour rappel, la société Continental Films, fondée par Joseph Goebbels, a produit le présent métrage. S’il y a une influence germanique, elle se situe uniquement au niveau culturel et artistique ; non à des préceptes politiques extrémistes. Au sortir de ces considérations, le film de Maurice Tourneur s’avère une étonnante révision du mythe de Faust. Certes, on peut avancer la libre adaptation de la nouvelle La Main enchantée de Gérard de Nerval, mais la thématique principale est difficilement indissociable de la précédente référence.

À travers un pacte avec le diable, il est toujours intéressant de constater des traits peu flatteurs de l’homme. On songe à l’envie, l’avidité et la vanité qui viennent justifier ses motivations. Ce n’est pas tant l’approche spirituelle qui se définit par l’âme ou encore la présence du diable qui prévaut, mais cette propension à céder à ses ambitions pour atteindre ses propres objectifs, si triviaux soient-ils. On apprécie aussi le renversement des valeurs inhérentes au concept d’éternité de l’âme et d’impermanence de l’existence humaine. L’histoire n’invente rien, mais elle s’approprie les fondamentaux du sujet de fort belle manière.

En l’occurrence, la mise en scène de Maurice Tourneur se distingue par une dichotomie pleinement assumée. Cela se traduit par cette double temporalité (passé et présent) où le protagoniste narre ses péripéties face à une assemblée improvisée de sceptiques et de curieux. On peut aussi s’attarder sur la sobriété de son récit et l’onirisme qui se dégage des images. Le jeu des ombres, ainsi que les plans en clair-obscur, renvoient à l’expressionnisme des années 1920, en particulier au lyrisme germanique dont a pu faire preuve Fritz Lang ou F.W. Murnau à cette époque. Il en émane une aura diabolique omnipotente, pesante, pour mieux souligner l’inextricable situation de ce peintre maudit.

D’ailleurs, la figure du diable ne présente aucun atour caricatural. Son apparence banale et inoffensive contraste avec ses intentions et ses moyens. La subtilité du personnage s’étend aussi à ses méthodes où la porte de sortie offerte joue de simplicité tout en nourrissant le doute chez le personnage principal. En cela, l’évolution narrative s’appuie sur des points anodins. Mais ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails ? L’expression prend ici tout son sens. Autre allusion maline : le diable n’est pas responsable du malheur qui accable le peintre. Ce sont les choix et la peur de ce dernier qui provoquent son déclin, puis sa chute.

Au final, La Main du diable s’avance comme une pièce de qualité du cinéma fantastique français. Quelque peu tombé en désuétude après sa sortie, il n’en demeure pas moins un récit intrigant où les connotations mystérieuses privilégient la tempérance. Ce traitement apporte du pragmatisme à l’histoire qui, en l’occurrence, s’insinue avec d’autant plus de facilités au sein de la réalité. À noter que la temporalité de celle-ci reste volontairement floue pour s’accorder à des époques différentes (XIXe ou XXe siècle), comme pour mieux souligner l’universalité du sujet. Le film de Maurice Tourneur se distingue par son lyrisme et cette habile alternance entre gravité et légèreté afin d’instaurer une atmosphère singulière.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.