octobre 18, 2021

The Last Face – Sean peine

De : Sean Penn

Avec Charlize Theron, Javier Bardem, Jean Reno, Adèle Exarchopoulos, Hopper Penn

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé :

Au Libéria, pays d’Afrique ravagé par la guerre, le docteur Miguel Leon, médecin humanitaire, et le docteur Wren Petersen, directrice d’une ONG, tombent passionnément amoureux l’un de l’autre.
S’ils sont tous les deux engagés corps et âme dans leur mission, ils n’en sont pas moins profondément divisés sur les politiques à adopter pour tenter de régler le conflit qui fait rage.
Ils devront surmonter leurs clivages et le chaos qui menace d’emporter le pays tout entier – sous peine de voir leur amour voler en éclats…

Avis :

« Tu verras, m’avait-on dit dans les ruelles de Cannes en Mai dernier, tout ce qui touche à la guerre est réussi, mais l’histoire d’amour, oulalah… »

Le festival allait sur sa fin, et les retours sur The Last Face n’étaient pas des plus encourageants. Tout Cannes semblait s’être mis d’accord sur la maigre qualité du nouveau film de Sean Penn. Une amère déception, tant le métrage était attendu.

Il faut dire que le père Sean, on ne le voit plus trop ces derniers temps.

En tant qu’acteur, il choisit judicieusement ses projets sans que ceux-ci n’acquièrent la notoriété escompté (malgré la présence à Cannes de Fair Game, Tree of Life ou This must be the place, ils n’ont pas vraiment enthousiasmé le public, tout comme sa prestation dans Gangster Squad), quand il ne fait pas tout simplement une apparition clin d’œil (comme dans I’m still There, la Vie rêvée de Walter Mitty ou le récent Angry Birds).

En tant que réalisateur, c’est pire, The Last Face étant son premier film depuis 2007. Le cinéaste s’est fait extrêmement discret, mais grand bien lui en a pris puisqu’il s’est retrouvé en Compétition officielle, un honneur que seul The Pledge avait eu jusque-là.

On était donc plutôt satisfait de le retrouver là, surtout dans un film qui avait tout du brûlot frondeur, prompt à rappeler les velléités jamais démentis de l’acteur-réalisateur (il faut dire qu’il avait été vilipendé avec autant de véhémence que de balourdise lors de la sortie de Gunman, le public obtus voyant d’un mauvais œil qu’un fervent détracteur des armes à feu puisse coller des pruneaux à longueur de bobines dans le film de Pierre Morel).

Car au premier abord, The Last Face a tous les attributs d’un métrage furieux, politique, au message engagé et à la sensibilité à fleur de pellicule. On y parle d’un amour impossible, constamment mis à mal par la situation dans laquelle s’embourbent les protagonistes, volontaires d’ONG en pleine guerre civile dans le Sud Soudan. L’occasion rêvée pour parler du chaos et de la violence de la guerre par le prisme de cette relation houleuse.

Las, au lieu de se servir de l’intime pour parler de l’universel, Sean Penn se fourvoie dans l’exact opposé.

Le film annonce la couleur dès le premier carton, précisant que « la seule chose en Occident qu’on puisse comparer dans sa violence à la guerre dans le Sud Soudan, c’est l’amour dévastateur d’un homme et d’une femme ». Une comparaison plutôt maladroite, qu’on pourrait même trouver carrément dépassée si on ne connaissait pas le passif du réalisateur.

Là où on était en droit d’attendre un vrai film militant sur les guerres civiles en Afrique, laissant apparaître en filigrane une histoire d’amour contrariée par les turpitudes des protagonistes face à l’horrible situation, Sean Penn prend le chemin inverse et donne l’impression de n’utiliser son postulat historique de départ (la guerre civile fait rage dans le Sud Soudan sans discontinuer depuis 2013) qu’en toile de fond pour mieux mettre en valeur les vicissitudes de ses personnages.

Couple glamour par excellence autant qu’acteurs investis et bruts, Javier Bardem et Charlize Theron aurait pu voir leur sex-appeal démoli, émoussé, leur charisme rendu plus rugueux et furieux encore, en mettant leur relation houleuse en parallèle avec une situation générale qui les dépasse.

L’évidence aurait voulu que la thématique du couple meurtri s’intègre dans le récit et nourrisse le message humanitaire proposé par le film sur un sujet d’actualité passé à la trappe. Pourtant, au lieu de ça, le réalisateur préfère s’appesantir sur cette relation embrumée, douloureuse mais au final linéaire, classique, en la désolidarisant presque de ce qui semblait être son sujet initial.

Avec de multiples allers-retours entre la situation au Sud Soudan et leur histoire d’amour, entre présent et passés, il transforme son pamphlet contestataire sur la façon dont la violence transfigure les hommes, en un drame romantique en forme de « je t’aime-moi non plus » filmé comme une pub de yaourt qui ne se servirait de la situation actuelle que comme un liant pour son histoire de couple.

Si on ne connaissait pas les convictions du bonhomme, il y aurait presque de quoi grincer des dents, et on ne peut que tabler sur une maladresse dont il n’aurait pas eu conscience, et qui aurait emmené le film à l’opposé de ces intentions.

En clair, malgré son expérience et une maîtrise certaine de la caméra, Sean Penn se serait trompé de postulat.

À moins que ce ne soit l’inverse, et qu’il ait utilisé sa propension au sujet engagé pour pouvoir produire son film, et ainsi raconter une histoire d’amour qui mettrait sa compagne en valeur.

Mais on n’ose l’imaginer, tant ce serait petit.

C’est vrai qu’au-delà de son sujet, de sa peinture (réussie pour le coup) d’une violence qui devient quotidienne, presque routinière, de ses thématiques, de ses réussites et de ses ratages, The Last Face ressemble parfois à une vitrine pour le microcosme du réalisateur. Non content d’offrir son premier rôle de cinéma à son fils, il semble se délecter à magnifier Charlize Theron. Toujours impeccablement coiffée et maquillée, même au plus profond du drame, les mains dans les tripes de ses patients, elle irradie de sa présence, certes, mais semble se débattre dans un film trop esthétiquement et thématiquement artificiel pour être honnête.

Charlize s’énerve, Charlize sourit, Charlize pleure et souffre, Charlize aime, baise et prend la pose toute nue avec son camarade de jeu dans des cadrages et une ambiance que n’aurait pas renié David Hamilton. Ou les types responsables des pubs de parfum éthérées qui pullulent sur les chaines de télé.

Une superficialité qui dérange dans sa lourdeur et son manque de profondeur, et qui est d’autant plus dommageable que les scènes de guerre et de chaos sonnent vraies, et s’avèrent, si ce n’est inédites (c’est bien malheureux à dire mais toutes les guerres se ressemblent et finissent presque par faire partie du paysage), au moins percutantes, voire parfois tétanisantes.

Et le plus enrageant dans tout ça, c’est que Sean Penn filme ces scènes là avec beaucoup plus de simplicité et de pertinence que ses moments d’intimités dont la poésie semble empruntée à un mauvais ersatz de Terence Malick (déjà que lui-même commence après ses derniers films à se faire invectiver même par ses plus vieux fans qui lui crient « t’es rance, Malick ! »).

Par respect, on passera sur tout ce qui a trait aux français dans The Last Face, si ce n’est pour pointer du doigt qu’on ne sait toujours pas si ce sont nos acteurs qui se mettent à ne plus savoir jouer correctement dans un film étranger, ou si ce sont définitivement la plupart des réalisateurs américains qui ne savent pas comment diriger des interprètes nanti d’un bagage culturel et artistique différent.

Adèle Exarchopoulos est toujours ravissante et fait de son mieux, mais son charisme ne lui évite pas le ridicule lorsqu’elle essaie de se dépatouiller avec son anglais. Quant à Jean Reno, déjà affublé du patronyme de Dr Love (si si), il se voit contraint de débiter une des répliques les plus tartes du film, qui aura fait éclater de rire le public de ma salle : « Le mariage, c’est pas choper, c’est aimer » (et encore, là je ne m’en souviens plus, mais c’était encore pire en VO).

Encore qu’avec « Me pénétrer, ce n’est pas me connaître, à l’évidence » ou « Avant de rencontrer Miguel, j’étais l’idée de moi-même », Charlize Theron se coltine elle-même quelques belles casseroles, malgré tout l’amour que lui porte la caméra de son amoureux de cinéaste.

Bref, contre tout attente, The Last Face, nouvel essai attendu de Sean Penn réalisateur presque 10 ans après le poignant Into the Wild aura fait hurler de rire toute la Croisette, et à raison, tant ce mélodrame bas du front qui ressemble à une publicité sans subtilité pour Médecins du monde est indigne du réalisateur qui nous avait offert The Indian Runner et Crossing Guard. D’autant plus dommage que le film n’est pourtant pas exempt de scènes-choc et d’images pertinente d’une violence sèche et rude.

Un coup pour rien.

 

Note : 08/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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