octobre 29, 2020

Dracula

D’Après une Idée de : Mark Gatiss et Steven Moffat

Avec Claes Bang, Dolly Wells, John Heffernan, Jonathan Aris

Pays: Angleterre

Nombre d’Episodes: 3

Genre: Horreur

Résumé :

Transylvanie, Roumanie. 1897. Le Comte Dracula boit du sang tout en dessinant ses futurs projets contre le Londres victorien.  

Avis :

C’est en 1897 que sort la première publication de Dracula de Bram Stoker. Devenant rapidement un succès, mettant alors les vampires au goût du jour, il n’en fallait pas plus pour que les cinéastes prennent le personnage à bras le corps et en proposent des adaptations plus ou moins fidèles. Car il faut le savoir, mais Dracula est le deuxième personnage le plus adapté au cinéma après Sherlock Holmes et devant Robin des Bois. De ce fait, aujourd’hui, quand on propose un nouveau Dracula, il faut avoir des choses à dire. Soit le remettre au goût du jour, soit brasser des thèmes qui évitent la redite ou qui sont plus en phase avec notre époque, soit carrément proposer une mise en scène avec des partis pris. Parce qu’entre les films de chez Universal, les versions de la Hammer et son iconique Christopher Lee ou encore le film de Francis Ford Coppola, du Dracula, on en a soupé à toutes les sauces, même dans de gros navets comme Blade III. BBC et Netflix tirent alors la carte Steven Moffat et Mark Gatiss.

A la base, les deux compères de la série Sherlock n’avaient pas prévu de faire une série sur Dracula. L’idée est venue lors d’une boutade pendant la troisième saison de Sherlock, où l’on voit, sur une photo, la silhouette de Benedict Cumberbatch se découper autour d’une porte vitrée et l’un des responsables de la BBC a dit que ça lui faisait penser à Dracula. Ici ce sont alors posés les germes de la création de la nouvelle mini-série. Cependant, quand on adapte Dracula, il faut sortir du lot et avoir des choses à dire. Ou trouver un axe intéressant qui évite la redite. Pour Gatiss et Moffat, avec ces trois épisodes, le but est de remettre le comte en tant que personnage central. Pour eux, dans chaque adaptation, Dracula n’est qu’une bête qui surgit du noir pour faire de nouvelles victimes, et il n’est jamais le thème principal. Dès lors, ils vont s’intéresser à ce que pourrait penser cet aristocrate de 400 ans et comment sa santé mentale pouvait évoluer au cours des ans. Un parti pris plus couillu, qui s’éloigne des représentations de la Hammer, sans pour autant renier cet héritage. En effet, si les deux showrunners essayent de proposer leur vision, notamment dans un dernier épisode très mauvais, il y a, dans les deux premiers épisodes, de belles références à Christopher Lee, mais aussi à Peter Cushing et à tout cet univers gothique que l’on a un peu perdu aujourd’hui.

Le premier épisode est certainement le meilleur de cette mini-série. On retrouve un Jonathan Harker chauve, cadavérique, très mal en point, et qui va livrer un témoignage bluffant sur sa rencontre avec le comte Dracula. On va avoir droit alors à un récit gothique à souhait, avec ce qu’il faut de déambulations dans un château labyrinthique et de créatures mystérieuses. La réalisation est très propre et s’amuse avec tous les codes du genre, n’abusant pas des jump scares, mais préférant rendre une ambiance éthérée et malsaine. Le rajeunissement du comte en même temps que la descente aux enfers de Jonathan trouve un bel écho dans cette thématique si importante à Dracula, à savoir la mort et l’amour. Une relation se met alors en place entre le jeune avocat et le comte, qui prend un malin plaisir à torturer cette pauvre âme, qui va se rendre compte du piège dans lequel il est tombé. Dans les dédales du château, on trouvera alors des créatures machiavéliques, des portraits étranges (dont un, fugace, qui fait référence au Van Helsing de Peter Cushing) et une vraie personnification. Le château est un être à part entière et il faut percer son mystère pour découvrir la vraie psyché du comte. La fin de cet épisode est une grande réussite horrifique. Le sang coule à flots, Dracula redevient ce monstre sanguinaire à l’humour corrosif et l’axe choisi par les deux showrunners fonctionne à plein régime, remettant la créature comme personnage principal et le sang comme un élément palpable.

Cependant, le deuxième épisode va commencer à montrer des signes de faiblesse. Pas au point du troisième épisode, mais on va voir que l’écriture laisse parfois à désirer. Ici, on va monter à bord du Déméter, le fameux bateau qu’utilise Dracula pour aller à Londres. Après une brève présentation de tous les protagonistes présents dans le navire, des disparitions vont commencer à ébranler la confiance de tout ce petit monde. Se voulant monter presque comme un policier avec un énigmatique passager dans la cabine 9, la série se fourvoie en désignant rapidement le comte comme tueur, et tous les passagers comme ses proies. La révélation du mystérieux passager crée du lien avec le premier épisode, mais par la suite, le final de cet épisode ne va pas connaître le même effet que précédemment. En effet, les combats seront parfois grotesques, les autres passagers sont aussi charismatiques que des huîtres, et le twist final sera presque une aberration. Mais à la rigueur, ce n’est pas le plus gênant, puisque nous sommes face à une relecture et d’un côté, on peut se dire que ce n’est pas plus mal. En fait, ce qui est pénible dans ce deuxième épisode, c’est qu’il se révèle sans surprise et seul Claes Bang semble s’éclater dans le rôle d’un Dracula à la fois cruel et drôle.

Par contre, là où le bât blesse, c’est clairement dans le troisième épisode. On peut comprendre les intentions des deux showrunners de vouloir transposer ce Dracula dans un monde moderne, avec cette espèce de mélancolie et de non-vie qui s’échappent de certains jeunes d’aujourd’hui, mais il y a un réel problème de mise en scène, d’écriture et d’enjeux. Certaines choses sont à peine travaillées, comme la fondation Harker, qui fait des recherches sur les vampires. Ou encore sur certains morts-vivants qui peuvent alors sortir de terre. Bref, il y a plusieurs points obscurs qui sont laissés de côté pour se concentrer sur un personnage inintéressant au possible, une jeune black qui va se prendre d’affection pour le comte, et lui de tomber en pamoison devant cette jeune fille insouciante et qui se fiche de la mort. La thématique de la mort sera le point névralgique de cet épisode qui va enchainer les personnages suffisants, les situations gênantes et les seconds rôles complètement inutiles. Tout en voulant garder une ambiance un peu gothique avec des couleurs plus pastel, la série se fourvoie complètement et livre un dernier épisode d’un ennui total. On aura aussi droit au mythe de Frankenstein, puisque Dracula veut créer une créature qui lui ressemble et finalement, ce sera un moment très embarrassant de la série, avec une actrice qui en fait des caisses. Pire, la résolution finale qui remet en question toutes les croyances de Dracula finit de planter les clous d’un cercueil déjà bien avancé.

Au final, Dracula, la nouvelle série signée par les créateurs de Sherlock et Jekyll, souffle le chaud et le froid pour finir sur un blizzard qui nous laisse des engelures dans les yeux. Alors que la série partait sur les chapeaux de roues en glorifiant un gothique désuet et ultra référencé, elle s’effondre comme un château de cartes quand il faut transposer ce mythe dans le monde moderne. Un choix douteux, peu judicieux, ou tout du moins mal écrit et amené, qui va finir par enterrer cette série sur une mauvaise note. Bref, une mini-série inégale qui aura au moins l’insigne honneur de montrer un Dracula plutôt jouissif en la présence de Claes Bang.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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