décembre 3, 2021

L’Homme qui Voulait Être Sage – Karan Bajaj

Auteur : Karan Bajaj

Editeur : Les Presses de la Cité

Genre : Récit Initiatique

Résumé :

Max est l’incarnation du rêve américain : grandi dans le Bronx, il a triomphé de ses origines et mène une brillante carrière à Wall Street. Un soir de décembre, pourtant, alors qu’il vient de quitter le chevet de sa mère mourante, Max fait la rencontre d’un homme qui va bouleverser le
cours de son existence. Sur un coup de tête, le golden boy abandonne tout et part pour l’Inde. Sa quête le conduit aux quatre coins du pays, sur des marchés nocturnes et le long des pentes de l’Himalaya, dans des ashrams qui bannissent l’usage de la parole et entre les parois de cavernes gelées. Au bout de sa route parsemée d’embûches, après avoir côtoyé cobras intelligents, Européens déboussolés, ermites rachitiques, s’être exercé au yoga et à la lévitation, Max trouvera-t-il enfin la paix intérieure ?

Avis :

L’homme qui voulait être sage est un livre qui, même s’il ne le voulait certainement pas, apparaît comme quelque peu moralisateur. Cette sensation est perturbante et enlève au roman un peu de sa saveur orientale et dépaysante. Effectivement, à la fin de la lecture, nous avons l’impression que la seule voie possible à la recherche et à l’accomplissement de la plénitude est celle prônée par les maîtres yogi qui ont supprimé de leur vie quotidienne tout attachement sentimental et matériel après de longs efforts spirituels et physiques.

Cette vie n’est clairement pas faite pour tout le monde et la définition du bonheur ou de la paix intérieure peuvent grandement différer selon les personnes, les religions ou les cultures. La voie choisie par ces yogi n’est pas à remettre en cause, loin de là, étant donné ses bienfaits et ses nombreux adeptes. Cependant, il apparaît comme vraiment dommage que le personnage principal n’ait pensé qu’à cela pour aller mieux et accomplir ce qu’il voulait.

Ce manque de réflexion et de recherche spirituelle et philosophique est problématique dans le sens où cela enlève de la crédibilité au personnage que l’on suit, Max. Il n’a en effet pas réfléchi longtemps avant de se lancer à la poursuite de ses envies en Inde, comme si seules les croyances de ce pays pouvaient l’aider à s’accepter et à se rapprocher de la nature. Le roman le dit curieux et cultivé, ce qui nous paraît étrange et soudain quand Max part tête baissée sur un territoire dont il ne connaît rien et sur lequel il n’a pas du tout pris le temps de se renseigner.

Si l’on met à l’écart ce choix dirigiste et qui manque de finesse (le lecteur sait très bien dès le départ que le personnage se rendra en Inde, étant donné que c’est tout de même le but du livre), le roman se lit bien et s’apprécie pour ce qu’il est : une découverte des yogi dans leur mode de pensée et de vie. Cela est surtout détaillé dans les deux dernières parties du roman, soit environ un peu moins de la moitié du récit complet. Les autres parties nous décrivent la vie de Max au Bronx et son expédition jusqu’à un ashram (lieu isolé dans lequel vivent des sages) où il restera des années.

La partie s’attardant au Bronx semble vraiment très clichée en nous décrivant des bagarres de gangs, des problèmes de drogues, des réseaux de prostitution ou la précarité de la vie dans ces quartiers. Au départ, on a du mal à y croire tant cela semble exagéré, mais l’histoire de Max et de sa sœur finit par nous toucher. Ils font des efforts et parviennent à s’en sortir d’une belle manière, nous apportant de beaux messages de courage et de combativité. Il aurait été vraiment appréciable d’aller encore plus loin avec cette partie pour donner plus de poids et de force aux décisions de Max pour la suite.

La partie concernant son expédition n’est pas très intéressante. Elle est une suite d’aventures en Inde, d’abord sous la neige puis sous un soleil ardent. Il y a des péripéties qui nous font frémir de peur, d’autres de dégoût. Le chemin est souvent intéressant dans une quête spirituelle mais celui présenté par l’auteur manque de force et de puissance pour que l’on y trouve un réel intérêt. On a l’impression d’être face à un simple randonneur de l’extrême alors que le personnage a bien plus et mieux à nous montrer.

De plus, les descriptions minimalistes données ne suffisent pas toujours à s’imaginer l’ambiance des villes indiennes ou l’atmosphère des lieux de prière visités. L’auteur a choisi de davantage décrire les émotions de son personnage et ses interactions avec d’autres personnages secondaires, ce qui laisse moins de place à la mise en scène du décor qui reste un peu trop sobre pour une culture aussi riche. Nous faire plonger complètement dans un univers oriental si différent du nôtre n’est pas un challenge totalement réussi ici. Shakti est le personnage secondaire le plus prenant, en dehors du sage qui enseigne à Max. Les autres ont l’air de caricatures d’eux-mêmes et parlent même mal, ce qui détonne avec le ton et la qualité de l’écriture de l’auteur.

La partie de l’apprentissage est intéressante et apporte nombre de réflexions personnelles prenantes. On y découvre des façons de vivre différentes, et on y apprend ce qu’est vraiment le yoga et ce qu’il apporte au corps, à l’esprit et à l’âme. C’est une partie douloureuse pour notre héros qui voit ses pensées évoluer et son corps se modifier. La partie suivante est l’application de ce savoir quand Max quitte son maître pour aller tenter sa chance et essayer d’atteindre la fin de son yoga.

Les explications sur les flux énergétiques et les facultés nouvelles associées sont étonnantes et tout le monde n’y croira pas. Il est tout de même impressionnant de voir jusqu’où un corps humain peut aller. L’attachement à la nature et sa pleine perception sont des enseignements captivants qui seraient bienfaiteurs pour nombre d’entre nous, si ce n’est tout le monde.

La toute fin du roman laisse perplexe et apparaît comme trop facile. La morale plaira à ceux qui ont accroché complètement aux pratiques des yogi et leurs croyances. Pour les autres, elle restera un enseignement riche en information et réflexion. Se détacher de tout et de tous et vivre dans la pauvreté, n’est pas le mode de vie que tout le monde voudrait, même pour atteindre la plénitude absolue. Il peut même apparaître comme égoïste et lâche selon les points de vue.

On ne sait pourtant pas ce qui nous serait bon à nous apporter le meilleur. Les yogi sont un choix possible, qui fait incontestablement du bien à l’esprit et au corps et qui apporte des éléments favorisant notre cohésion intérieure. Le yoga que nous pratiquons partout dans le monde n’est qu’une infime partie de cet enseignement mais constitue déjà une belle manière pour s’accepter, prendre soin de son corps et mieux le connaître.

Note : 13,5/20

Par Lildrille

Lildrille

Passionnée d’imaginaire et d’évasion depuis longtemps, écrire et lire sont mes activités favorites. Dans un monde souvent sombre, m'évader et fournir du rêve sont mes objectifs. Suivez-moi en tant qu'auteure ici : https://www.facebook.com/ChloeGarciaAuteure. Et en tant que chroniqueuse aussi là : https://simplement.pro/u/Lildrille.

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