décembre 3, 2021

Dark Matter – Blake Crouch

Auteur : Blake Crouch

Editeur : J’ai Lu

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Un soir, en rentrant chez lui, Jason Dessen, professeur de physique, est agressé et kidnappé par un inconnu masqué. Quand il reprend connaissance, tout a changé : Daniela n’est plus sa femme, leur fils Charlie n’est jamais né, et Jason lui-même est un physicien de premier plan à l’aube d’une découverte fondamentale. Que lui est-il arrivé? Qui lui a volé sa vie, et pourquoi? Les réponses à ces questions entraîneront Jason sur les multiples chemins d’un voyage extraordinaire, au cours duquel il devra se confronter à son plus dangereux ennemi : lui-même.

Avis :

Malgré un dernier tome qui n’a toujours pas bénéficié d’une « sortie papier » dans nos contrées, la trilogie Wayward Pines s’est distinguée par son ambiance sibylline. La qualité de la narration et l’originalité de l’intrigue ont grandement contribué à son succès. Par ailleurs, l’œuvre phare de Blake Crouch n’est pas sans rappeler Twin Peaks à certains égards. Auteur au talent polymorphe, le romancier se démarque aussi bien dans le fantastique, la science-fiction et le thriller. Preuve en est avec Dark Matter qui mélange ces deux derniers genres dans un récit qui explore les méandres tentaculaires des univers parallèles et de la physique quantique.

À l’instar du voyage temporel, ces thématiques centrales présentent une complexité évidente qui démontre toute l’étendue d’un potentiel narratif saisissant. En littérature, comme sous d’autres formats culturels, la théorie du multivers a largement été exploitée. Sous la plume d’illustres auteurs, cela donne des œuvres cultes, parfois indéfinissables. Dans sa quête perpétuelle à comprendre le principe de réalité, Philip K. Dick s’est forcément attardé sur la question. On songe à l’uchronie Le Maître du Haut Château qui allait bien au-delà de la simple trituration d’évènements historiques ou encore à l’indescriptible Ubik. Force est de reconnaître que Blake Crouch s’essaye à une approche similaire à celle du maître de la SF.

Cela se vérifie surtout dans un développement progressif qui gagne en complexité dans l’architecture narrative. Pour cela, on a droit à de nombreuses considérations sur le plan métaphysique et philosophique. Comment définir la réalité ? Quelle importance accorder à la notion d’identité et d’individualité ? Les réflexions sont réellement pertinentes par rapport à la multitude d’existences constatée et les divergences de caractère du principal intervenant au regard de ses choix à des moments clefs de sa vie. Ici, le concept de destin reste surfait, car tout ce qui peut se produire se réalise. Chaque décision, anodine ou essentielle, crée une scission et, par conséquent, un autre univers.

La portée donne proprement le tournis, car on peut considérer le développement du multivers sous le prisme d’une personne (le protagoniste ou nous-mêmes) ou multiplier cet état par l’humanité dans son entièreté. Ce qui sous-tend une infinité de possibilités et d’embranchements. Pour des raisons de lisibilité évidente, on se cantonne à un point de vue unique dans le cadre de la présente histoire. Afin d’étayer son propos de manière cohérente et logique, celle-ci se scinde en trois parties facilement identifiables. Chacune d’entre elles renvoie alors à une facette du problème.

Assimilée à la découverte des univers parallèles, la première approche est la plus réussie, car elle ébranle les repères et les certitudes. On songe à cette confrontation du double maléfique. L’usurpation de vie prend alors des atours paranoïaques dans une atmosphère hitchcockienne de qualité en matière de suspense et de gestion du rythme. Une comparaison qui peut paraître étonnante. L’auteur interpelle sur la perception de la réalité, voire de la santé mentale du protagoniste. On se met à douter et la possibilité d’un délire tout personnel reste plausible. À cela s’ajoute l’irruption dans une nouvelle dimension qui précède à la fuite d’une organisation à l’éthique toute discutable.

En revanche, la suite démontre quelques faiblesses dans le sens où elle se révèle prévisible. On pourrait même la qualifier de « ventre mou ». La fuite permet d’explorer la boîte (sorte d’hommage appuyé au paradoxe du chat de Schrödinger) qui donne accès aux univers parallèles. Malheureusement, il s’agit davantage d’une errance désespérée qui multiplie les péripéties, parfois au risque de se montrer redondant. Il en ressort une certaine inertie qui atténue l’excellente première impression. Enfin, le dernier tiers renoue avec une ambiguïté latente qui accentue le sentiment d’illusions et la malléabilité de la réalité. L’angle est assez subtil pour trouver une issue crédible et nuancée dans ce qu’elle suggère.

Au final, Dark Matter est un mélange assez déconcertant entre techno-thriller et science-fiction. L’intrigue révèle des considérations vertigineuses au vu de ce qu’implique l’existence d’univers parallèles. L’instauration d’un suspense et d’une ambiance paranoïaque constitue une excellente mise en condition. Toutefois, on peut regretter une évolution des évènements plus simplistes qu’escomptés au regard de l’entame. La découverte de plusieurs réalités reste assez surfaite, car la présence des protagonistes est elle-même très furtive dans chaque monde. Il demeure néanmoins une réflexion intéressante sur la notion de choix, la perception de la réalité et la définition de l’identité. Un bon livre, parfois tortueux, qui aurait pu se révéler exceptionnel sans ses errances (au sens propre et au figuré) à mi-parcours.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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