juin 19, 2024

American Hero – Superslip Kangourou

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Titre Original : American Hero

De: Nick Love

Avec Stephen Dorff, Eddie Griffin, Andrea Cohen, Luis Da Silva Jr, Yohance Myles, Christopher Berry

Année: 2016

Pays: États-Unis

Genre : Comédie – Fantastique

Résumé :

Melvin est super-héros malgré lui. La trentaine bien entamée, il habite encore chez sa mère et ne vit que pour la fête, les femmes et la drogue. Jusqu’au jour où il réalise que la seule façon pour lui de revoir son fils, que la justice lui interdit d’approcher, c’est d’accepter son destin, et d’exploiter ses super pouvoirs pour lutter contre le crime. Mais dans un monde dans lequel personne ne comprend ni sa situation, ni d’où il tient ses incroyables pouvoirs, ces derniers pourraient bien causer sa perte…

Avis :

Disponible depuis Décembre chez les pirates (il était sorti à peu près au même moment aux USA en version digitale), film de clôture du festival de Gerardmer, d’abord annoncé début Mai, American Hero débarque enfin dans les salles françaises.

Avec peu de promotion, dans une combinaison de salles réduite, le film n’est pas de ceux qui font l’événement. La bande-annonce avait pourtant fait son petit bonhomme de chemin à l’époque de sa sortie, grâce à une énergie communicative et un Stephen Dorff toujours sympathique, mais rien n’y fait, American Hero est sorti en catimini. Et avec si peu de visibilité, malgré l’engouement actuel pour les super-héros, qu’il faut, pour le découvrir en salle, se tourner vers les cinémas d’art et essai !

Il faut dire que le film est loin, loin du carcan habituel des superslips, et embrasse un angle d’attaque propre au cinéma indépendant, un peu poussé aussi par un budget qu’on imagine étriqué.

Dans toute histoire de super-héros, même aussi ironique que le Hancock de Peter Berg et son SDF à pouvoirs qui aimerait bien qu’on le laisse tranquille, on finit toujours par bifurquer vers le cinéma à grand spectacle, péripéties explosives, scénario ambitieux et arguments méta à l’appui.

American Hero, lui, prend le chemin inverse, et conserve son ton intime et introspectif du début à la fin, préférant se concentrer sur un quotidien et des enjeux « à taille humaine » que sur de la destruction à grande échelle.

À mi-chemin entre le documenteur et le found-footage (même s’il péchera justement à cause de ce procédé au réalisme trop rapidement abandonné, on y revient plus tard), American Hero suit le parcours de Melvin, fêtard invétéré, ami fidèle, père divorcé, citoyen de la Nouvelle-Orléans, et… capable de manipuler des objets par la seule force de sa pensée. Désireuse de réaliser un documentaire sur le personnage, une équipe de tournage (dont on verra rapidement le reflet dans les premières minutes du film avant de simplement admettre leur présence derrière la caméra) va lui coller aux basques dans ses excès, ses doutes, ses remises en question et ses coups d’éclat, tout en étudiant les effets de son existence sur son quartier et les personnes qui gravitent autour de lui. Le tout en faisant un parallèle inversé avec les effets dévastateurs de Katrina, toujours dans la mémoire des habitants.

Pas besoin de Némésis, de complot gouvernemental ou de menace planétaire pour parler du rôle du super-héros. Réduit à l’échelle d’un quartier, le grand méchant devient la puissance destructrice de la nature, et le héros la puissance salvatrice de Melvin.

À travers des témoignages face caméra à la spontanéité assez saisissante, la simplicité et la puissance émotionnelle du propos réussissent en quelques minutes là où Batman V Superman avait échoué après 2h30 de film.

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Comme le dit si bien cette maxime devenue si célèbre qu’on a même fini par la parodier, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », et en la ramenant à l’échelle de tous les jours, American Hero la met en exergue sans être obligé de la surligner à grands coups de monologues ou de péripéties extravagantes.

Comment un tel pouvoir peut-il s’accommoder de la dualité et des faiblesses de l’être humain ? Sorti des archétypes hollywoodiens, un tel potentiel ferait-il d’un citoyen lambda un héros sans peur ou une menace incontrôlable ?

Melvin, capable de réparer un toit arraché en quelques heures comme de quasiment détruire une rue dans un moment de détresse, Melvin le buveur/drogué qui utilise plus facilement ses pouvoirs pour draguer que pour se construire une vie saine pour son fils, Melvin mérite-t-il ce pouvoir, ou celui-ci est-il au contraire dangereux entre ses mains ?

Et surtout qu’en fait-il au jour le jour ?

Don, malédiction, ou simple particularité, comment se positionner face à ça, et agir en conséquence ?

Car la force dévastatrice de la nature n’est pas le seul parallèle fait avec ce super-héros malgré lui.

Plus simplement, le film met son personnage principal face à la réalité quotidienne de manière concrète, face au trafic de drogue à hauteur d’homme et à la garde de son fils, éloigné de son train de vie décadent par une mère trop consciente de la situation de son ex-mari.

Super-héros ou citoyen et père responsables, même combat, entre égoïsme latent et bien de la communauté, entre dilettantisme et implication, il faut faire des choix, et celui qui mène hors du Côté Obscur est rarement le plus facile.

Au final, au quotidien, un être doué de super-pouvoirs se retrouve confronté aux mêmes obstacles qu’un humain lambda, et son don est plus souvent une distraction, une échappatoire à la réalité de la vie qu’un réel catalyseur de son évolution.

La vie fait peur.

Grandir, vieillir, devenir responsable, avec tout ce que ça implique d’efforts et de sacrifice, est un vaste précipice pour beaucoup d’entre nous. Pour un adulte avec en plus sur ses épaules la responsabilité d’un pouvoir potentiellement démesuré, la pression devient assez grande pour pousser à se mettre des œillères, et n’user ses capacités que de manière uniquement triviale.

Avec sans doute l’espoir inconscient qu’un événement nous poussera à faire les changements que l’on n’ose pas faire soi-même.

C’est une grande partie du discours d’American Hero, qui finalement se sert d’un argument de blockbuster pour recentrer son propos sur des préoccupations humaines universelles.

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Là où le bât blesse une première fois, pourtant, c’est dans la structure du scénario.

Si le propos est clair et l’empathie générale certaine, le script n’essaie jamais de trouver des chemins de traverse ou des développements originaux pour arriver à ses fins. Il se contente d’user de ficelles pas forcément grossières, mais plutôt consensuelles, avec l’habituel schéma « fuite vers l’avant – déclic – rédemption – rechute – coup de collier final ». Si certains éléments font plaisir, notamment dans les échanges verbaux entre les personnages, ou dans l’alternance « montage musical – interview » de certaines scènes, les transitions sont souvent faites avec de gros sabots, et l’enchainement des séquences coule parfois trop de source pour être honnête.

Heureusement, le film compense en prenant son temps dans les moments de calme, les interludes, les scènes où les dialogues sont réduits à la portion congrue, laissant vibrer un sous-texte humain et social permanent qui en dit bien plus que les tentatives de péripéties.

Car American Hero est plus un film d’ambiance et de personnages qu’une œuvre qui se raconte. Bien sûr il y a des enjeux et un but final, mais qui sont tellement intimes, tellement anti-spectaculaires, que l’on a plus rapidement fait de s’attacher à ce climat général, fait de joies et de peines, de souvenirs et d’expectations, d’espoir et de frustration, qu’à une ligne directrice linéaire.

Contrairement à d’autres « super-héros », Melvin n’a pas de destin cosmique ou de mission planétaire. Son univers se résume à sa communauté, ses alliés à ses amis d’enfance, le danger au gang qui rôde dans le quartier, et son but ultime est simplement de pouvoir s’occuper de son fils.

Comme un véritable documentaire, le montage alterne vie quotidienne, plans de coupe du quartier et séquences dans l’intimité du sujet. On découvre Melvin dans son euphorie et son désœuvrement, on le voit jouer du piano, citer Maupassant et les compositeurs classiques européens, expliquer avec une fierté goguenarde comment il a étendu des cambrioleurs, embrasser sa mère et taquiner sa sœur. On le voit aussi boire, se droguer, faire les 400 coups jusqu’à la déprime, et tout à coup le héros nanti de super-pouvoirs nous semble bien fragile, et bien humain.

Dans ses meilleurs moments, American Hero devient presque un épisode de Strip-tease super-héroïque.

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Malheureusement, et c’est là que le bât blesse une seconde fois, ce procédé de caméra à l’épaule et de documentaire finit par atteindre ses limites.

Comme beaucoup de found-footage et de documenteur pris « sur le vif », le film est bien vite gêné, dans sa volonté de raconter son histoire, par son parti pris réaliste qui peut difficilement s’arranger d’approximations. Et comme bien souvent, le réalisateur finit par abdiquer à mesure que le film avance, gardant le concept sans pouvoir le justifier jusqu’au bout. Le montage trahit souvent une réalisation en plusieurs prises, certains protagonistes ne semblent pas remarquer ou s’interroger sur la présence d’une caméra, quand ce n’est pas tout simplement la position de l’équipe de tournage qui semble absurde, comme cette scène « d’action » où elle se campe à découvert pour avoir le plan le plus iconique au lieu de filer se mettre en sécurité.

Ce qui étonne d’autant plus que d’autres scènes respectent à la lettre le procédé, filmant de loin pour rester à couvert, ou de derrière Melvin pour être sûr d’être protégé, certains personnages jettent un œil sur la caméra avant de commencer à parler, et plusieurs dialogues sonnent si juste et spontané qu’on imagine presque les seconds rôles être de véritables passants récupérés sur le moment et improvisant avec les acteurs.

Ce scénario parfois cousu de fil blanc et ce procédé de réalisation fragile mais couillu, de même que la volonté de faire un film indéniablement spontané et certainement à moitié improvisé, laissent à penser qu’American Hero est un premier film.

On y retrouve l’énergie et la rage des premiers essais, mais aussi les mêmes erreurs, les mêmes velléités un peu bancales d’un réalisateur qui avance encore à tâtons.

Et pourtant, le film est réalisé par Nick Love, qui est loin d’être un débutant, puisqu’il est non seulement (entre autres) le réalisateur des excellents Outlaw (un vigilante avec Sean Bean, Danny Dyer et Sean Harris) et The Sweeney (l’adaptation de la série éponyme avec Ray Winstone et Hayley Atwell qui deviendra Antigang une fois passé à la moulinette française), mais en plus le scénariste derrière ces deux très bons scripts !

La relative fragilité d’American Hero sur le plan scénaristique et conceptuel devient du coup encore moins compréhensible, mais à contrario son atmosphère et sa cohésion émotionnelle en deviennent plus limpide, Nick Love étant un véritable poseur d’ambiance doublé d’un directeur d’acteurs hors pair, qui sait brosser des portraits immédiatement attachants.

Pour ça, pour son panorama de la Lousiane actuel, et d’un monde qui a besoin de super humains encore plus que de super-héros, pour la douceur teintée de violence de son propos, et malgré quelques éléments pas toujours solide, American Hero mérite d’être découvert.

Ne serait-ce que pour ressortir avec la banane et une envie de faire des câlins au monde entier.

Note : 15/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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