janvier 21, 2022

Les Confins du Monde – This is The End

De : Guillaume Nicloux

Avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran, Gérard Depardieu

Année : 2018

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Indochine, 1945. 
Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances.

Avis :

Réalisateur touche-à-tout, Guillaume Nicloux ne fait pas grand bruit et pourtant, il demeure l’un des réalisateurs français les plus prolifiques, qui tient, avec son lot de bons comme de mauvais films, l’une des filmographies des plus intéressantes. Une filmographie qui est plus particulièrement intéressante ces dernières années, Guillaume Nicloux aimant les expériences et les triptyques, chose qu’il avait déjà faite au début de sa carrière dans l’expérimental ou encore dans les années 2000 avec sa trilogie des films noirs. Et voici que Guillaume Nicloux récidive en concluant une nouvelle trilogie.

En 2015, Guillaume Nicloux nous offrait l’un de ses plus beaux films, « Valley Of Love« , qui mettait en scène Isabelle Huppert et Gérard Depardieu dans la vallée de la mort en Californie. Avec ce premier film, Guillaume Nicloux offrait le premier chapitre de ce que l’on pourrait appeler sa trilogie sur la mort. Trilogie qui continuera avec « The End » film conçu pour la VOD et maintenant, il met une touche finale avec « Les confins du monde« . Beau, complexe, envoûtant, atmosphérique, dérangeant et singulier, « Les confins du monde » est un voyage sensoriel et émotionnel dans l’enfer de la guerre d’un soldat meurtri. Entre film de guerre, film de vengeance, romance et violence, Guillaume Nicloux ne choisit pas, mélange le tout et l’on en ressort secoué !

Avril 1945, Indochine, alors que la Seconde Guerre mondiale s’apprête à toucher à sa fin, celle d’Indochine commence. Robert Tassen est un jeune militaire français, et il vient de survivre par miracle à un massacre. Il en est d’ailleurs le seul survivant. Retrouvant l’armée, il est affecté dans un nouveau régiment, mais aveuglé par la vengeance, il se met dans une quête secrète et solitaire afin de retrouver et tuer l’auteur du massacre. Alors que les mois défilent, Robert va faire la rencontre de Maï une jeune prostituée, avec laquelle il entame une relation payante, certes, mais tout à fait singulière.

« Valley of Love » abordait la résurrection et posait la question de la vie après la mort. « The end » était un purgatoire. « Les confins du monde » abordera lui, la mort, l’effacement, et le fait de ne plus être vivant, d’être déjà mort.

Autant le dire d’emblée, « Les confins du monde » est un film on ne peut plus singulier, et ce sera donc un film qui va très fortement diviser, on y entre ou pas, on y adhère ou pas.

« Les confins du monde« , c’est un film d’ambiance, qui va tenir son spectateur par son atmosphère poisseuse, humide, terrifiante et presque fantomatique. Guillaume Nicloux nous invite dans un voyage noir où on le sait par avance, l’issue ne sera pas heureuse.

Si l’intrigue pose beaucoup de questions et n’apporte pas forcément des réponses toutes faites, c’est tout d’abord la mise en scène qu’on aimerait mettre en avant. « Les confins du monde« , c’est un film surprenant en tout point, car il est osé. Guillaume Nicloux a réussi à capturer une ambiance de peur, une ambiance étouffante, qui laisse une impression de mort dans chaque recoin de son film. « Les confins du monde » est un film qui ne prend pas de détour pour mettre en scène l’horreur et la violence de cette guerre. On restera très étonné de la grande, très grande, violence du film, qui accumule les cadavres découpés en morceaux, comme il accumule la violence psychologique et physique que subissent ces personnages en attente finalement de leur mort.

On notera aussi que Guillaume Nicloux livre un film aussi noir qu’osé dans sa romance, et de manière plus extrapolée sur la sexualité. Clairement, « Les confins du monde » est pour un public averti. Nudité, scènes de sexe explicites, viol, violence, sexe en érection… Bref, il faut savoir où l’on met les pieds, et paradoxalement, le film n’est qu’interdit au moins de douze ans.

Guillaume Nicloux entreprend ce voyage de manière très lente, il laisse le temps à son spectateur de rentrer dans ce voyage, de s’y faire (ou non) envoûter. Un choix, là encore, osé, car c’est quitte ou double, le film étant déjà très particulier, le fait d’offrir quelque chose qui dans son rythme est à l’image de ses personnages, c’est-à-dire quasi-morts, laissant peu de moment de chaleur ou de répit afin de nous oxygéner, ne plaira pas à tous, mais Nicloux préfère perdre une partie de ses spectateurs qui vont s’ennuyer devant son film, pour offrir un film marquant, de caractère, qui s’éloigne de ce que l’on fait habituellement et qui surtout colle parfaitement avec ce qu’il avait fait avec « Valley of Love » et « The end« .

« Les confins du monde« , c’est aussi une intrigue étrange, hypnotique et ambiguë. Une intrigue qui oscille entre désir de vengeance et un certain désir amoureux, mais au final, plus on y pense, car oui, « Les confins du monde » a tendance à hanter celui qui l’a découvert à la sortie de salle, et plus l’on se dit que l’intrigue est ailleurs. Qu’importe si le personnage réussira sa vengeance, le sujet n’est pas là, le film est plus complexe et intéressant que ça. « Les confins du monde« , c’est un film qui finalement aborde le renoncement et l’acceptation de la mort. Ici, petit à petit, on voit les personnages s’éteindre, renoncer et accepter leurs conditions, leur sort et leur destin. Il y a aura bien quelques moments lumineux, mais très vite, la mort, la noirceur, et l’horreur reprennent le dessus et on en sera d’autant plus touché. Des émotions qui sont aussi portées par un casting magnétique, Gaspard Ulliel captive et bouleverse, Guillaume Gouix touche, Gérard Depardieu intrigue, Lang-Khê Tran dont c’est le premier rôle hypnotise…

Vous l’aurez compris, « Les confins du monde » ne se livre pas si facilement. Guillaume Nicloux divisera encore une fois et finalement, à film singulier commentaire singulier et donc personnel, quelque part dans la jungle vietnamienne, Guillaume Nicloux conclut sa trilogie sur la mort de manière envoûtante, belle, touchante et mystérieuse, un peu comme la mort, elle-même peut-être…

Note : 16/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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